Le 21 août 2026, la DGCCRF et la Direction générale de la santé (DGS) ont annoncé avoir identifié une trentaine de références de préservatifs non conformes, représentant plus de 40 000 unités vendues notamment sur des plateformes en ligne. Ces produits étaient dépourvus de marquage CE et, pour la plupart, d’une évaluation de conformité par un organisme tiers. Dans le même temps, deux autres références pourtant porteuses du marquage CE ont été rappelées : environ 260 000 préservatifs présentaient un risque d’éclatement ou des perforations.

Act Up-Paris prend acte de ces contrôles. Mais une question demeure : pourquoi faut-il attendre que des dizaines de milliers de préservatifs aient été mis sur le marché, achetés et utilisés pour découvrir qu’ils ne sont pas conformes ?

Le préservatif un dispositif médical dont la sécurité conditionne directement la prévention du VIH, des autres infections sexuellement transmissibles (IST) et des grossesses non désirées. Le marquage CE est obligatoire pour les préservatifs commercialisés sur le marché européen.

La responsabilité ne peut donc pas être renvoyée aux utilisateurICEs. On ne peut pas demander à chacunE de vérifier la complète conformité technique d’un dispositif médical avant chaque rapport sexuel. C’est précisément pour cela qu’existent des règles, des organismes de conformité et des autorités de contrôle.

Et pourtant, les contrôles interviennent après la mise sur le marché, parfois après la vente et l’utilisation des produits. Les autorités recommandent désormais aux personnes ayant utilisé certains de ces préservatifs de réaliser un dépistage du VIH et des autres IST et, en cas de retard de règles, un test de grossesse.

Contrôler après la vente, rappeler après l’utilisation : ce n’est pas une politique de prévention, c’est une politique de rattrapage.

Cette situation n’est d’ailleurs pas nouvelle. Les précédentes campagnes de contrôle de la DGCCRF avaient déjà révélé un taux de non-conformité de 82 % parmi les préservatifs prélevés en 2017-2018, puis de 50 % lors de la campagne de 2019. Le problème n’est donc pas l’existence d’un accident isolé : c’est la capacité du système à empêcher qu’un produit dangereux, ou non conforme, atteigne les personnes qui nous interroge.

La prévention ne peut pas être une variable d’ajustement

Le gouvernement répète que la prévention est une priorité. Mais une priorité qui commence par des contrôles tardifs, des dispositifs de prévention insuffisamment accessibles et des associations contraintes de faire toujours plus avec toujours moins de moyens n’est pas une priorité : c’est une masquarade politique.

La France consacre une part limitée de ses ressources à la prévention. L’estimation de 0,63 % du PIB souvent citée agrège des dépenses de prévention institutionnelle et des actes de prévention remboursés ; elle reste imparfaite, faute d’un indicateur permettant de suivre précisément l’ensemble de ces dépenses. Dans un rapport publié en juin 2026, le Sénat demande lui-même la création d’un tel outil de suivi.

En 2024, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH en France. L’incidence du VIH, après avoir diminué pendant plusieurs années, s’est stabilisée depuis 2021. Surtout, 41 % des diagnostics étaient tardifs et 26 % étaient réalisés à un stade avancé de l’infection.

Du côté des autres IST, les indicateurs sont tout aussi préoccupants. Entre 2022 et 2024, le taux d’incidence des diagnostics de gonococcie a augmenté de 35 % et celui de la syphilis de 12 %. Chez les 15-25 ans, les diagnostics de chlamydiose ont augmenté en une seule année de 13 % chez les femmes et de 21 % chez les hommes.

Ces chiffres ne disent pas que la prévention ne fonctionne pas. Ils disent au contraire qu’elle doit être accessible, diversifiée et financée à la hauteur des besoins.

Les outils existent. L’accès ne suit pas.

