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Qui se rappelle de la campagne d’Act Up, «Guerre aux labos» ? Est-ce que ce slogan a été vraiment compris, par ceux qui nous suivent et ceux qui nous regardent de loin ? On ne le croirait pas à lire la directive que l’Union Européenne propose actuellement, et qui permettra de libérer l’information et la publicité venant de l’industrie en direction des malades de trois pathologies : l’asthme, le diabète et le sida. Pour l’instant, contrairement à certains pays comme les USA, les industriels n’ont pas le droit de communiquer directement vers les patients. Le contenu de leurs publicités est donc réglementé car les pouvoirs publics ont réalisé, très tôt, que ces pathologies méritaient un traitement particulier. C’est une garantie importante pour s’assurer que les laboratoires ne disent pas n’importe quoi sur leurs produits. Aujourd’hui, cette garantie est remise en cause. Menacé par les pressions sur les brevets et l’accès aux génériques dans les pays en développement, le lobby industriel veut s’assurer une mainmise plus forte dans les pays riches. Ses actions concernant la DTCA sont inquiétantes. Si la directive passe, les conséquences seront catastrophiques. Nous voyons, déjà les dérives du marketing de ces industriels : les brochures distribuées aux médecins sont souvent mensongères (l’efficacité des produits est exagérée, on minimise leurs effets secondaires). Par ailleurs, personne, ni l’Europe, ni les états membres, ne pourra effectuer un véritable contrôle du contenu des campagnes de marketing. Cette directive européenne, qui prévoit une libération de la publicité pour une période test de 5 ans, ne sera qu’une brèche ouverte qu’il sera impossible, plus tard, de réguler. Depuis quatre ans, la stratégie des industriels a beaucoup évolué : fusions multiples, présence de plus en plus forte des représentants « marketing et communication » dans les réunions entre l’industrie et les associations, large arrosage financier des associations, etc. La part du marketing, dans le développement d’une molécule, est désormais plus importante que celle de la recherche. Cette dérive qui aboutit, aux USA, à des publicités où l’on peut voir des séropositifs au mieux de leur forme, escaladant symboliquement des montagnes, a prouvé, statistiquement, son impact sur le relâchement des pratiques de safe sex. Ainsi, depuis 1997, au moment de l’arrivée des antiprotéases, la Food And Drug Admistration (FDA) américaine a considérablement assoupli ses règles éthiques et les labos ne parlent plus des effets secondaires dans leurs campagnes. A travers la presse, la radio, les programmes communautaires et surtout internet, la pression des industriels est partout et l’information objective sur la réalité des traitements diminue d’autant. Cette dérive aboutit aussi à un contrôle de plus en plus puissant de l’industrie sur les associations et sur les médias. Si la presse gay accepte la publicité des industriels, il sera désormais totalement impossible de dire la vérité sur les complications des traitements développés et les avertissements en seront biaisés. Il n’y a qu’à voir les protestations du groupe de presse Impact Médecin, qui édite une douzaine de journaux professionnels, face à l’intrusion de plus en plus insistante de la publicité dans le rédactionnel des articles. L’objectif avoué des laboratoires est de toucher directement les patients qui vont influencer ensuite la prescription des médecins. Enfin, il faut bien comprendre que face à la puissance des grands laboratoires, le tissu associatif ne fera plus le poids si cette directive est mise en place. Déjà, certains groupes européens comme l’EATG ont pris parti pour l’industrie, une grande majorité de leur budget de fonctionnement dépend directement des grands groupes. Le problème est que la directive européenne a besoin de s’appuyer sur le point de vue d’associations qui n’existent pas ou, pire, qui ne sont pas représentatives des patients, comme l’EATG. En revanche en France, le TRT-5, qui regroupe les principales associations de lutte contre le sida s’oppose fermement et condamne cette directive, en lien avec Health Action International (HAI), une association vigilante quant aux droits des malades. Avec eux, Act Up mène une campagne de protestation auprès de l’agence européenne du médicament (l’EMEA), mais aussi le gouvernement français et les députés européens.

 

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