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Réaction aux propos de François Hollande concernant les injections en prison

publié en ligne : 20 décembre 2011

 

Dans son discours lors des États Généraux d’Élus locaux contre le sida (ELCS), François Hollande s’est prononcé en faveur des programmes d’échange de seringue. Une position importante, mais qui reste insuffisante, d’autant que le candidat socialiste arrive à cette conclusion par un raisonnement des plus plus dangereux.

"Il y a aussi des actions à mener à travers un certain nombre de publics « spécifiques », c’est le mot de la phraséologie administrative. Je veux évoquer les prisons, où il y a des chiffres alarmants qui nous sont communiqués : 12% des détenus déclarent s’injecter de la drogue durant leur détention. Plus de 30% d’entre eux partagent leur seringue, ce qui aboutit à une flambée des contaminations VIH et hépatites, pour des personnes qui un jour, je le rappelle, sortiront de leur détention, et seront en milieu ordinaire, c’est à dire parmi nous. Là encore prévenir en prison, c’est éviter le développement de la maladie hors la prison."

Voici les propos tenus par le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, lors des XVIème États Généraux d’ELCS (Élus Locaux contre le sida) à la Mairie de Paris le 29 novembre 2011. Nous nous félicitons de la prise de conscience du candidat François Hollande sur la situation dramatique dans les prisons françaises. Nous nous en félicitons d’autant plus que c’est une des thématiques totalement oubliées de la campagne électorale. Nous prenons par ailleurs acte de ce que nous considérons comme un engagement : mettre en place des programmes de réduction des risques dans toutes les prisons et nous attendons sa formalisation dans le programme de campagne du PS.

Cependant son intervention appelle les commentaires suivants :

A La santé des prisonniErEs est un objectif en soi.

Sous-entendre que l’on doit protéger la population pénale parce qu’elle représenterait un danger pour la population extérieure est un véritable scandale et une négation de la loi de 1994 censée instaurer l’égalité des soins entre tous et toutes, à l’intérieur comme à l’extérieur. La seule raison de la mise en place urgente des PES (programme d’échange de seringues) en prison, devrait être d’éviter que les détenuEs se contaminent. En mettant de côté cet objectif, et en appuyant l’argument de la santé publique, celle des « autres », de « l’extérieur », François Hollande entretient l’image de sortantEs de prisons, vivant « parmi nous », dangereuxSEs, potentiellement contaminantES pour les citoyenNEs et la société extérieure. Même involontaire, il s’agit d’un discours de stigmatisation de plus pour les malades incarcéréEs. Si François Hollande n’utilise pas le mot "populations à risque", il raisonne sur cette logique.

« Prévenir en prison, c’est éviter la maladie hors la prison ». Cela voudrait-il direque si les prisonniErEs ne sortaient pas, on les laisserait se contaminer ?! La prévention du sida en prison doit être le seul objectif, car c’est un objectif nécessaire et suffisant !

B Les personnes vivant avec une pathologie grave doivent sortir de prison.

Les personnes séropositives, comme toutes celles vivant avec une pathologie grave, doivent sortir de prison ! François Hollande ne le rappelle pas ! Les personnes séropositives prisonnières doivent bénéficier en priorité des aménagements de peine et doivent bénéficier aussi de la loi sur la suspension de peine, car leurs conditions de détention est un facteur aggravant et déclencheur de la maladie. Nous aurions aimé que cela soit dit dans les engagements pris par Hollande.

C Moins de répression, moins de prison

Par ailleurs, si la politique pénale sur l’usage de drogue n’était pas autant orientée vers la criminalisation, il n’y aurait pas ce type de problème en prison. De même, si on abolissait les lois répressives (contre la prostitution, l’usage de drogues, les étrangErEs, notamment), il y aurait moins d’incarcérations donc moins de problèmes sanitaires dans les établissements pénitentiaires. Nous attendons donc du PS des engagements clairs sur la pénalisation de l’usage de drogue – qui a tant bloqué en prison, comme à l’extérieur, toute action de prévention depuis le début de l’épidémie ; mais aussi sur toutes les lois qui enferment au détriment de la santé des personnes et de la santé publique : lois sur l’immigration, sur la prostitution, notamment.

Rappel des revendications d’Act Up-Paris

Nous attendons du candidat François Hollande des décisions fortes et des réponses précises. Le Parti socialiste doit prendre à bras le corps la situation des malades incarcéréEs dans toute sa dimension, sans stigmatisation, sans exclusion, sans différence entre l’extérieur et l’intérieur. Cela implique

1-La mise en place des P.E.S (programmes d’échanges de seringue), et de programmes de réductions des risques en prison pour stopper de toute urgence les contaminations VIH et VHC en milieu carcéral.

2-L’accès aux associations de lutte contre le sida et aux CAARUD en détention permettant l’information et la prévention (accès aux préservatifs, aux outils de réduction des risques liés à l’usage de drogues…)

3-L’abolition des quartiers d’isolement, des quartiers disciplinaires et la disparition des régimes sécuritaires comme l’inscription au fichier des Détenus Particulièrement Signalés (DPS) pour les malades.

4-La mise en œuvre de toutes les mesures permettant la libération des malades incarcéréEs :

- les alternatives à la détention provisoire

- les alternatives à l’incarcération

- les aménagements de fin de peine

- la suspension de peine pour raison médicale

5-Le respect absolu du secret médical en détention et lors des extractions à l’hôpital.

6-Une prise en charge sociale et médicale équivalente au milieu libre et le suivi des soins sans rupture de traitement lors des transferts. La prise en charge sociale implique notamment que l’Allocation adulte handicapée soit attribuée à taux plein en prison. La prise en charge médicale doit assurer les mêmes examens, à la même fréquence qu’en extérieur, proposer les mêmes interventions. Les personnes doivent avoir accès à une alimentation saine, qui corresponde à leur état de santé..

7-Propositions systématiques et renouvelées faites aux personnes incarcérées de dépistage et études épidémiologiques régulières. (Egalement, recherche et recensement du nombre de morts du sida en prison depuis les années80).

Enfermer tue ! Act Up-Paris réclame donc que François HOLLANDE se prononce sur ces sept revendications qui sont les seuls moyens de lutter efficacement contre la propagation du sida en milieu carcéral. Il s’agit d’un droit et d’une urgence !

Ce texte a été publié sur notre édition "Sida : battre la campagne" sur Mediapart

 



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