Hier, Stanislas Gaudon, un représentant du syndicat policer d’extrême-droite Alliance, a voulu légitimer les violences subies par un manifestant, en expliquant doctement aux médias complaisants que l’agent des forces de l’ordre s’était défendu d’une « agression au SIDA » perpétrée par un homme à terre, maitrisé et en sang.

Nous y sommes donc. Déjà sur les applis de drague on voit se déployer la sérophobie, la haine ou la peur du séropo. Le mot « clean », attribué aux personnes séronégatives par opposition aux personnes séropositives, est une violence de tous les jours. Dans les établissements scolaires, un enseignant qui veut faire de la prévention se confronte également à cette violence, encouragée par l’inaction de l’Education Nationale à faire respecter ses missions.

Désormais, en cette période de contestation, notre santé, notre état, devient le prétexte d’un nouveau délit perpétré par la police. Et c’est le retour de l’« agression au SIDA », dont on croyait pourtant l’abjection enterrée, celle qui fait des séropositifVEs des bombes à contamination. Et on attendrait de nous, de faire une fois de plus, acte de pédagogie ? Non merci. D’autres l’ont fait, et très bien. Nous ne sommes pas là pour ça, c’est le rôle de l’Etat.

En revanche, nous accusons les médias, BFM et France Info en tête, de complicité avec les tenants de l’exclusion et, de ce fait, avec l’épidémie. Malheureusement, être séropositifVEs aujourd’hui, c’est encore se heurter à des refus de soins, être soupçonnéE même par sa propre communauté d’être sale (pas « clean »), d’être un assassin potentiel, c’est encore et toujours être mis à l’écart. Depuis un an, on entend que frapper unE manifestantE est normal. On apprend aujourd’hui que frapper un séropositifVE l’est aussi que c’est un geste de défense « compréhensible ». La sérophobie tourne sans plus aucun complexe sur tous les plateaux. En donnant la parole à un syndicat d’extrême-droite, qui appelait à ne plus protéger les « journalistes » de Charlie Hebdo et qui manifestait il y a quelques mois devant les locaux de la France Insoumise, plusieurs médias font le jeu d’un pouvoir répressif et de l’épidémie de VIH. Ils stigmatisent des populations déjà précaires et ainsi excusent les violences policières. En les légitimant, ils s’en font les complices.

Pourquoi cette libre antenne offerte si ce n’est pour dissimuler une réalité qu’il devient difficile de cacher ? La police nationale n’obéit plus qu’à elle même. Elle frappe, elle mutile, elle viole, elle tue ! Par ces actes, la police n’est plus légitime face aux populations et le pouvoir en place tente de se trouver des justifications. Après les exactions dans les quartiers populaires, après le mépris face aux gilets jaunes, après les mensonges sur la violence des manifestants, après les diversions islamophobes, nous voilà, nous les séropositifVEs, mis au pilori à notre tour. Qui seront les suivants ? Qui servira bientôt d’alibi à l’indignité des forces de l’ordre ?

Face à ce front commun de haine, nous appelons à nouveau à descendre dans la rue et à rejoindre les cortèges. Manifester ensemble, c’est refuser de fragmenter nos révoltes et empêcher de voir détruire nos maigres protections si durement gagnées.

Pour faire comprendre aux tenants du pouvoir que nous ne sommes pas dupes, nous serons de nouveau dans la rue ce vendredi 24 janvier, où nous continuerons d’exiger :

  • La radiation de tout agent des forces de l’ordre impliqué dans des faits de violences et de sérophobie,
  • La démission du préfet Didier Lallement, responsable des forces de l’ordre qui ont eu ces propos sérophobes,
  • La démission de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, responsable politique en charge d’une police criminelle,
  • La diffusion par France Info d’une campagne de prévention sur son antenne.