Texte lu lors du rassemblement initié par le collectif anti-répression:

Que dire, que dire de plus que cet appel n’a pas fait.

Oui tout est dit dans cet appel…Pardon, Bonjour, je m’appelle Pierre Dauphin. Je suis pédé, séropo depuis 2010. Je suis prof aussi en lycée techno. Et je suis le secrétaire général d’Act Up-Paris.

En effet, que dire de plus que cet appel ne le formule déjà. Il m’arrache les mots , il retrace exactement nos luttes depuis 30 ans. Il utilise exactement nos mots, nos expressions en parole publique. Il montre de façon articulé comment l’ignorance de ma maladie que ce soit dans les institutions, dans les média, dans les écoles, fait que je deviens une victime collatérale, moi, séropo. Il suffit pourtant de faire confiance à la science dans la connaissance sur le virus VIH depuis tout ce temps! Cet appel parle aussi des luttes que nous avons gagné avec Act up-Paris, sans nous citer. Il reprend les idées de Fred à propos de Christian, qu’il a perdu voilà bien 10 ans. Christian n’avait pas pu avoir les soins de thanatopraxie. On avait vu avec Fred aussi que par la disparition de Christian son pacs était dissout et que leur union ne figurait plus sur l’acte de décès. Fred n’avait plus aucun droit.

Cet appel souligne aussi les problèmes de logement que l’on traite à Act Up-Paris dans notre permanence de droits sociaux chaque mercredi,  découlant de la précarité dans laquelle nous vivons encore. Et les discriminations au travail aussi sont évoquées. Celles qui font perdre une carrière à une personne une fois sa séropositivité divulguée… que dire. Mais nous sommes là pour parler de sérophobie policière. Nous voilà donc nous les séropoEs repeintEs en victimes.

Victime une première fois de l’institution policière qui, votant à 50% pour le FN selon les dernières études sérieuses, est pour nous un cas sans espoir, une phase terminale sans possibilité de rémission. Les syndicats policiers laissent un représentant parler de «sidaique», du lepenisme» pur jus», mais les mêmes avaient aussi laissé passer tant de propos infâmes sur l’altérité, les minorités, sur les populations paupérisées; racisées, sur les DéposédéEs. Rappelez-vous «bamboula», c’est «a peu près correct». Mais nous n’attendons plus rien d’eux, ni de leurs copines du Flag, ni de SOS Homophobie si prompts à dénoncer les propos «homophobes» de quelques grévistes esseulés dans des foules immenses; mobilisées contre Macron et son monde depuis des mois. Ces même asso se taisent sur la sérophobie institutionnelle comme un acquiescement au pire; ou la sérophobie qui est à l’œuvre dans leurs propres rangs, à l’encontre de leurs propres collègues. Après l’homophobie supposée,  l’antisémitisme supposé, maintenant la pathologie supposé.

Certains prennent sûrement la pilule bleu comme une expérience de la vie de seropo, quand vous prendrez aussi la pilule rouge vous comprendrez (et la pilule blanche du norvir). La fatigue continuelle, l’observance, le rappel chaque jour que votre vie dépend de ces pilules, pas seulement votre vie sexuelle , mais votre vie entière. Et votre vie entière dépend aussi de la discrétion avec laquelle vous devez ou pouvez les prendre. A qui vous en parlerez et à quel moment? Et le système actuel ne vous épargne pas sur l’intrusion. Votre séropositivité sue, connue, outrageusement dévoilée, votre ascension professionnelle est terminée. Mais bon un rassemblement pour ça? Non, c’est juste pour dénoncer la police, “cette bande de meurtriers”, “de barbare”, “d’ignares”.

Et voilà, la deuxième fois où aujourd’hui je me suis senti victime. Vous avez dans votre appel arraché nos vies et nos expériences de nos voix. Sans même nous citer. Alors que Act up-Paris est au front depuis 30 ans contre le VIH et les discriminations. Vous parlez de nos vies à nos places pour soutenir un homme, certes un bonhomme, dans tout les sens du terme, vu son engagement dans la mobilisation politique contre ce gouvernement réactionnaire, mais qui ne vit pas ce que l’on vit nous, la sérophobie, ou l ‘obligation au silence. Et même si je rêverai de dire ce genre de phrase à un flic, s’il me tapait car je connais leur ignorance, cela n’arrivera pas ,car je sais ce qui serait arrivé comme n’importe quel séropo le sait. Exactement comme ce que les personnes racisées partagent des connaissances intrinsèques des discriminations subies dans un système de domination permanent. Et puis au fond, nous ne souhaiterions pas notre etat même à notre propre ennemis parce que l’on sait ce que ça veut dire. 

Je vais donc terminer en espérant que mon outing filmé en tant que pédé et séropo en amène d’autres peut- être plus médiatiques par exemple sur LCI, plus politiques à le faire ou bien amène les séropo qui ne s’affichent comme une fierté d’être encore en vie à au moins y réfléchir. Comme le dis, encore une fois, l’appel, non, nous ne sommes pas des virus ambulants, des bombes humaines.

Je terminerai aussi ce discours en vous rappelant que nous sommes reuni ici comme si les seropo n’etait que des victimes et que nous n’avions d’autre solution qu’un rassemblement. 

Or, aujourd’hui, on a toutes les connaissances pour mettre fin à la pandémie et prendre soin des personnes vivant avec le VIH mais on ne les met pas en oeuvre parce que, dans les esprits, les solutions ne sont pas connues et que l’action publique est conservatrice et réactionnaire. Ce qui est scandaleux dans cette histoire c’est qu’on entretient une psychose d’un autre temps que ce soit par une manipulation de la peur ou par une victimisation des personnes. Nous avons pour resoudre cette crise, besoin d’un accès au depistage, l’acces au medicament pour touTEs, tout le temps et sans contrainte. 

Merci à toutes les associations amies qui se sont deplacées et comprennent notre combat, d’etre à nos cotés, nous, les seropo.