Avec la proposition de nomination de François-Noël Buffet à la tête du Défenseur des droits, le gouvernement menace de confier une institution essentielle à la protection de nos libertés à un homme dont le parcours politique contredit frontalement les missions qu’il serait censé incarner. Pour Act Up-Paris, cette désignation n’est pas seulement une faute politique : elle met en danger un contre-pouvoir indispensable à la défense de nos droits et à la santé publique.
Si la prévention du VIH-Sida ne se décrète pas, c’est peut-être par décret qu’elle sera enterrée un peu plus.
Act Up-Paris siège au Comité d’entente LGBT du Défenseur des droits. Pour nos communautés, cette institution n’est pas abstraite : c’est un recours. C’est documenter que les jeunes hommes racisés ont vingt fois plus de risques de subir un contrôle policier. C’est la décision-cadre 2020-136 sur l’identité de genre, allée plus loin que bien des gouvernements. C’est Claire Hédon dénonçant la sérophobie médicale et défendant le droit à la santé des usagerEs de crack. C’est l’institution qui s’est battue pour que les PVVIH aient droit à des soins funéraires — parce qu’en 2017, l’État traitait encore les séropos comme des déchets radioactifs. En 2025 : 165 011 réclamations, 70 % de hausse en cinq ans, 50 000 dossiers sur le droit des étrangerEs.
Sénateur LR pendant vingt ans, bras droit de Bruno Retailleau à l’Intérieur, François-Noël Buffet a manifesté avec la Manif pour tous et signé leur charte. Il a voté contre le mariage pour tous, contre la PMA et s’est abstenu lors du vote sur l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Il a soutenu la proposition transphobe de Jacqueline Eustache-Brinio visant à interdire les traitements hormonaux aux mineurEs trans — contrevenant ainsi à la décision-cadre 2025-112 qu’il serait censé défendre.
Depuis 2006, il durcit les conditions de vie des étrangerEs : expulsions accélérées, délit de séjour irrégulier, restriction du droit du sol à Mayotte. C’est le co-architecte de la destruction de l’Aide Médicale d’État (AME). Son groupe a soutenu l’interdiction des salles de consommation à moindre risque. Il a présidé la commission qui a voté le délit de « provocation à l’identification » des policierEs, censuré depuis par le Conseil constitutionnel.
Buffet n’est pas un conservateur mou : tout son parcours indique qu’il fera exactement ce qu’il a toujours défendu. Six ans non révocables : un militant de la Manif pour tous face aux décisions-cadres sur les droits des personnes trans ; un fossoyeur de l’AME face aux réclamations des étrangerEs malades ; un soutien de la répression face aux plaintes pour violences policières.
Pour la qualité des rapports, pour les décisions rendues, pour le suivi des saisines – si elles conservent leur portée –, Act Up-Paris ne peut cacher son exaspération.
La fin de règne d’Emmanuel Macron n’a qu’un projet : la liquidation méthodique des contre-pouvoirs, la distribution des postes aux alliéEs, la transformation des institutions indépendantes en prébendes politiques. Nos vies, nos droits, nos corps sont leur variable d’ajustement. Notre santé, leur monnaie d’échange. Les politiques se foutent de l’Objectif 2030 et ne pensent qu’à leur objectif 2027.
Le décret n’est pas publié. Les commissions des lois ne se sont pas prononcées. Il n’a manqué qu’une voix pour bloquer Richard Ferrand. Nous exigeons le retrait de cette nomination. Nous siégeons dans cette institution, nous savons ce qu’elle représente. Nommer cet homme Défenseur des droits serait un doigt d’honneur adressé aux personnes séropositives, à celles exposées au VIH, et à toutes celles et ceux qui dépendent de cette institution pour faire valoir leurs droits.
Nous ne le laisserons pas faire.