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Plus de deux ans après, le bilan est dramatique. Un peu plus de 2 milliards de dollars seulement ont été versés, soit 5% des besoins. De plus, le Fonds mondial ne débourse que 10% de l’argent en caisse et, de fait, n’a redistribué jusqu’ici que 245 millions de dollars pour financer 83% des programmes acceptés.

Lors de l’Assemblée générale extraordinaire des Nations unies en juin 2001, les Etats membres déclaraient entrer «en guerre» contre le sida et s’engageaient «d’ici à 2005, à atteindre, par étapes successives, un montant annuel de dépenses globales de 7 à 10 milliards de dollars pour la lutte contre l’épidémie». En janvier 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est créé. Son objectif : financer des programmes d’envergure, de lutte contre les trois pandémies dans les pays en développement, 15 milliards de dollars par an étant nécessaires selon les experts pour enrayer la propagation des trois maladies. Rapidement et à grand renfort de publicité, les pays riches s’engagent, du moins publiquement, à en être les principaux contributeurs.

Les raisons d’un échec : États du Nord – États racistes

L’année dernière, quasiment aucun pays n’a augmenté sa contribution au Fonds mondial. Les sommes promises par les pays riches (sommes versées, dans les faits plusieurs mois après) sont si ridiculement faibles, que la France parvient à obtenir la deuxième place des bailleurs les plus importants avec une contribution pourtant en deçà de 70% de ce que devrait être raisonnablement sa contribution !

Tous les pays du G8 promettent des sommes bien plus faibles que le minimum nécessaire. Alors que l’Italie n’a toujours pas fait de promesse de don, le Japon, deuxième puissance économique mondiale, entend débourser 100 millions de dollars, l’Allemagne et la Grande-Bretagne aux alentours de 50 millions, le Canada 25 millions. Enfin, les Etats-Unis ne cessent de revoir à la baisse leurs financements pour cet outil «si multilatéral» : 600 millions en 2003, 400 millions pour 2004, 200 millions pour 2005 ? Cette année, l’administration Bush a même refusé de donner la subvention d’un milliard prévue. En effet, pour George Bush, rien ne vaut le bilatéral. Ayant placé à la tête du Fonds mondial, Tommy Thompson, actuel Secrétaire d’état américain à la santé, les Etats-Unis font «leur» lutte contre le sida. Un an après l’annonce du plan Bush, dit de 15 milliards et à quelques semaines des élections présidentielles, 350 millions de dollars devraient arriver dans une douzaine de pays du Sud. Les financements qu’ils contrôlent intégralement ici iront sur des programmes prônant uniquement l’abstinence, d’ailleurs des groupes religieux sans aucune expérience préalable de lutte contre le sida sont d’ores et déjà assurés d’êtres financés. Enfin, et évidemment, les programmes d’accès aux traitements feront la part belle aux médicaments produits par les firmes pharmaceutiques – la thérapie simplifiée de trois médicaments en un, une combinaison qui n’existe qu’en version générique, déjà utilisée avec succès, approuvée par l’OM, et bien moins chère, n’ayant pas retenu l’attention des américains.

Bas profil pour le Fonds mondial

Face à ce désengagement financier des bailleurs, le Fonds mondial en est réduit à exiger pour 2004-2005 une contribution à hauteur de 5 milliards de dollars, un montant estimé répondre aux demandes des pays. Arguant que «le montant global des décaissements augmentera en fonction de la demande des bénéficiaires», les dirigeants du Fonds mondial se retranchent derrière les propositions des pays peu dispendieuses. Effectivement, face à un organisme de financement quasi-vide, les pays préfèrent soumettre des projets moins ambitieux, mais qui ont plus de chance d’être validés plutôt que des propositions réellement conformes aux besoins, mais trop onéreuses. Sans compter que plusieurs pays en développement font état de pressions externes exercées par les pays donateurs afin qu’ils revoient leurs demandes à la baisse. La boucle est bouclée.

Bilan et perspectives

Le Fonds mondial peut donc s’enorgueillir
– d’une lenteur administrative digne des autres institutions internationales : seulement 10% des fonds actuellement alloués par le Fonds Mondial ont dans les faits été déboursés.
– d’une quasi-aucune assistance technique permettant aux Comités de coordination des pays de monter un programme ayant des chances d’être accepté par le Fonds mondial.
– d’un manque de transparence sur les actions réellement menées par le Fonds mondial (le Fonds Mondial donne-t-il réellement ce que demandent les CCM ? la non publication des projets rejetés et les raisons de cette exclusion),
– de la mise en place de nouvelles conditions d’attribution plus restrictives : désormais, les pays à revenus intermédiaires doivent répondre à des critères supplémentaires, incluant des co-financements et se concentrer sur les populations pauvres et vulnérables. Ces nouvelles exigences discriminent notamment l’Europe de l’Est, dont certains pays ont vu leur demande refusée, le Fonds mondial jugeant que les pays ne rencontraient pas de crise suffisamment grave nécessitant son appui.

Le Fonds mondial doit donc en priorité :
– travailler en coordination avec l’OMS et soutenir l’initiative «3×5» déjà bien balbutiante, en étant le principal pourvoyeur de fonds pour atteindre les objectifs de l’OMS de mettre 3 millions de personnes sous antirétroviraux d’ici 2005 ;
– travailler en partenariat avec les agences des Nations unies et les Fondations pour qu’elles fournissent une aide technique aux pays du Sud pour mettre au point des programmes de traitement contre le VIH ainsi que des projets d’extension des programmes déjà existants ;
– trouver des fonds, non seulement au niveau étatique mais aussi privé, étant entendu que ces fonds doivent être additionnels ;
– veiller à ce qu’aucune condition comme l’achat de médicaments de marque plutôt que de génériques lors des financements ne soit imposée ;
– relancer deux cycles d’appel d’offres par an et non pas un seul comme il est prévu cette année.

Alors que 10 millions de malades du sida ont besoin de traitements immédiatement, le Fonds mondial espère mettre sous ARV 700 000 malades d’ici 5 ans. Les pays riches doivent consacrer enfin des ressources conséquentes au Fonds mondial, en adéquation avec les besoins, s’ils souhaitent rompre avec une politique criminelle et raciste. Where is the ten billions ?

Concrètement

224 programmes sont en place dans 121 pays. Les pays pauvres ont reçu 66% des redistributions

La répartition des fonds en 2003 :
– 60% concernent des pays africains,
– 46% sont allés à l’achat de médicaments,
– 50% des fonds ont été versés aux gouvernements et 29% aux ONG,
– 60% des fonds concernent des programmes VIH/sida,