La France dispose aujourd’hui d’un arsenal de prévention du VIH et des autres IST : préservatifs, dépistage, PrEP (orale et injectable), TPE, vaccination, réduction des risques, traitement comme prévention (TasP).

Mais encore faut-il que ces outils soient réellement accessibles à tousTEs.

La PrEP en est un exemple. Au premier semestre 2025, 67 505 personnes l’avaient utilisée. Pourtant, 94 % des utilisateurICEs étaient des hommes, 66 % vivaient dans une grande métropole et seulement 11 % bénéficiaient de la Complémentaire santé solidaire (C2S), tandis que moins de 1 % étaient affiliéEs à l’AME. La diffusion de la PrEP reste donc très inégale et ne touche pas suffisamment toutes les populations qui pourraient en bénéficier.

Même chose pour le dépistage. Depuis 2022, le VIH peut être dépisté sans ordonnance et sans frais en laboratoire, et depuis septembre 2024 ce dispositif a été étendu à quatre autres IST, avec une prise en charge sans frais pour les moins de 26 ans.

Après 26 ans, cette différence de prise en charge n’a pourtant aucune justification sanitaire. Comme si, à l’approche de la trentaine, on arrêtait d’avoir une vie sexuelle.

Les CeGIDD jouent un rôle essentiel dans cette politique de dépistage et de prévention, notamment pour les personnes éloignées du système de soins. Ils doivent être renforcés, mieux répartis sur le territoire et dotés de moyens à la hauteur de leurs missions.

Et pendant que les pouvoirs publics demandent aux personnes d’être toujours plus responsables de leur santé sexuelle, les associations qui font concrètement de la prévention, du dépistage, de l’information et de l’accompagnement sur le terrain voient leurs moyens fragilisés.

Moins de financements, c’est moins de prévention hors les murs, moins de dépistage, moins d’accompagnement vers la PrEP et le soin.

Les outils existent. Les besoins existent.

Ce qui manque, c’est la volonté politique de les rendre réellement accessibles.

La prévention ne se fera pas à coups de rappels de produits

Le problème des préservatifs non conformes révèle donc quelque chose de plus profond : la prévention reste trop souvent pensée comme une affaire de responsabilité individuelle.

Toujours plus de recommandations adressées aux individus, pendant que les défaillances du système sont présentées comme des accidents, abimant la crédibilité des efforts des associations.

Nous refusons cette logique.

La sécurité des produits de prévention doit être garantie avant leur mise sur le marché. L’accès au dépistage et aux outils de prévention doit être garanti à toutes et tous. Les associations qui permettent à ces politiques d’atteindre, notamment les personnes les plus éloignées du système de santé, doivent avoir des garanties de financement durables.
Parce que les économies réalisées aujourd’hui sur la prévention se paient demain en diagnostics tardifs du VIH, en IST, en prises en charge et en vies bouleversées.

La prévention n’est pas une dépense à réduire. C’est une politique de santé à financer d’urgence.

Nous exigeons :

  • des contrôles renforcés et systématiques des préservatifs avant leur mise sur le marché, ainsi qu’un contrôle effectif des produits vendus sur les plateformes en ligne ;
  • la gratuité des préservatifs, pour tous, sans prescription ;
  • la prise en charge à 100 % en tiers payant de l’ensemble des dépistages des IST, sans ordonnance et sans condition d’âge ;
  • le renforcement, le financement et le développement des CeGIDD et CSMSS, avec une répartition territoriale permettant un accès effectif à la prévention et au dépistage ;
  • des campagnes nationales massives et régulières de communication et de sensibilisation sur la PrEP, le TPE sur l’ensemble des outils de prévention du VIH et contre la sérophobie ;
  • un accès effectif à toutes les formes de PrEP, notamment à la PrEP injectable ;
  • un financement public pérenne des associations de santé sexuelle et de lutte contre le VIH et les IST, à la hauteur de leurs missions de prévention, de dépistage et d’accompagnement.