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Abolir les franchises médicales : lettre ouverte à François Hollande

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publié en ligne : 18 avril 2012 — publié la première fois : 16 avril 2012

Act Up-Paris publie aujourd’hui une lettre ouverte à François Hollande lui demandant de s’engager concrètement pour l’abolition des franchises médicales, des forfaits médicaux et des taxes sur notre état de santé, et ce dès la première année de son éventuel mandat. Nous appelons toutes les organisations concernées à signer cette lettre ouverte et nous communiquerons régulièrement les nouveaux soutiens.

Monsieur,

Au cours de votre campagne, vous avez présenté les enjeux de santé comme une priorité de votre mandat si vous veniez à être élu. Pourtant, votre posture actuelle ne le confirme pas.

Vous avez certes à plusieurs reprises, et à juste titre, dénoncé le bilan de l’UMP et de Nicolas Sarkozy en matière sanitaire : démantèlement des hôpitaux, précarisation des malades qui les poussent à refuser des soins trop coûteux, etc. Mais vous vous contentez de ce constat et ne dépassez jamais les effets d’annonce générale. Vous refusez de vous engager concrètement sur des mesures simples et évidentes qui permettraient de réparer les dégâts causés par la majorité sortante, amélioreraient l’accès aux soins et bénéficieraient aux usagers et usagères du système de santé.

Parmi ces mesures concrètes, l’abolition des franchises médicales, et des taxes sur les maladies mises en place au cours des dix dernières années, est une mesure fondamentale. Ces taxes sont particulièrement représentatives de la politique de l’UMP et de la volonté de ce parti de stigmatiser les personnes malades ou handicapées ; elles ont contribué à leur précarisation. Elle sont impopulaires, et leur caractère injuste est dénoncé par une majorité de citoyenNEs, comme vient de le rappeler un sondage commandé par Aides. Rien ne vient justifier votre refus de vous engager à les supprimer.

Il est incohérent de dénoncer le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de santé et de refuser de prendre, dès la première année de votre éventuel mandat, la mesure qui s’impose : abolir ces taxes. Cette incohérence nous inquiète et nuit à votre crédibilité : comment incarner une alternative à la politique de l’UMP si vous vous contentez de dénoncer son bilan et refusez de prendre la mesure la plus urgente et la plus représentative de cette alternative ?

Notre inquiétude s’est trouvée renforcée par votre discours à Rennes et votre présentation de vos priorités pour l’année 2012 si vous étiez élu. La santé n’en fait pas partie. Vous n’annoncez aucune mesure concrète. Vous présentez la santé comme une priorité budgétaire, dans un passage incompréhensible [1]. La santé est donc selon vous avant tout une dépense, elle serait la quatrième des « trois » priorités budgétaires que vous annoncez, et vous la réduisez au secteur hospitalier, alors que le sous-financement de tous les secteurs, notamment associatifs, a des conséquences dramatiques en matière de prévention, de dépistage, d’accès aux soins. Pour le reste, votre discours se contente, une fois de plus, de dénoncer le bilan de Nicolas Sarkozy.

Monsieur Hollande, à une semaine du premier tour, vous obstiner à nous parler du bilan de Nicolas Sarkozy est superflu et condescendant : en tant que personnes gravement malades, handicapées ou en tant qu’organisations travaillant avec ces personnes, nous connaissons ce bilan bien mieux que vous car nous le vivons quotidiennement. Nous attendons d’un candidat qu’il s’engage fermement pour des mesures concrètes qui amélioreront réellement l’accès aux soins et au système de santé. L’abolition des franchises médicales est une de ces mesures, parmi les plus évidentes, que vous devez prendre dès les premiers mois de votre éventuel mandat.

Vous ne pourrez pas nous convaincre autrement. Votre silence ne peut signifier que deux choses. Ou bien vous êtes d’accord avec ces impôts sur la santé, et vous devez vous en expliquer avant le premier tour, afin de permettre aux électeurRICEs un choix éclairé. Ou bien vous attendez l’entre-deux tours pour faire cette annonce et faciliter le report des voix de la gauche de la gauche. Cela signifierait que pour vous, la vie et la santé des personnes gravement malades sont avant tout des enjeux de stratégie électorale. Quelle que soit l’interprétation que l’on tire de votre silence, celui-ci n’aurait qu’une seule conséquence : manifester votre désinvolture vis-à-vis de la situation des personnes gravement malades.

Nous vous demandons donc de vous positionner fermement pour l’abolition des franchises médicales et de toutes les taxes sur la santé.

Nous espérons que vous comprendrez la nécessité et l’urgence à vous engager avant le premier tour. Nous regrettons par ailleurs que vous n’en preniez pas l’initiative : si nous devons nous mobiliser pour vous convaincre d’abolir une mesure aussi odieuse qu’impopulaire, qu’en sera-t-il quand nous devrons vous parler d’autres mesures à prendre, tout aussi importantes, comme le rétablissement du titre de séjour pour soins, l’intégration des sans-papiers dans la CMU, la libération de prisonniErEs gravement malades ?

En vous remerciant de votre attention et dans l’attente d’une réponse rapide, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées,

Notes

[1] « La croissance de nos dépenses ne dépassera pas 1 % et trois budgets seront reconnus prioritaires : l’éducation, la sécurité, la justice et pour les hôpitaux, la santé »



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