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Enquête sur le VIH en milieu carcéral

publié en ligne : mars 1999 dans Action 59

Deux enquêtes ont été récemment publiées sur la contamination VIH en milieu carcéral. « L’Enquête sur l’infection à VIH en milieu pénitentiaire », enquête dite « d’un jour donné », est la seule enquête officielle nationale du Secrétariat d’Etat à la Santé. La seconde est une étude européenne réalisée par l’Observatoire Régional de Santé (ORS) de PACA, présentée lors du 8ème congrès national des ORS qui s’est tenu à Montpellier du 26 au 27 novembre 1998 sur le thème : « information et décision : quelle relation ? ». Résumé :

Statistiques VIH en milieu carcéral - Résultats de l’enquête de juin 1997

Depuis 1988, des enquêtes effectuées « un jour donné « sont régulièrement conduites auprès des services médicaux des établissements pénitentiaires pour évaluer le nombre de personnes infectées par le VIH en prison, du moins celles dont la séroposivité est connue par le personnel de santé.

Ces enquêtes ne sont pas des études de prévalence par le VIH en milieu pénitentiaire ; certains détenus ne souhaitent pas être dépistés à leur entrée en prison, d’autres ne déclarent pas leur séropositivité. Elles constituent, par contre, l’un des éléments d’appréciation de la charge des équipes médicales intervenant en milieu pénitentiaire. L’analyse évolutive des données d’ordre épidémiologique sur cette population fortement touchée par le VIH est reproduite chaque année à la même période.

Méthodologie

Depuis juin 1996, ces enquêtes sont prises en charge par le Service des statistiques, des Études et des Systèmes d’Information (SESI) et la direction des hôpitaux, du ministère du travail et des affaires sociales (l’administration pénitentiaire s’en chargeait auparavant).

Elles reprennent la classification internationale de l’infection à VIH.

Catégorie A : patients VIH à formes asymptomatiques, primo-infection et syndromes lymphadénopathiques ;

Catégorie B : patients VIH à formes symptomatiques ne faisant pas partie de la catégorie C ;

Catégorie C : sida.

Pour des « raisons de confidentialité », seuls les médecins de l’UCSA (Unité de Consultation et de Soins Ambulatoires) et du « Programme 13000 » sont habilités à remplir les questionnaires. Les données recueillies sont transmises au SESI qui assure l’exploitation nationale des résultats et en assure la diffusion.

Les variations dans le temps des pratiques de dépistage, et des facteurs qui amènent les détenus à se faire dépister, ou non, et à se faire connaître, ou non, des services médicaux, invite à interpréter les résultats avec prudence. La généralisation du recours aux centres de dépistage anonymes et gratuits préconisée en 1993, ainsi, que les possibles modifications structurelles de la population incarcérée influencent aussi les résultats. Enfin, les données manquantes pour certains établissements en 1997 ont été remplacées par celles de 1996.

Résultats

La tendance observée depuis 1991 à la diminution de la proportion de détenus atteints par le VIH se confirme : 5,8% en 1990, 2,8% en 1994, 2,3% en 1995, 1,9% en 1996 et 1,6% en 1997.

C’est dans les centres de détention pour les prisonniers purgeant de longues peines que l’on trouve le taux le plus élevé : 1,68%. Parmi les 906 détenus atteints par le VIH en juin 97, 84 étaient au stade sida (9,3%), 234 (25,8%) présentaient une forme symptomatique de l’infection, et 588 (64,9%) présentaient une forme asymptomatique.

Les régions les plus touchées sont l’Ile-de-France et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elles regroupent à elles deux 60% des patients VIH connus : 39,2% pour l’Ile-de-France et 20,9% pour la région PACA. Les établissements pénitentiaires de ces deux régions regroupent 32% des détenus français.

Épidémiologie de l’infection à VIH et des hépatites en milieu carcéral : une étude multicentrique européenne.

Auteurs : Michel ROTILY (Observatoire régional de santé de PACA), C. DELORME, S. ROUSSEAU et le réseau européen de prévention de l’infection à VIH et des hépatites virales en milieu carcéral.

Objectifs et méthodes

L’objectif de cette étude était d’estimer la prévalence de l’infection à VIH, des hépatites virales et des pratiques à risque parmi la population pénale de 22 prisons de 7 pays européens : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Portugal et Suède. Cette étude a été réalisée entre octobre 1997 et avril 1998 dans 22 prisons, soit auprès de 3000 détenus. Ceux-ci ont été invités à remplir un questionnaire auto-administré. L’information a été recueillie de manière strictement anonyme. Les participants se sont vu proposer un test personnalisé de dépistage du VIH et de l’hépatite C, une vaccination contre l’hépatite B et des conseils de prévention.

Principaux résultats pour la France

30% de l’ensemble des détenus ont moins de 26 ans. Des femmes ont été incluses dans quatre pays, 13% en France. La proportion d’usagers de drogue par intraveineuse (UDIV) est de 14% en France. Celle des détenus d’origine non européenne est de 25%.

