À l’initiative d’Act Up-Paris, et dans le prolongement de la mobilisation interassociative du 1er décembre 2025, des militant·es et associations LGBTQI+ interpellent les candidat·es aux élections municipales à Paris. Face à la montée de l’extrême droite, à l’effritement des politiques publiques et à la marginalisation persistante de nos luttes, nous rappelons que nos droits en matière de santé, de logement, de protection sociale et de culture ne sont ni secondaires ni négociables.
Rien pour nous sans nous. Alors que les programmes municipaux ont été élaborés sans nous, nous refusons d’être une variable d’ajustement. Nous n’avons pas à demander : nous exigeons. La Ville de Paris dite de gauche avait annoncé près de 400 000 euros par an pour les associations LGBTQI+ mais les montants réellement versés ont été bien inférieurs et leur répartition n’a pas été transparente. Nous exigeons des moyens à la hauteur de nos besoins et des engagements durables, pour atteindre un million d’euros. C’est à peine le double de ce qui avait été promis et les besoins sont croissants. La montée des extrêmes droites impose aux mairies d’être des remparts pour garantir nos droits.
Nous, associations LGBTQI+ et de santé communautaire, exigeons une réelle coopération avec la mairie qui nous fait subir une véritable maltraitance administrative et politique devenue systémique. Face à l’extrême-droitisation du débat public, la défense des libertés associatives ne peut plus se limiter à des discours d’intention. Elle doit se traduire par des garanties concrètes. Coopérer implique que les candidat·es et les élu·es comprennent nos réalités : vous devez vous former, lire nos productions, écouter nos alertes et travailler avec nous dans la durée. De même, coopérer rend indispensables des dispositifs financiers pérennes qui signent la fin des financements par projet dont la logique compétitive détruit nos associations et collectifs. Il faut simplifier les démarches administratives d’accès aux financements.
Nous, séropositif·ves, vieilles/vieux, survivant·e·s ou récemment contaminé·e·s, exigeons de la Ville de Paris de pouvoir vieillir dignement avec le VIH. D’ici à 2030, nous, vieux/vieilles séropos, représenterons 70 % de l’ensemble des personnes vivant avec le VIH. Nos risques de comorbidités, accrus par la prise de traitements depuis plusieurs décennies, exposent nos cœurs, nos foies et nos reins à de nombreux effets indésirables. Pourtant, passé 50 ans, l’accès à des soins coordonnés est rendu de plus en plus difficile par l’isolement social, la fragilité psychologique, les complexités administratives et les difficultés financières. C’est pourquoi nous exigeons des structures d’accueil dédiées, dotées d’un personnel spécifiquement formé, afin d’offrir une prise en charge globale.
Nous, personnes concernées par la lutte contre le VIH-Sida, exigeons que les engagements affichés cessent d’être de simples déclarations d’intention. Paris et plusieurs communes de Seine-Saint-Denis ont souscrit aux objectifs 2030 de l’ONUSIDA, censés garantir un accès effectif au dépistage et au traitement afin d’atteindre une charge virale indétectable. Pourtant, aucun bilan public sérieux n’a été présenté. Les données manquent, la prévention demeure partielle et souvent centrée sur des publics supposés « majoritaires », laissant de côté une grande partie des personnes concernées, notamment les hétérosexuel·les né·es à l’étranger, les personnes migrantes et les exilé·es non régularisé·es. L’égalité d’accès aux soins et à la prévention, complète et gratuite, doit devenir une réalité, notamment par l’augmentation du financement des centres médico-sociaux et par la formation systématique des personnels de santé contre le racisme et les discriminations.
Nous, usagers·ères de drogues, personnes pratiquant le chemsex, exigeons moins de policier·ères et davantage de réduction des risques. Le choix politique de la répression fabrique le danger. Nous exigeons des moyens pour les lieux de prise en charge : CAARUD, CSAPA… et des salles de consommation à moindre risque, dont l’efficacité est prouvée ! Nous exigeons l’accès aux dispositifs d’analyse de produits. Et si la protection des toxs n’est pas une priorité pour vous, comprenez au moins que votre confort bourgeois et vos petites vies de quartier ne s’en porteront que mieux.
Nous, putes, exaspéré·es par l’hypocrisie de l’abolitionnisme, exigeons un centre santé-social communautaire pour les travailleur·ses du sexe (TDS), un meilleur accès à la protection sociale via notamment une mutuelle municipale, l’abrogation des arrêtés anti-stationnement, la fin du harcèlement policier et le soutien aux coopératives de travail. La Ville de Paris joue un rôle dans la fabrication de la clandestinité et du danger pour les TDS, en contradiction avec l’implication des associations de santé communautaire qu’elle finance : par vos arrêtés, par vos consignes de tranquillité dite publique, par vos silences face aux contrôles.
Nous affirmons que nos revendications politiques s’inscrivent dans un cadre plus large de respect effectif des droits culturels LGBTQI+, tels que garantis par l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et par la Déclaration de Fribourg, que la Ville de Paris doit pleinement défendre. Bien qu’essentiels, les droits culturels sont la partie des droits LGBTQIA+ négligée par les élu·e·s municipaux parisien·nes. Ces droits culturels recouvrent le droit de participer à la vie culturelle, d’y contribuer, d’accéder aux références nécessaires à l’expression, à l’identification, à la création, sur les plans personnel, collectif, éducatif et politique. Leur garantie suppose des moyens renforcés pour la santé communautaire, pour l’accès aux soins, mais aussi pour le logement et les lieux culturels, qui constituent des espaces fondamentaux d’émancipation, de transmission et de participation citoyenne. Garantir ces droits, c’est aussi permettre de construire, transmettre et faire vivre nos mémoires, nos savoirs, nos informations et nos luttes, notamment celles contre le VIH-Sida. À ce titre, le Centre d’archives LGBTQI+ Paris IDF, impulsé par Act Up-Paris, constitue un commun culturel essentiel qui doit être reconnu, soutenu et pérennisé.
Enfin, nous tous·tes exigeons de vraies stratégies face à la pression foncière qui s’abat sur nos logements et nos lieux de vie et d’accueil. Ils sont de moins en moins dignes, abordables et stables mais de plus en plus rares et délabrés. Paris doit continuer et renforcer ses actions en faveur de l’accès au logement décent et abordable. Face à la faible quantité de logements sociaux et aux loyers exorbitants, nous exigeons la réquisition des logements vides et une meilleure prise en compte globale des situations des personnes LGBTQIA+, séropos, exilées et en rupture familiale dans l’attribution des logements. Face à la fragilisation de notre accès à des lieux de vie culturels et collectifs communautaires, nous exigeons que la Ville de Paris soutienne les communs, les projets solidaires et partagés, les lieux où on se rencontre, où on se parle, où on s’aide, où on se cultive : les lieux où l’on vit.
Premiers signataires
Act Up-Paris, STRASS, BAAM, Chemspause, le Centre d’archives LGBTQI+ Paris IDF, les Actupiennes, les Audacieuses et Audacieux, les Ami·es du Patchwork des Noms, le Planning Familial