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Non à la criminalisation des séropositifs

publié en ligne : 23 janvier 2003 dans Action 85

Le projet de loi Sarkozy prévoit un dépistage obligatoire du suspect lors d’un viol, soi-disant pour « protéger les victimes », au mépris de toute réalité scientifique.

L’Assemblée nationale prévoit d’instituer le dépistage systématique du VIH chez les personnes suspectées de viol. Approuvée par le gouvernement, cette mesure, qui doit être discutée en Commission des lois début 2003, constituerait une atteinte inédite au principe de volontariat qui, depuis plus de 15 ans, régit la politique d’incitation au dépistage.

Elle représenterait une menace grave en matière de santé publique. Il s’agirait d’améliorer la prise en charge des victimes de viol. En connaissant le statut sérologique des auteurs, présumés ou coupables, de viol, on pourrait le cas échéant suspendre le traitement d’urgence, lourd et contraignant, qu’il est recommandé d’administrer aux victimes pour éviter une contamination par le virus du sida.

Mais une connaissance de base suffit pour montrer que cette mesure n’aide en rien les victimes. D’une part, il faudrait que l’auteur du viol soit à la disposition de la justice en temps et en heure pour éviter à la victime un traitement d’urgence. D’autre part, un diagnostic de séronégativité ne permet pas de conclure à une absence totale de risques de contamination pour la victime : la fenêtre de séroconversion, c’est-à-dire la période entre la contamination et l’apparition des anticorps que les tests peuvent dépister (entre quelques jours et quelques semaines), oblige les victimes à continuer la prise du traitement d’urgence, même si l’auteur est reconnu séronégatif.

L’Académie de Médecine contre les séropos

On apprend les principes de l’infection à VIH et de son déroulement en quatrième. Des collégiens pourraient vous dire qu’une telle mesure est inutile. Elle a pourtant été défendue par l’Académie de Médecine. Il est affligeant de voir des « scientifiques » et des « médecins » défendre un tel dispositif, au mépris des connaissances sur le VIH et des règles primaires de déontologie.

Mais l’Académie de Médecine n’en est pas à sa première tentative contre les séropositifs. En mai 1994, déjà, elle s’était prononcée pour un assouplissement du secret médical en cas de séropositivité. En 1994, comme aujourd’hui, le but de cette noble institution, relayée par des politiques, est le même : faire de la séropositivité une arme et des personnes atteintes des êtres dangereux qu’il faut combattre à tout prix. Car derrière une façade humanitaire, c’est bien la criminalisation de la séropositivité qui est visée. Les défenseurs de cette mesure entretiennent une confusion systématique entre l’auteur d’un viol et une personne suspectée, donc présumée innocente. Diagnostiquer le statut sérologique d’une personne suspectée de viol, et qui en est innocente, ne peut en rien servir la prise en charge des victimes.

Cette confusion n’a donc qu’un but : faire de la séropositivité un motif aggravant du viol. En ce sens, la comparaison avec les tests ADN qu’il est possible de pratiquer sur des suspects est révélatrice des intentions réelles d’une telle proposition. Cette comparaison a été faite par l’Académie de Médecine comme par les parlementaires. Elle est plus qu’inquiétante : les tests ADN sont pratiqués pour confirmer ou infirmer l’innocence d’un suspect. Le test de dépistage du VIH n’a rien à voir avec la culpabilité ou l’innocence d’une personne accusée de viol. Là encore, cette confusion permet de faire de l’infection à VIH un motif d’aggravation pénale. À quand le fichier de séropositifs présumés délinquants sexuels ?

Une fois de plus, le ministre de la Santé est resté silencieux. Depuis 10 ans, cette mesure n’a jamais été défendue par des partis républicains, quelle que soit la majorité au pouvoir. Seule l’extrême-droite l’a prônée. La droite prend les victimes de viol comme alibi pour criminaliser la séropositivité. Elle insulte les personnes violées en leur faisant croire à une amélioration de leur prise en charge. Elle menace directement les personnes atteintes du VIH. Plus de 20 ans après, il faut encore le répéter : le sida n’est pas une arme, c’est une maladie.



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