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Editorial : contre le sida, qui est candidatE ?

publié en ligne : 12 mars 2017 dans Action 138

 

Contre autour de 6000 contaminations par le VIH par an,

  • qui pour mettre en œuvre régulièrement des campagnes de prévention ciblées ?
  • qui pour promouvoir l’ensemble des dispositifs de prévention combinée (préservatifs, gels, préphylaxie pré-exoposition ou PrEP [1]), inciter aux dépistages [2] réguliers, rappeler l’existence et renforcer la disponibilité du traitement post-exposition (TPE [3]) ?
  • qui pour rendre accessibles, c’est-à-dire gratuits, chacun de ces dispositifs, donc notamment les préservatifs, le gel et les autotests ?
  • qui pour renforcer les moyens des Cegidd [4] et favoriser le développement de centres de santé, notamment de santé sexuelle, communautaires, afin que ceux-ci puissent accompagner touTEs cELLEux qui le souhaitent ?

Contre tout ce qui peut faire obstacle à la prise en charge, jusqu’aux cas de sida [5], qui pour assurer des conditions d’existence décentEs à touTEs, pour renforcer des dispositifs d’accès aux logements, d’aides au transport, d’accès aux prestations sociales, et pour revaloriser les minima sociaux ?

Contre le sida, qui pour renforcer les moyens d’un système de santé exsangue, pour s’assurer du suivi régulier de touTEs les séropositifVEs, et pour s’assurer que ceux-ci, et touTEs les autres, ne paieront aucun centime de leur poche ?

Contre le sida, qui pour augmenter la contribution de la France au Fonds Mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, pour compenser les coupes sèches dans les financements apportés à UNITAID [6], et pour s’engager à contribuer à hauteur des besoins identifiés par l’ONUSIDA [7] afin de mettre un terme à l’épidémie en 2030 ?

Contre le sida, qui pour s’attaquer aux pratiques de fixation des prix des traitements du Big Pharma, qui pour favoriser les génériques, au besoin en imposant la licence d’office, et pour contribuer à atteindre l’accès universel aux traitements, quand aujourd’hui à peine 1 séropositifVE sur 2 dans le monde à accès aux antirétroviraux, et que leur manque tue 1,1 millions de personnes par an ?

Contre le sida, et alors que plus d’une personne séropositive sur deux dans le monde est une femme, qui pour considérer les femmes comme des personnes vivant avec le VIH à part entière et pour faire avancer les connaissances sur le sida chez les femmes ?

Contre le sida, qui pour renforcer la prévention dans les prisons, qui pour autoriser les programmes d’échange de seringues en milieu carcéral, s’assurer du respect de la dignité et du secret médical pour touTEs les détenuEs, et élargir les possibilités de sortie des détenuEs pour raison de santé ?

Contre le sida, qui pour reconnaître les dangers de la pénalisation des clientEs des travailleurEUSEs du sexe, faire cesser le harcèlement policier à leur égard, et favoriser les actions de promotion de la santé sexuelle et de la prévention auprès de ceuxELLEs-ci ?

Contre le sida, qui pour s’assurer de l’accès aux droits et aux soins des personnes trans, particulièrement concernées par l’épidémie, en commençant par s’assurer d’un changement d’état-civil libre, gratuit, en mairie, et fondé sur l’autodétermination, y compris pour les mineurEs ? Qui pour faire cesser les mutilations génitales des personnes intersexes, et pour respecter leur autodétermination ? Qui pour enrayer les discriminations qui précarisent les personnes trans et intersexes ?

Contre le sida, qui pour s’assurer de l’accès aux droits et aux soins des étrangèrEs en France, que leur séjour soit régulier ou qu’ils soient sans-papiers, pour garantir l’accès à une couverture équivalente à l’aide médicale d’état, mais réintroduite dans le dispositif de droit commun, pour refuser les expulsions et régulariser touTEs les sans-papiers ? Qui pour mettre en évidence les spécificités de la situation des personnes racisées, en favorisant l’élaboration de statistiques ciblées ?

Contre le sida, qui pour s’assurer que l’éducation à la sexualité et au consentement, que l’information sur la prévention, et la contraception le cas échéant ne se voit pas refoulée aux portes des collèges et des lycées, qui pour la défendre face aux catholiques intégristes et aux émanations de La Manif pour Tous, au contraire du gouvernement sortant ?

Contre le sida, qui pour assurer que les vies des LGBTI+ valent et reconnaître qu’elles ne sont ni négociables ni instrumentalisables ? Qui pour garantir que les discriminations et violences seront fermement combattues ? Qui pour rendre accessible la PMA à touTEs, pour reconnaître les liens familiaux des enfants nés de GPA à l’étranger, qui pour refuser de constitutionnaliser l’interdiction de cette pratique et laisser s’ouvrir le débat dans nos communautés ?

Contre le sida, qui est candidatE ?

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Texte paru comme tribune sur le site Yagg : http://yagg.com/2017/03/04/tribune-...

 

Notes

[1] La prophylaxie pré-exposition ou PrEP désigne la prise de Truvada (une combinaison d’antirétroviraux) par des séronégatifVEs comme stratégie de prévention contre le VIH. Elle est autorisée en France depuis fin 2015, sous deux schémas de prise : 1 comprimé par jour, ou un schéma dit « à la demande », avant et après un rapport sexuel sans autre protection.

[2] Les dépistages peuvent s’effectuer sur prescription d’un médecin en laboratoire « de ville », ou bien de manière anonyme et gratuite en Cegidd, mais aussi par des tests rapide d’orientation diagnostique (TROD) ou par des autotests.

[3] Le traitement post-exposition ou TPE désigne la prise d’antirétroviraux suite à une prise de risque pour éviter une contamination par le VIH. Le traitement doit être initié au maximum 48h après la prise de risque, et dans l’idéal jusqu’à 4h après, il faut pour cela se rendre aux urgences hospitalières.

[4] Cegidd : centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic.

[5] Le stade sida est un stade d’évolution de l’infection par le VIH, celui d’affaiblissement des défenses immunitaires au point de favoriser l’apparition des pathologies dites « opportunistes ». Les antirétroviraux actuels permettent d’éviter son apparition sauf situation particulière (dépistage tardif, rupture de traitement), et permettent également de faire remonter les défenses immunitaires au-dessus du seuil, et donc de sortir de ce stade. Cependant, les antirétroviraux n’éliminent pas tous les virus présents dans l’organisme, même si « à charge virale indétectable », et en l’absence d’autres IST, un séropositifVE sous traitement n’est pas contaminant par voie sexuelle. Ce dernier effet est le "TasP" (treatment as prevention)

[6] UNITAID est une organisation d’achat de médicaments pour les pays en voie de développement, financée par les pays développés.

[7] ONUSIDA désigne le programme commun des Nations-Unies contre le VIH/sida.

 



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