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L’ex Grand Rabbin de France, Joseph Sitruk, coupable des futures violences contre les homosexuels, lesbiennes, biEs et trans juifVEs

publié en ligne : 9 juin 2016

Jusqu’à vendredi dernier, 3 juin au petit matin, il y avait longtemps que l’on n’avait pas entendu des propos aussi violents contre les LGBT de la part d’un responsable religieux de la communauté juive en France. C’était sans compter la participation de l’ancien Grand Rabbin de France, Joseph Sitruk, qui profita de son billet d’humeur hebdomadaire sur Radio J, pour exhorter les fidèles de France et d’Israël à rétablir la moralité en perdition, voire même exterminée, de la communauté juive, provoquée par l’organisation le même jour de la Gay Pride de Tel Aviv.

Il commence par rappeler le couplet favori des homophobes aux thèses basées sur la religion : « la Torah qualifie l’homosexualité d’abomination et la considère comme un échec de l’humanité », la personne qui s’y adonne « s’abaiss[ant] au rang le plus vil ». Le président gambien, Yahya Jammeh, est plus direct en nous traitant de chiens et de porcs. Selon lui, l’organisation de la Gay Pride de Tel Aviv une « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël ». Il reconnait la violence de ses propos, mais l’imminence du péril en la demeure le justifierait.

A la fin de son intervention, quand il « espère que les auditeurs écouteront [s]on appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination », il saute un palier supplémentaire dans l’appel à la haine et à la violence. L’histoire nous montre que ces messages audios et écrits se traduisent en actes. Récemment, la multiplication des actes de violence, pendant les débats de la loi Taubira, fruit de la libération de la parole LGBTphobe, en est la preuve et résonne avec le meurtre de la jeune Shira Banki, en juillet 2015, à la Marche des fiertés de Jérusalem, par un ultra-orthodoxe, de la même famille conservatrice au sein du judaïsme que Sitruk, qui venait de sortir de prison pour une précédente attaque au couteau, en 2005, à une Marche déjà.

Déjà, nous voyons les effets de ses paroles, avec une prise de position isolée, sur JSSnews, qui transpire la transphobie, en évoquant l’hypothétique traitement spécifique réservé à un rabbin trans [1] : "C’est typiquement le type de mecs qui voudraient que des transsexuels rabbins puissent prier avec une kippa sur la tête et un Sefer Torah dans les bras, dans une nouvelle section du Kotel".

Le silence quasi-généralisé et coupable des autorités communautaires

Profitant de la pause bien à propos du Chabbat, le président du Radio J, Serge Hajdenberg, et son secrétaire général, Guy Rozanowicz, ne se sont exprimés que dimanche après-midi pour se désolidariser des propos du grand rabbin et témoigner leur affection envers les homosexuels juifs.

Des responsables communautaires ont réagi en leur nom propre seulement, sur les réseaux sociaux, à l’image de Gil Taieb, Vice-Président du CRIF, dénonçant sur Twitter les propos de Sitruk et Sacha Reingewirtz, président de l’Union des Etudiants Juifs de France, sur Facebook, se demandant « si l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruck a réalisé la gravité des paroles ». Nous attendons maintenant que leurs organisations respectives s’expriment pareillement, d’autant que l’UEJF a lancé une campagne contre les propos haineux sur internet, avec SOS Homophobie.

Il nous faut constater que du côté des autorités religieuses, le silence est le maître mot. Nous n’avons rien à attendre de l’ex Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, qui avait déversé son fiel contre la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe dans une brochure d’une vingtaine de pages [2], reprise par le pape, Benoit XVI, et qui avait co-signé une tribune inter-religieuse contre cette loi.

Il n’y a que Gabriel Farhi, rabbin de la communauté Beth Yaacov et aumônier israélite des hôpitaux, qui a exprimé [3] son « sentiment profond de dégout face à de telles paroles », paroles atténué par « paradoxalement une certaine clémence considérant l’état de santé de l’ancien Grand Rabbin de France ». Il n’y a rien, même son état de santé, nous en savons quelque chose, qui ne peut dédouaner M. Sitruk de ses dires.

Quid de Haïm Korsia, l’actuel Grand Rabbin de France ? Il aura fallu 5 jours pour qu’il réagisse sous une forme bien timorée [4]. Comprenant l’indignation provoquée par les propos de Sitruk, il préfère pourtant parler à la place de l’ancien grand rabbin, en expliquant que ses propos ont dépassé sa pensée et qu’il n’a pas mesuré leur teneur et leur portée. Cela serait étonnant pour quelqu’un qui a l’habitude de manier les mots et de les interpréter pour extraire une pensée. Plus improbable encore est faire de Sitruk un fervent militant des combats d’avant-garde de ces 30 dernières années. D’évidence, ses combats n’incluent pas la lutte contre les discriminations visant les LGBT, quand il explique, en 2006, lors de la promotion de son livre « Rien ne vaut la vie », que l’homosexualité est un échec du point de vue des l’égoïsme […] un repli sur soi » [5], et dès juillet 1996, dans le Figaro que les couples homosexuels allaient contre l’équilibre naturel établi par Dieu », ni ceux des femmes, alors qu’il a fallu attendre la fin de ses 20ans de mandats successifs pour que les femmes puissent être élues au Consistoire, grâce à une décision de justice de 2006.

Haïm Korsia suivra-t-il la voie de ses prédécesseurs ? Continuera-t-il à ostraciser une partie des juifVEs LGBT, déjà soumiSEs aux discriminations en raison de leurs orientations sexuelles et de genre et religieuses, au sein même de leurs communautés, aux conséquences néfaste sur leur santé mentale et physique, poussant certainEs au suicide et facteurs de contamination au VIH par une négligence de leur propre santé, reléguée en arrière-plan ?

Nous exigeons que l’ensemble des autorités religieuses et administratives de la communauté juive de France condamnent et réprouvent les propos de M. Sitruk.

Nous conseillons enfin à ce dernier la lecture d’un texte limpide du Code pénal, l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881, alinéas 9 et 10 :

- « Ceux qui auront provoqué (...) à la discrimination "[par exemple "par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics"] "à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement. »
- « Seront punis des peines prévues à l’alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap(...). ».

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