Usages de drogues. Les produits fumés, sniffés ou avalés par les détenus français avant leur incarcération sont principalement le hashich et le cannabis (35%), la cocaïne (18%) et les benzodiazépines (11%). Pendant leur incarcération, les détenus français déclarent avoir fumé, sniffé ou avalé du hashich et du cannabis (24%), de la cocaïne (7%) et des benzodiazépines (9%). Sur l’ensemble des UDIV, la proportion d’actifs avant l’incarcération (c’est à dire s’étant injectés de la drogue durant les 12 mois précédant l’incarcération) est de 81% en France.

Parmi les UDIV actifs, la proportion de détenus qui se sont injectés de la drogue dans les quatre semaines précédant leur incarcération est de 94% pour la France. La déclaration d’injection de drogue en prison concerne 1/3 des détenus UDIV actifs pour la France parmi lesquels 10% partagent du matériel d’injection. Entre 5% et 10% des UDI actifs se sont injectés de la drogue pour la première fois en prison. Plus de 60% des UDIV actifs sous méthadone avant leur incarcération voient leur traitement interrompu en prison contre seulement 25% qui le poursuivent.

Pratiques sexuelles. Avant l’incarcération, des pratiques homosexuelles sont déclarées de façon homogène dans tous les pays de 2% à 4%. Le préservatif a été utilisé lors du dernier rapport sexuel avec un partenaire occasionnel par près de 28% des personnes interrogées en France. Plus de la moitié des UDIV actifs n’utilisent pas de préservatifs lors de rapports avec des partenaires occasionnels.

Dans tous les pays, sauf la Belgique, l’homosexualité avant l’incarcération est déclarée par les UDIV selon un pourcentage qui varie de 1% à 6%. En prison, l’homosexualité est déclarée par environ 2% des détenus. L’utilisation des préservatifs varie selon les pays de 0% (Belgique) à 35% (Italie).

Autres pratiques à risques. 16% des détenus français se font tatouer en prison. Dans tous les pays, les UDIV sont plus nombreux à déclarer cette pratique. Prévalence et dépistage des infections. Les MST touchent plus de 10% de la population carcérale de chaque pays. Plus de 60% des détenus ont déjà fait un test de dépistage du VIH, avec une proportion plus importante parmi les UDIV : 73% en France. En France, 4% des détenus se déclarent séropositifs au VIH, la proportion est plus importante chez les UDIV. Entre 26% et 75% des détenus déclarent avoir été dépistés pour le VHC. Ce dépistage est davantage déclaré par les UDIV. De 22% à 49% des détenus se déclarent séropositifs au VHC dans tous les pays. Parmi les UDIV la prévalence du VHC est plus élevée, elle est particulièrement forte en France : 70%. En France, la majorité des détenus dépistés l’ont été en prison.

Conclusions

Cette étude montre l’insuffisance de dépistage de l’infection à VIH mais également de l’hépatite C. Les programmes de vaccination contre l’hépatite B méritent d’être largement étendus en milieu carcéral mais aussi dans les groupes à risque en milieu libre. Dans tous les pays européens, il apparaît urgent de :
- Renforcer la prévention de l’infection à VIH et des hépatites virales B et C auprès des détenus durant et pendant leur incarcération
- Mettre à disposition du matériel de prévention dans les établissements
- Organiser la formation et la sensibilisation des équipes travaillant en milieu carcéral
- Promouvoir la vaccination contre l’hépatite B
- Améliorer la prise en charge des toxicomanes en milieu libre comme en milieu carcéral, notamment l’accès aux produits de substitution.

L’analyse de ces enquêtes permet de dégager, au vu des différences évidentes de résultats, un fait bien établi : selon que l’on compte le nombre de personnes suivies pour l’infection à VIH ou que l’on interroge les personnes sur leur état sérologique, le nombre de contaminations varie de 1,6% à 4% ! En tout état de cause, même 1,6% de contaminations constituent déjà un chiffre très supérieur à celui du reste de la population. Cette seule donnée devrait amener les pouvoirs publics à réagir de manière énergique. Par ailleurs, faut-il comprendre que la baisse des contaminations établie par le rapport officiel ne ferait que cacher la difficulté des personnes incarcérées à vivre leur maladie en milieu carcéral ? La satisfaction affichée par le rapport du Secrétariat à la santé face à la baisse du nombre de détenus atteints par le VIH contraste remarquablement avec les conclusions alarmantes de l’étude européenne.

Ne nous leurrons pas, la réforme en profondeur du système pénitentiaire à laquelle invite cet état des lieux n’est pas pour demain. C’est pourquoi, Act Up-Paris milite depuis longtemps, non seulement pour l’égalité des soins entre l’extérieur et la prison (concernant notamment les traitements de substitution), mais aussi pour la non-incarcération des personnes atteintes de pathologies graves.

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  • La prison est un lieu où, hier comme aujourd’hui, les droits des personnes incarcérées ne sont pas respectés, ceux des prisonnierEs malades du sida encore moins.

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