Protocoles 69

en bref

publié en ligne : 30 décembre 2011 dans Protocoles 69

loi sur la sécurité du médicament

Après des discussions au Parlement plus longues que prévu, la loi sur la sécurité du médicament, dont nous décrivions en détail le passage à l’Assemblée nationale en première lecture, a été adoptée. Le TRT-5 a réussi à conserver un système souple des Autorisations Temporaires d’Utilisation (ATU), ce dispositif vital qui permet de mettre à disposition de personnes sans autre choix thérapeutiques des médicaments qui n’ont pas encore reçu d’Autorisations de mise sur le marché (AMM). L’investissement des associations sur le sujet s’est avéré indispensable tout au long des débats tant les parlementaires semblaient ignorer que les ATU contribuent à sauver des vies. Nous reviendrons en détail sur tous les aspects de la loi dans le prochain numéro de Protocoles, quand les textes d’application seront connus.


VIH & tuberculose : étude Camélia

Référence au roman d’Alexandre Dumas, cette étude qui vient de s’achever portait sur l’initiation du traitement antirétroviral pour les personnes co-infectées VIH – tuberculose. Réalisée au Cambodge pendant 5 ans, l’essai comparait l’efficacité clinique de deux stratégies thérapeutiques : introduction précoce des antirétroviraux (stavudine, lamivudine, éfavirenz) quinze jours après le début du traitement anti-tuberculeux, versus introduction tardive des antirétroviraux (même schéma) huit semaines après le début des anti-tuberculeux.

Les résultats montrent clairement que pour réduire la mortalité, il faut débuter le traitement antirétroviral de façon précoce, 2 semaines après le démarrage des antituberculeux, chez les personnes sévèrement immunodéprimés. L’étude, coordonnée par l’Institut Pasteur du Cambodge et par le Cambodian Health Committee, une association cambodgienne, a démontré que le risque de décès a pu être réduit de 34% lorsque le traitement contre le VIH débutait seulement deux semaines après le traitement contre la tuberculose. La tuberculose est la co-infection la plus fréquente chez les personnes vivant avec le VIH. Chaque année, 456 000 personnes décèdent de cette double infection dans le monde. Les traitements de ces deux infections sont lourds et comportent de nombreuses interactions. Les résultats de l’étude apportent un nouvel éclairage sur la meilleure stratégie de traitement, et vont justifier une révision des Recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé en 2012.


témoignages pour Actions Traitements

L’association Actions Traitements lance un appel à témoins :

« Vous avez appris votre séropositivité depuis ces cinq dernières années (soit à partir de 2007) et aujourd’hui vous suivez un traitement antirétroviral (ou celui-ci a été différé par votre médecin). Votre témoignage anonyme sur votre parcours de ces dernières années nous intéresse. Il sera utile pour tous et donnera lieu à l’écriture d’un article synthétisé dans InfoTraitements.

Vous pourrez témoigner de votre savoir-faire et expérience de vie avec le VIH. Et notamment en revenant sur les moments qui vous ont le plus marqué. À titre indicatif, citons : l’annonce du diagnostic de l’infection à VIH et le partage de cet événement avec vos proches, la relation patient-médecin et le vécu des traitements, les fragilités ou inquiétudes ressenties mais aussi l’évolution de vos projets professionnel et personnel, etc.

Si vous êtes volontaire pour cette démarche anonyme : prenez contact dès à présent avec Emily Fleury à Actions Traitements au 01 43 67 20 60 ou par email à efleury@actions-traitements.org en indiquant les moments où l’on peut vous joindre le plus facilement pour un entretien téléphonique avec un numéro fixe et/ou portable. Cet entretien vous sera ensuite proposé en tenant compte de vos disponibilités et sur la ligne de votre choix. »


enfin une étude sur le cœur des femmes

Alors que les femmes sont les grandes oubliées de la surveillance cardiaque, des chercheurs commencent à s’intéresser à ce sujet. On sait pourtant que de plus en plus de femmes vivant avec le VIH souffrent de pathologies cardio-vasculaires, sans que cela ne mobilise la plupart des soignants. [1] En France, une femme sur trois meurt des suites d’une pathologie cardio-vasculaire, mais les messages de prévention, les études de dépistage, la recherche et les traitements concernent pourtant, pour l’essentiel, la population masculine. Forte de ce constat, une équipe de cardiologues s’est lancée dans un programme de recherche sur le coeur des femmes par le biais de la Fondation Recherche Cardio-vasculaire. Ce premier pas permettra à 500 femmes consultant en service de cardiologie de participer à la recherche pour mieux évaluer les spécificités cardiaques féminines.


