À quelques jours du second tour des élections municipales à Paris, et même avant que la campagne n’ait officiellement commencé, Rachida Dati redouble d’activité sur les réseaux sociaux : une production millimétrée pour vendre son programme et, au passage, tenter de faire oublier les douze affaires judiciaires dans lesquelles elle est impliquée. Déclarations chocs, vidéos calibrées, posture sécuritaire recyclée : la candidate déroule, méthodique. L’objectif est clair, occuper l’espace, quitte à dire à peu près n’importe quoi sur le VIH, la réduction des risques, la santé publique et tout ce qui va avec.
Depuis des mois, la maire du 7ᵉ arrondissement s’acharne notamment contre la salle de consommation à moindre risque (SCMR) de Paris et contre les stratégies de réduction des risques et des dommages (RdRD). Vidéos indignées, posture martiale, discours sécuritaire recyclé : le tout servi dans un format Instagram calibré pour transformer une question de santé publique en feuilleton de peur.
Le problème, c’est que la réduction des risques n’est pas un décor de campagne. C’est une politique de santé qui sauve des vies et qui manque cruellement de moyens.
Les salles de consommation, il en existe seulement deux en France, une à Strasbourg et une à Paris, ne créent pas l’usage de drogues : elles évitent les overdoses, limitent les infections et permettent un contact avec le soin. Mais dans la communication de Rachida Dati, la santé publique semble surtout être un accessoire pratique pour produire des clips de campagne.
Quand les Élus Locaux Contre le Sida (ELCS) lui ont adressé leurs questions aux candidates et candidats aux municipales, la réponse a confirmé ce que ses vidéos laissaient déjà entendre : approximations, flou artistique, leçon apprise par cœur sur les objectifs de lutte contre le VIH et vision très limitée de ce que peut être une politique municipale de santé sexuelle menée avec les associations. VIH, prévention, réduction des risques, soutien aux associations : à Paris, ces sujets ont pourtant une histoire militante forte et des politiques publiques concrètes. Mais dans les réponses de Rachida Dati, on cherche encore la stratégie. Comme si opposer frontalement les associations de lutte contre le VIH à celles qui œuvrent pour la RdRD (ce sont souvent les mêmes) était un gage d’efficacité. La réponse est non.
Ce n’est pas vraiment une surprise. Sur les droits LGBTQI+, la trajectoire politique de la candidate est bien connue. Oppositions répétées à des avancées, proximité avec une droite qui a fait de l’hostilité aux droits LGBT un marqueur idéologique. Difficile ensuite de se découvrir soudainement une fibre arc-en-ciel à l’approche d’un scrutin parisien.
Le plus fascinant reste cependant le fan-club qui persiste à la soutenir.
Une petite fraction de gays très à l’aise socialement, souvent propriétaires, souvent installés dans le Marais, semble persuadée que leurs intérêts immobiliers et fiscaux constituent une politique queer.
On les voit expliquer avec beaucoup de sérieux qu’il faut “être pragmatique”, “sortir de l’idéologie” ou encore “penser sécurité”. Traduction : tant que les terrasses sont pleines et que les prix au mètre carré montent, le reste peut attendre.
Pendant ce temps-là, les associations qui travaillent réellement sur le VIH, les usages de drogues ou la santé des personnes LGBTQI+ continuent, elles, de faire le boulot. Sans vidéos TikTok, sans storytelling sécuritaire et souvent avec des budgets précaires.
À Act Up-Paris, nous avons une mémoire.
On se souvient que les politiques de santé efficaces naissent rarement des campagnes de communication qui humilient et encore moins des paniques morales.
Si Rachida Dati veut parler de santé publique à Paris, très bien.
Mais dans ce cas, qu’elle commence par écouter l’expertise de celles et ceux qui la font vivre : les associations, les soignant·es, les patient·es expert·es, les personnes vivant avec le VIH, les travailleur·ses du sexe, les usager·es de drogues.
Et qu’elle évite de transformer la réduction des risques en décor pour vidéos de campagne. Parce qu’en matière de VIH, d’usages de drogues et de droits LGBTQI+, ce ne sont pas les punchlines qui sauvent des vies.