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Cette année l’IAS (International Aids Society) a lancé un nouveau rendez-vous international : la première IAS Conference on HIV Pathogenesis and Treatment a eu lieu à Buenos-Aires, du 8 au 11 juillet dernier. Une conférence de plus, se diront certains… Et pourtant… Echanges de données, ouverture aux non scientifiques, aux chercheurs étrangers, l’ambiance tranchait nettement par rapport aux conférences scientifiques habituelles, notamment celles organisées aux Etats Unis. Pedro Cahn, professeur et chercheur argentin, président de la conférence avait bien fait les choses. La « communidad » avait même son lieu de rencontre au sein de la conférence avec traduction simultanée en espagnol.

Les grands thèmes de cette conférence attestaient de l’incidence des récentes découvertes sur l’évolution de la recherche. Ainsi les « réservoirs », responsables des échecs de l’éradication du virus par les traitements, sont à l’heure actuelle l’un des sujets phares d’investigation. Composés de cellules infectées dormantes et qui ne sont donc pas détruites par la réplication virale, ils constituent une réserve de virus dans l’organisme.

Comment se forment-ils, comment évoluent-ils, quelle incidence ont-ils sur l’évolution de la maladie, comment peut-on les éliminer ou encore évaluer et utiliser le potentiel infectieux qu’ils représentent, telles sont principales questions auxquelles tentent de répondre les chercheurs. Christine Rouzioux (hôpital Necker, Paris), par exemple, propose d’utiliser comme marqueur de l’évolution de la maladie la quantité d’ADN viral présent dans les cellules des réservoirs, qui pourrait, mieux que la charge virale (mesure de l’ARN plasmatique), permettre de déterminer la puissance potentielle du virus, facilitant le choix thérapeutique pour le médecin et son patient.

Les nouveaux antiviraux se taillent traditionnellement la part du lion dans le programme des conférences. Buenos-Aires n’a pas fait exception – et la concurrence effrénée entre laboratoires pharmaceutiques par chercheurs interposés a fait feu de tout bois. L’efficacité des traitements sur les virus résistants et la réduction des effets secondaires faisaient partie des préoccupations récurrentes. Voici les nouvelles molécules qui nous ont été présentées :

– Le FTC, un nouvel analogue nucléosidique très intéressant sur le plan virologique mais responsable d’une forte toxicité hépatique.
– Le Ténofovir DF, nouvelle formulation du ténofovir, qui montre des résultats intéressants, principalement chez des personnes lourdement prétraitées, sans faire apparaître de nouvelles résistances.
– Le Tipranavir, une antiprotéase qui présente la particularité d’être active sur des virus résistants à l’ensemble des antiprotéases actuelles. Il faudra toutefois à Boehringer-Ingelheim de nombreux mois d’essais encore pour déterminer la dose maximale sans provoquer d’effets secondaires, principalement les diarrhées qui semblent provoquer une diminution d’efficacité. La molécule ne devrait être largement accessible qu’à partir de la fin 2002 voire le début de 2003.
– L’atazanavir (BMS 232632), une autre antiprotéase nouvelle a un avantage certain : il ne provoque aucune remontée de cholestérol et de triglycérides dans le sang.
– Le T20, inhibiteur de fusion, qui devient péniblement accessible, au rythme auquel le laboratoire le produit. Etant d’une nouvelle classe d’antiviraux, il est évidemment actif contre les virus résistants et ne semble pas jusque là produire les effets secondaires des autres produits. Mais il engendre à son tour des virus résistants.
– Alors, comme par enchantement, son cousin, produit par le même laboratoire pointe le nez : le T1249 est actif contre les virus résistants au T20 ! Plus efficace, mieux étudié, il est donc très prometteur. Toutefois, l’extrême lenteur de la mise à disposition du T20 ne nous rend pas très optimisme quand à l’accès au T1249.

Des études ont clairement montré, par ailleurs, que l’adhérence au traitement est un facteur essentiel de réussite thérapeutique et la recherche des causes de mauvaise adhérence a conclu que le choix d’un traitement ne doit pas être guidé par des facteurs purement médicaux, mais tenir compte avant tout des rythmes et des habitudes des personnes. Si pour nous autres activistes cette affirmation est une évidence, il est tout de même heureux de l’entendre enfin assénée comme un résultat d’analyse scientifiquement prouvé, ce qui évitera peut être aux médecins d’invoquer un principe scientifique supérieur prévalant sur les choix des malades.

Un certain nombre de travaux sur les effets secondaires ont aussi permis de faire le point sur des phénomènes souvent incompris. Principalement, les présentations sur les problèmes osseux (ostéonécrose) montrent clairement que les effets délétères sont le résultat cumulé de la toxicité de différents médicaments et des effets du virus lui-même.

Les interruptions de traitement ont également été largement abordées. Antony Fauci (Hôpital Bethesda, USA) a ainsi fait le point sur l’état des connaissances dans ce domaine. Différents objectifs sont visés par cette technique. L’idée de stimulation immunitaire par des interruptions de traitement exposant périodiquement le système immunitaire au virus ne semble plus beaucoup d’actualité.

On constate effectivement que cette technique est d’autant moins efficace que les malades sont longuement exposés au virus. Par ailleurs, le risque de génération de souches virales résistantes paraît non négligeable. La piste d’interruptions de traitement sur des cycles courts (une semaine) semble à l’heure actuelle la seule vraiment intéressante : n’exposant pas à des risques d’échappement, elle permet de diminuer de manière conséquente la quantité de médicaments absorbée. Les essais de ce type montrent que les effets secondaires peuvent être réduits : après six mois de ce régime, on constate une diminution significative du taux de triglycérides et de cholestérol.

Au delà de ce court résumé, plus d’informations sont disponibles sur le site de l’IAS.