diabète, âge et VIH

L’incidence du diabète est nettement plus élevée chez les personnes vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral que dans la population non-infectée, maladie liée à l’âge et à l’adiposité. Les données sur ce sujet ont été parfois contradictoires, mais les résultats de la cohorte Aproco-Copilote sont clairs. Bénéficiant d’une durée de recherche importante - près de 15 ans -, les données qui en résultent sont précieuses. Entre 1997 et 2009, 1.047 personnes ont été suivies, 111 cas de diabètes ont été identifiés, une incidence identique pour les hommes et les femmes. Une variation au cours du temps a été observée, avec un pic autour des années 1999-2000 puis une décrue expliquée par l’apparition de nouveaux antirétroviraux. L’âge a été associé au risque de diabète, ainsi que les paramètres d’adiposité, les patients en surpoids avaient un risque multiplié par 1,9 et les obèses par 2,8. Par ailleurs, la lipo-atrophie multipliait le risque par 2,1. Aucune association n’a été trouvée avec les antécédents familiaux de diabète, l’hypertension, le tabagisme, la co-infection avec le VHC, les caractéristiques liées au VIH ou l’origine ethnique. Par contre certains antirétroviraux sont mis en cause : l’indinavir (Crixivan®) ou la stavudine (Zerit®) pour une forte prévalence du diabète, ainsi que la didanosine (Videx®) en utilisation prolongée et au contraire, une décroissance de l’incidence avec le nelfinavir (Viracept®). Selon les chercheurs, les diabètes développés par les personnes vivant avec le VIH diffèrent de ceux de la population générale car les antirétroviraux prennent le pas sur les facteurs de risques traditionnels, et leurs effets persistent même après l’arrêt des médicaments.


l’ANRS devient ANRSH, une agence autonome de l’Inserm

Depuis le 1er janvier, l’ANRS a changé de statut. Elle cesse d’exister sous forme de groupement d’intérêt public (GIP) et devient une agence autonome au sein de l’Inserm. L’ANRSH conserve son budget, qu’elle a vu réduit des 5% de la réserve budgétaire habituellement alloués en fin d’année. Cette baisse importante aura des conséquences sur le lancement de certaines recherches. L’agence garde son autonomie et sa capacité de mobiliser les équipes sur des thématiques prioritaires de recherche sur le VIH et les hépatites. Si les dirigeants mettent en avant l’intérêt de la « fusion » pour des raisons de meilleure coordination dans le champ des maladies infectieuses, l’expérience de l’ANRS avec le milieu associatif au Nord, comme au Sud pourra être bien utile à l’INSERM. Espérons que l’action associative perdure et ne sois pas noyée dans les méandres de cet Institut gigantesque.


lutte contre l’ostéoporose et VHC : interactions bénéfiques

Une étude japonaise a montré que le raloxifène, médicament utilisé pour lutter contre l’ostéoprose, améliore le traitement contre l’hépatite C des femmes ménopausées. Utilisé en préventif et pour traiter l’ostéoporose, le raloxifène agit sur l’activation des récepteurs aux oestrogènes. Or la sécrétion d’oestrogènes peut avoir un impact sur l’évolution naturelle d’une hépatite C et sur la réponse à son traitement. Pour preuve, la fibrose hépatique progresse plus rapidement chez les hommes et les femmes ménopausées que chez les femmes en âge de procréer. De même, une ménopause précoce est associée à une plus faible chance de guérison d’une hépatite C traitée. Dans l’étude japonaise, les 123 participantes, toutes ménopausées et souffrant d’une hépatite C chronique de génotype 1, ont reçu pendant 48 semaines une bithérapie (interféron pégylé alfa + ribavirine) et pour la moitié d’entre elles, du raloxifène en plus. Le taux de réponse virologique prolongée 24 semaines après l’arrêt des traitements était de 61,3% pour le groupe avec raloxifène contre 34,4%. Une belle découverte.


la SFLS en webcast

Les 3 et 4 novembre dernier se tenait le Congrès de la Société française de lutte contre le sida, sur le thème de la santé sexuelle et le VIH. Pour les personnes qui n’ont pu s’y rendre, il est possible d’en suivre les interventions, qui sont disponibles en webcast sur le site de la SFLS


interactions entre anti-épileptiques et antirétroviraux

Les anti-épileptiques agissent sur l’épilepsie mais aussi sur les neuropathies périphériques, troubles de la santé fréquents chez les personnes vivant avec le VIH. Aujourd’hui, plus de 55 % de ces personnes pourraient avoir une indication pour la prise à la fois d’antirétroviraux et d’anti-épileptiques. Or les connaissances concernant la co-administration de ces médicaments étaient jusqu’alors floues. Il existe des interactions entre certains anti-épileptiques et certains antirétroviraux, qui conduisent à envisager des ajustements de doses pour en conserver l’efficacité. A partir de 42 études réalisées sur l’utilisation des antirétroviraux et des anti-épileptiques, des chercheurs ont apportés de nouvelles recommandations.

Les personnes prenant de la phénytoïne pourraient nécessiter un dosage deux fois plus élevé de lopinavir/ritonavir (Kaletra®) pour maintenir inchangées leurs concentrations sanguines. Les personnes prenant de l’acide valproïque devraient réduire le dosage de zidovudine (Retrovir®), pour maintenir inchangée sa concentration sanguine. En revanche, la co-administration d’acide valproïque et d’éfavirenz ne nécessiterait pas d’ajustement de dosage. Les patients prenant de l’atazanavir "boosté" par du ritonavir auraient besoin d’un dosage deux fois plus élevé de lamotrigine pour maintenir sa concentration sanguine. La co-administration de raltégravir (Isentress®), d’atazanavir (Reyataz®) et de lamotrigine ne nécessiterait pas d’ajustement de dosage, tout comme la co-administration de raltégravir et de midazolam. Il est important d’éviter les anti-épileptiques induisant certaines enzymes métabolisant les médicaments (phénytoïne, phénobarbital, carbamazépine) chez les personnes prenant des inhibiteurs de protéase ou des inhibiteurs non-nucléosidiques de la transcriptase inverse, car le risque est que des interactions pharmacocinétiques empêchent toute suppression virologique.

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