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VIH/sida : des données sur une année charnière dans la politique de dépistage

publié en ligne : 16 juillet 2013

Viennent de paraître dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) (1), avec huit mois de retard –elles paraissent habituellement pour le 1er décembre de l’année suivante-, les données sur les diagnostics de séropositivité au VIH et de cas de sida pour l’année 2011 issues des déclarations obligatoires. Ces chiffres illustrent une situation en matière de dépistage qui évolue, et restent très inquiétants en ce qui concerne le nombre de diagnostics tardifs.

Le nombre de personnes ayant découvert leur séropositivité VIH en 2011 est estimé à 6 100 (plus ou moins 400). Après avoir diminué significativement entre 2004 et 2007, ce nombre s’est depuis stabilisé. En 2011, on estime à environ 1 400 le nombre de nouveaux diagnostics de sida, stade avancé de la maladie. Cependant, le mode d’estimation des cas de sida doit être réactualisé car il se base sur des données collectées de 2004 à 2006.

En 2011, environ 3 500 personnes contaminées par rapports hétérosexuels et 2 400 par rapports sexuels entre hommes ont découvert leur séropositivité. Entre 2003 et 2011, la proportion de 50 ans et plus parmi les personnes découvrant leur séropositivité a augmenté (de 12% à 17%) tandis que la part des personnes nées en Afrique subsaharienne a diminué (de 44% à 32%). Sur la même période, le seul groupe ayant vu son nombre de diagnostics d’infection augmenter est celui des Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes, chez qui cette valeur a crû par paliers.

Modification du contexte de dépistage

Si la part des diagnostics effectués par des médecins de ville est passée de 24% en 2003 à 32% en 2011, la majorité reste effectuée à l’hôpital. Il faut noter que la promotion du dépistage qui a été renforcée fin 2010 n’a permis d’accroître que de 4% le nombre de sérologies réalisées en 2011 par rapport à l’année précédente, soit une augmentation de 200 000 tests. Cela n’a pas permis d’augmenter le nombre de personnes effectivement dépistées séropositives au VIH. Or, on estime qu’entre 19 100 et 36 700 (2) personnes séropositives au VIH ignorent leur séropositivité. Réussir à les dépister est l’enjeu fort du plan national de lutte contre le VIH 2010-2014. La mise en place courant 2011 de dispositifs de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) qui a focalisé l’attention n’a joué qu’un rôle mineur, avec seulement 4 400 tests réalisés au cours de cette année, 31 700 l’année suivante. (source DGS/CNAMTS)

Pertes de chances thérapeutiques

Un autre aspect préoccupant des chiffres publiés par l’INVS concerne le retard au dépistage. En effet, un dépistage tardif constitue une réelle perte de chance thérapeutique, synonyme d’un état de santé dégradé et d’une probabilité augmentée de rencontrer des complications. 84% des personnes diagnostiquées avec un sida en 2011 n’ont pas bénéficié d’un traitement antirétroviral pré-sida d’au moins 3 mois, la plupart du temps parce qu’elles ne connaissaient pas leur statut sérologique. Parmi les personnes découvrant leur séropositivité en 2011, 10% seulement sont au stade de primo-infection, tandis que 69% ont moins de 500 cellules CD4/mm3, seuil en dessous duquel est recommandé un traitement antirétroviral. 28% ont moins de 200 lymphocytes CD4 /mm3 au moment du diagnostic, ce qui constitue une véritable perte de chance thérapeutique. Les deux groupes les plus concernés par le diagnostic tardif sont les personnes de 50 ans et plus et les hommes hétérosexuels.

Ainsi, il apparaît indispensable de poursuivre des campagnes nationales de promotion du dépistage, tant auprès des populations qu’auprès des professionnels de santé. La proposition d’un dépistage par les professionnels de santé devrait être systématisée pendant un temps et s’appuyer sur des dispositifs diversifiés d’accès au test : hôpitaux, CDAG/CIDDIST, auto-tests, TROD, laboratoires privés.

(1) Cazein F, Pinget R, Lot F, Pillonel J, Le Strat Y, Sommen C, et al. « Découvertes de séropositivité VIH et sida – France 2003-2011 » Bull Epidémiol Hebd 2013 ; (28-29) : 333-340.

(2) Act Up-Paris, Protocoles, n° 75, été 2013, p. 19 http://www.google.fr/url?sa=t&r...

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