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Après Anne Hidalgo->mot970] en décembre dernier, c’est au tour de Isabelle Chazot, la directrice de publication du mensuel 20 ans, de dénoncer nos « méthodes fascistes ». Beaucoup lui emboîteront le pas lorsque nous nous en prendrons aux [éditions Blanche et à Thierry Ardisson. A ceux-là, il faut sans doute rappeler que la lutte contre le sida est aussi un combat contre les pouvoirs politique ou symbolique qui contribuent à l’expansion de l’épidémie. Les zaps sont le mode d’action que nous avons choisi pour contre-attaquer car c’est publiquement qu’il s’agit de poser la question de la responsabilité de Isabelle Chazot quand elle remet en cause la fiabilité du matériel de prévention, de Franck Spengler quand il choisit de publier un livre qui fait l’apologie de la contamination, et de Thierry Ardisson quand il fait la promotion de ce livre et de son auteur. Le point de départ de l’action menée contre le mensuel 20 ans est un article intitulé « 13 bonnes raisons de ne pas coucher ». Parmi ces raisons, la séropositivité du partenaire : «En ces temps de sida et MST, même avec un bon préservatif, un bon gel et une crème spermicide, il faut être suicidaire pour tenter le diable». Le magazine est donc zappé par Act Up. La contre-attaque se poursuit avec les Panthères Roses qui distribuent un tract à la sortie des lycées parisiens appelant les lycées à jeter 20 ans et les informant sur les moyens de prévention des IST et du sida. Le tract est si drôle et si joyeux qu’il constitue un zap à lui tout seul. C’est bien ainsi que l’entend le proviseur du lycée Rabelais qui porte plainte pour « incitation à la débauche » et « corruption de mineurs » et fait arrêter les Panthères Roses. Contacté au téléphone par Act Up, il explique: « Avez-vous lu le tract des panthères roses ? « Sucez-vous, léchez-vous », mais qui a le droit de m’imposer de me faire sucer si je n’en ai pas envie ? ». Au même moment, Isabelle Chazot déclare au site NouvelsObs.com : « Ces associations pratiquent une politique de terreur. Une sorte de racket, à la manière des milices fascistes, de la mafia ou des sectes ! Interpellé sur une base fausse, abracadabrante, vous êtes sommé de répondre et d’offrir une tribune à vos détracteurs. Non le fascisme ne passera pas ! ». On imagine que l’un comme l’autre pèse ses mots. Le Fascisme, la Censure, la Liberté. La bouche des journalistes et des éditeurs est pleine de majuscules quand ils sont zappés. Aveuglés par ces grands mots, ils en oublient deux choses. D’abord que la liberté d’expression dont ils se font les ardents défenseurs est aussi la nôtre : celle pour une association de malades de contre-attaquer, de promouvoir d’autres représentations des séropositifs, des homosexuels et des femmes, de lutter contre un discours de mort et de contamination. Ensuite, que cette liberté ne les dédouane aucunement de leur responsabilité. Il y a des choix dont ils doivent répondre. Il arrive que l’antifascisme et la défense de la liberté d’expression s’épuisent d’eux-mêmes faute de trouver dans une association comme Act Up un adversaire suffisamment fasciste. Deux arguments alternatifs sont alors disponibles : les effets pervers et l’illégitimité. Le premier argument souligne que notre action a des conséquences indirectes tellement néfastes (exemple : faire de la publicité aux barebackers en voulant combattre leur discours) qu’elle rend l’inaction préférable. Un argument plébiscité par la rédaction de Technikart. Le second argument vise à remettre en cause notre légitimité. C’est Isabelle Chazot nous accusant de «ne représenter que nous-même». C’est Thierry Ardisson se demandant qui nous sommes pour lui «donner des leçons de morale». Evidemment, pour donner un peu plus de poids à ces deux arguments, il convient d’expliquer combien AVANT (avant d’être soi-même zappé ?) on adorait les actions d’Act Up. C’est à nouveau Thierry Ardisson expliquant qu’il trouvait cela très bien quand on se contentait de demander des préservatif à un franc (comme si des années de lutte contre le sida pouvaient se résumer à une simple action de dumping sur le prix des capotes). Ce sont tous ceux qui, incapables de citer une action passée d’Act Up hormis la capote sur l’obélisque, prétendent avoir été en accord avec nos méthodes et notre discours autrefois mais plus maintenant. Effets pervers, illégitimité des minorités à parler en leur nom propre, «c’était mieux avant» : que ces arguments appartiennent à une rhétorique traditionnellement réactionnaire ne devrait pas nous étonner. Que des journalistes ou des éditeurs en fassent un tel usage peut davantage surprendre.

 

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