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Pour la marche des Fiertés 2010, Act Up-Paris interpelle la communauté LGBT sur son attitude face au sida et appelle à davantage de combativité.

« Comme si de nous faire débander en nous brandissant des capotes jusque dans les backroms, ne lui suffisait plus, voilà qu’Act-Up a décidé de nous plomber l’ambiance de la Marche des fiertés avec un de ses slogans incompréhensibles. »

Ben oui, cette année, Act-Up a décidé de mettre les trans pédés gouines bi etc le nez dans leurs contradictions : pour continuer à faire la fête, mieux vaut rester en vie et arrêter de faire comme le sida n’existait plus.

Aujourd’hui à Paris, 1 pédé sur 5 vit avec le VIH et 7,5 % des pédés deviennent séropos tous les ans [[Enquête Prevagay InVS SNEG 2009.]]. Quant aux trans’, aucune donnée chiffrée [[Pas d’étude, les pouvoirs publics s’en foutent.]]! Des chiffres imputables au désintérêt des pouvoirs publics (qui se souvient de la dernière campagne publique de prévention gay ?) autant qu’à la démobilisation de la communauté LGBT (qui en représentant
10% de la population ne manquerait pas sinon d’intéresser les dits pouvoirs). Des chiffres qui plombent l’ambiance mieux que n’importe quel slogan.

Souffrir

Certes, avec les progrès thérapeutiques (obtenus grâce à la mobilisation de touTEs), on meurt moins vite du sida. Mais non, désolé chériE, le sida ne se guérit toujours pas (pas plus en Suisse qu’en France). C’est triste, mais on meurt encore du sida.

Les infections et les traitements fragilisent l’organisme et accélèrent le vieillissement. Les malades sont davantage exposés aux risques d’infarctus[[Etude européenne prospective multinationale DAD.]], de cancers précoces[[ Enquête mortalité 2000.]], d’encéphalites, d’hépatites, de cirrhoses… Sans compter qu’avant de mourir ils/elles ont le temps de bien souffrir. Les effets secondaires des médocs sont lourds : fatigue extrême, perte de la libido, diarrhée, complications cardio-vasculaires, fractures, transformation de la silhouette… Tellement qu’on vit bien avec le sida, qu’unE malade sur 5 fait une tentative de suicide[[ Enquête Vespa.]].

Aimer

Sans compter qu’à force d’être toujours fourréE chez le/la toubib, à l’hosto ou au labo, ça finit par coûter cher. La Sécu ? N’y comptes plus trop : au rythme des déremboursements, de la hausse du forfait hospitalier et de l’instauration des franchises médicales, l’assurance maladie durera sans doute moins longtemps que la maladie (à propos y’avait pas un peu moins de monde à manifester contre la réforme hospitalière qu’à se déhancher à la Marche des fiertés). Beaucoup de malades sont rejetéEs dans la précarité (oui, ce truc quand t’as perdu son boulot, ton logement, etc.) et la solitude (quand tu perds le reste).

Et puis il y a le regard des autres. Ce regard ou le regard qu’on leur prête quand on vit avec le sida, quand on est « plombé » et qu’il est toujours plus compliqué de baiser et d’aimer. Tu avoueras qu’on a vu vie plus gaie, même chez les pédés ! Ben oui, le sida, ça plombe la vie !

Enfiler

« Alors tu proposes quoi Act-Up avec ton triangle rose et ton slogan à faire fuir tous les mecs sur le tchat ? »

Pour commencer, il ne faudrait pas oublier que le sida est toujours là et que c’est foutrement dangereux (merci William Cooper). Le sida n’est ni une punition divine, ni un fléau de la nature, ni une fatalité pour les pédés. Donc déjà, si tu veux qu’on aille plus loin, on va commencer par enfiler une capote et par la lubrifier avec du gel à base d’eau.

Pour demain continuer à faire la fête, rire, danser, draguer, baiser, il faudrait ensuite essayer de prendre soin l’unEs de l’autre et les unEs des autres. Oui, ça fait un peu cul cul comme un film de Lelouch, mais en même temps, tu verras, ce n’est vraiment pas désagréable, et puis ça n’interdit ni le
fist (avec un gant en latex) ni les pinces à seins.

Pour rompre avec la hausse des contaminations chez les pédés, pour que cesse l’hécatombe chez les trans’, pour continuer à vivre, nous avons besoin d’une communauté combative. Pour lutter contre ceux et celles qui nous enragent, nous condamnent et nous oppriment, nous devons nous faire entendre. Ensemble nous allons nous battre contre ce qui nous menace. Entre le sida, les hépatites, les IST, le pape, Boutin, Vanneste, Collomb, Besson, je te le promets, on va pas s’ennuyer ; il va y avoir de l’ambiance.