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Près de six mois après les manifestations sans précédent qui ont secoué les Antilles françaises, Nicolas Sarkozy vient d’y passer pour témoigner du « calme après la tempête ». Seule conclusion à en tirer : dès qu’il s’agit de sujet d’importance, le Président de la République a pris habitude d’arriver sur le terrain après la bataille, notamment quand sa politique est soumise à la contestation publique.

Dans une lettre ouverte envoyée il y a un mois à l’Elysée, nous avions donné rendez-vous à son locataire, ce vendredi 26 juin à 10h, pour les 20 ans d’Act Up-Paris. FortEs de notre expertise de personnes vivant avec le VIH/sida, nous voulions soulever avec lui les problèmes urgents qui se posent à nous et qui relèvent pour beaucoup de la politique de son gouvernement.

Nous voulions lui rappeler qu’en France, une personne séropositive sur deux vit sous le seuil de pauvreté, que 22% n’ont pas accès à un logement individuel et que la réforme du système de soins (loi HPST et franchises médicales, entre autres) ne répond pas aux besoins des personnes séropositives et renforce leur précarité. Que dans ce contexte, les annonces tendant à vouloir transférer la gestion des maladies chroniques au secteur privé sont inacceptables : les personnes gravement malades ne doivent-elles plus bénéficier de la solidarité nationale ? Nous entendions donc obtenir de lui des garanties sur le maintien de la prise en charge à 100 % par la Sécurité Sociale pour les affections de longue durée.

Nous souhaitions l’interpeller sur l’urgence de la mise en place de salles de consommations adaptées pour les usagerEs de drogues et sur l’absurdité des politiques de « guerre à la drogue », qui ne sert à rien sinon à aggraver les problèmes de santé. Dans ce domaine, la France est en retard, comme elle a l’a été dans les années 90 en matière d’échange de seringues. Nous aurions aimé savoir si Nicolas Sarkozy avait le courage politique de renoncer à l’idéologie du tout répressif pour promouvoir, de façon très pragmatique, un projet qui a fait ses preuves à l’étranger.

Enfin, nous entendions bien lui demander des comptes sur la contribution insuffisante de la France au Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme : le Président s’était engagé pour l’accès universel aux traitements pour 2010. D’ores et déjà, nous savons que cette promesse ne sera pas tenue : rien que pour prolonger les programmes déjà existants, qui touchent 30 % des séropos dans le monde seulement, il manque 5 milliards de dollars ! Or depuis son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a gelé le financement français au Fonds, alors même qu’il offrait, dès 2007, 14 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches.

Enfin, nous lui aurions rappelé, à la veille de la Marche des Fiertés LGBT, la nécessité de l’égalité des droits : il est grand temps que la France s’aligne sur la plupart de ses voisins et reconnaisse aux couples homosexuels les mêmes droits qu’aux couples hétérosexuels, qu’elle allège les lourdes contraintes qui pèsent sur les personnes trans’, qu’elle applique le droit d’asile pour les personnes homosexuelles ou trans’ menacées dans leurs pays et qu’elle oeuvre pour la libre circulation dans le monde des personnes séropositives.

Bien sûr, nous souhaitons le solliciter aussi sur de nombreux autres sujets : la remise en cause des titres de séjour pour soins ou de la suspension de peine ; l’avenir de la recherche sur le VIH et la nécessité de penser celle-ci au féminin ; la négociation du prix des traitements avec l’industrie pharmaceutique ; la reconnaissance du travail sexuel ; etc.

Ce sont quelques-uns des combats que nous menons, combats rendus plus difficiles encore après deux ans de mandat de Nicolas Sarkozy, de répression accrue sur les travailleurSEs du sexe, les étrangerEs, les usagerEs de drogue ; deux ans de politique anti-sociale qui précarise encore un peu plus les malades et les handicapéEs et démantèle la solidarité nationale.

On ne s’étonnera donc pas que Nicolas Sarkozy n’ait pas répondu à notre lettre. Nous en avons l’habitude. Le Président n’a aucun intérêt pour les questions de santé ou de handicap. Il craint par ailleurs une confrontation qui prouverait les inconséquences de sa politique. Il connaît notre expertise, il la redoute, il n’a rien à lui opposer, si ce n’est le mépris et le silence.

Il est possible de mettre un terme à l’épidémie de sida, cela relève d’une volonté politique.

Nous sommes au regret de vous annoncer les 20 ans d’Act Up-Paris et encore plus au regret de constater que cette volonté politique n’est toujours pas à l’ordre du jour du Président de la République.