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Lettre ouverte à Anne Hidalgo

publié en ligne : 22 octobre 2002

Act Up-Paris et Les Verts ont adressé le courrier suivant à Anne Hidalgo, adjointe au Maire de Paris.

Paris, le mardi 22 octobre 2002

Madame la première adjointe au maire,

Lors de la présentation de la commission prostitution montée par vos soins au groupe des élu-e-s Verts du Conseil de Paris il y a quelques semaines, vous aviez annoncé trois priorités : la prévention, le soutien aux associations et le travail avec la police. C’est sur ce troisième point que nous attirons votre attention. Des témoignages d’associations de terrain, de chercheurs et de prostitué-e-s nous sont parvenus, faisant état de graves violences, harcèlements et abus de pouvoirs concernant les personnes prostitué-e-s. A titre d’illustration, nous vous transmettons quelques témoignages. Afin de préserver l’anonymat et la sécurité des témoins, nous avons retiré toutes les informations permettant d’identifier des personnes, des associations et des lieux précis. Cependant, nous nous tenons à votre disposition pour vous donner de plus en amples détails.

- Le 21 septembre, dans le 16°, une personne prostituée a raconté à deux associatifs que des policiers lui avaient confisqués ses préservatifs. N’ayant jamais eu vent de tels agissements, les associatifs sont assez dubitatifs.

- Le 5 octobre, dans le 12°, une prostituée raconte que des policiers lui ont confisqué ses préservatifs lors d’un contrôle d’identité et qu’ils ont agi de même avec d’autres filles. Il s’agit toujours de personnes étrangères.

- Le 9 octobre, dans le 18°, une personne raconte que les policiers ont fouillé son sac pour savoir s’ils avaient affaire à une prostituée, et regardant si elle avait "trop de capotes".

- Le 11 octobre, dans le 16°, des personnes prostituées racontent que les policiers ont confisqué des préservatifs mais aussi les médicaments d’une personne séropositive.

- Le 14 octobre, dans le 16°, une personne prostituée témoigne auprès d’un associatif d’une scène dont elle vient d’être témoin : une personne tapinait à sa place habituelle et une autre personne, inconnue, est venue au même endroit. Il y a eu altercation pour la place et la police a été appelée. En voyant la police arriver, la personne nouvellement arrivée a jeté tous ses préservatifs dans le caniveau. Quand la police a été effectivement sur les lieux, elle a dit aux policiers qu’elle ne se prostituait pas. Pour vérifier, ils ont regardé qui avait des préservatifs dans son sac à main. La personne qui les avait gardés sur elle a été la seule à être ensuite ennuyée.

- Toujours le 14 octobre, dans le 16°, des traditionnelles travaillant en studio racontent que depuis quelques mois, les clients ne se gênent plus pour leur demander de ne pas mettre de préservatifs. Ces femmes racontent que ça faisait des années qu’elles n’avaient plus eu ce type de demande.

- Dans le 16°, des personnes prostituées font état de demande de services sexuels gratuits de la part de certains policiers.

- Dans le 20°, le 9 septembre, trois jeunes femmes africaines sont montées dans un bus associatif, totalement affolées parce qu’elles avaient aperçu une voiture de police. Les femmes se sont terrées dans le bus et accroupies pour que leurs visages ne soient pas visibles de l’extérieur. C’est la première fois depuis mars que le témoin voit une telle peur. Les femmes en question ne parlaient pas français et n’ont pas souhaité donner d’explications. Elles ont simplement dit que les policiers étaient méchants en ce moment et qu’elles avaient souvent été embarquées.

- Dans le 12° arrondissement, le 23 septembre, une personne prostituée raconte qu’elle a été récemment embarquée au commissariat du même arrondissement. Dans le fourgon se trouvaient des personnes venant de l’Est et d’autres d’Afrique. La personne rapporte que certains policiers ont proposé aux africaines de "faire le ménage" dans le commissariat en échange de quoi ils les garderaient moins longtemps.

- Dans le 17° arrondissement le 2 octobre, une personne prostituée raconte que la semaine précédente, des policiers ont ouvert la camionnette d’un travesti et l’ont aspergé de gaz lacrymogène. Ils auraient aussi "gazé" les travestis qui tapinaient dans le même coin à pied.

- Dans le 17° arrondissement, le 2 octobre, vers 2h du matin, des associatifs sont les témoins directs d’une interpellation de client supposés de travestis. Le client était en voiture, avait ralenti mais pas descendu sa vitre. Une voiture de police lui a fait une tête à queue pour le forcer à s’arrêter, lui a braqué les lampes torches dessus, etc. Le client n’a finalement pas été verbalisé. Deux travestis sont alors venus raconter aux associatifs que c’était comme ça depuis une semaine, dès qu’une voiture arrivait. Les clients se font rares et certains travestis disent être depuis obligés d’accepter des choses qu’ils refusaient avant (sans vouloir préciser).

- Le 10 octobre, dans le 12° arrondissement, une personne prostituée fait part à un associatif du changement de comportement de la police depuis l’existence du projet de loi sur la sécurité intérieure. La personne rapporte un comportement général brutal - tutoiement, insultes, attouchements furtifs - et un rythme soutenu d’arrestation, les personnes embarquées n’étant relâchées qu’au matin, vers 6h. Plus grave, cette personne accuse le commissariat du 11° (Place Voltaire) de passivité devant des faits de viols. Ce commissariat aurait refusé d’enregistrer la plainte d’une prostituée violée en bande durant toute une nuit, (cela c’est passé début octobre).

Nous vous demandons donc de respecter votre engagement concernant le travail avec la police et d’user de votre qualité de première adjointe au Maire pour intervenir auprès du préfet de Paris et le tenir informé du comportement de la police à Paris. En particulier, devant la répétition des violences et des pratiques visant à réprimer l’usage des préservatifs, il semble désormais difficile de croire à des agissements isolés.

Nous vous demandons de faire tout ce qui est en pouvoir pour que ces violences cessent et que les personnes prostituées cessent d’être harcelées ,et ce en toute illégalité. Nous vous demandons en particulier d’intervenir pour qu’une enquête soit menée au sein de la police afin que ce type d’abus de pouvoir soient, le cas échéant, réprimés.

Préfigurant l’application des lois Sarkozy et leur caractère liberticide et dangereux pour la vie des personnes les plus précaires, ces abus de pouvoir policiers sont en effet extrémement graves, contraires aux droits fondamentaux des personnes et MEURTRIERS. C’est pourquoi cette lettre est publique et nécessite une réponse URGENTE.

Les Verts Paris : Xavier Knowles, Porte Parole des Verts

Act up Paris : Victoire Patouillard, Présidente

Groupe verts des élus du Conseil de Paris : Christophe Najdovski, Président.

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