Protocoles 66 - interview

Hervé & Monoi

publié en ligne : 1er mai 2011 dans Protocoles 66

Hervé est militant à Act Up-Paris, séropositif depuis 1995. En décembre 2007, il rentre dans l’essai Monoï, qui évalue une stratégie d’allègement thérapeutique. Il nous raconte sa participation de presque 4 ans à cet essai.

En quoi consistait cet essai ?

C’est un essai qui s’adressait à des gens qui n’étaient pas en échec thérapeutique, avec une charge virale indétectable dans les 30 jours précédant l’inclusion, et plus de 200 CD4 depuis 6 mois. Les deux premiers mois c’était un essai en aveugle, tous les participants prenaient une trithérapie : Kivexa® (abacavir + lamivudine) et Prezista® (darunavir/TMC 114) boostés par du Norvir® (ritonavir). Après deux mois de trithérapie, il y avait un tirage au sort en aveugle. La moitié des personnes gardait le même traitement, l’autre passait en monothérapie. J’ai été tiré au sort pour poursuivre en monothérapie.

Ton entrée dans l’essai ?

Lorsque j’ai rencontré la médecin investigatrice, je la rencontrais avant tout pour avoir un médecin à l’hopital, pas pour rentrer dans un protocole. Je ne voulais pas spécialement changer de traitement (trizivir®). Mais elle a constaté que j’avais un problème de déplacement de graisse : elle m’a dit qu’il fallait changer de traitement, que ces lipodystrophies pouvait venir de l’AZT présent dans le trizivir®. Elle m’a proposé deux traitements et le protocole. Après en avoir parlé avec mon psy et mon médecin de ville, j’ai choisi le protocole. On m’a proposé le protocole en octobre 2007, j’y suis rentré en décembre 2007.

A l’entrée dans l’essai, as-tu eu besoin d’aller chercher des informations complémentaires que ne t’aurait pas données la médecin investigatrice ?

Non, elle m’a suffisamment informé. J’ai eu un accompagnement psychologique pendant toute la durée du protocole (celui- ci était enclenché avant même mon entrée dans le protocole). Je voulais être suivi psychologiquement car je ne savais pas comment j’allais réagir à mon entrée dans le protocole, ce que cela allait déclencher sur mon rapport au traitement et à la maladie.

Quelle a été la durée de cet essai ?

J’ai été en monothérapie dans cet essai pendant 2 ans, de décembre 2007 à décembre 2009, avec un passage à une prise par jour en décembre 2008. En décembre 2009, la médecin investigatrice de l’essai qui me suivait m’a demandé si je voulais prolonger ma participation à l’essai jusqu’en octobre 2010. J’ai accepté tout de suite : ça se passait bien et j’étais en confiance, j’ai donc à nouveau signé un formulaire de consentement éclairé.

En quoi a consisté le passage en une prise par jour ?

Le dosage est devenu plus léger. Au début j’étais à 2 prises par jour de 300 mg X 2 de darunavir (prezista®) + norvir® en booster, je suis passé à une prise par jour avec 400 mg X 2 de darunavir et toujours le norvir® en booster (mais que je ne prenais plus qu’une fois par jour).

Pourquoi le passage en une prise par jour au bout d’un an ? Comment cela s’est-il décidé ?

Je pense que le conditionnement pour le prezista® en 400 mg n’était pas disponible précédemment.

Pour le norvir® comment as-tu ressenti la diminution du dosage ?

Le fait de n’en prendre qu’une fois par jour m’a tout à fait convenu, le norvir® étant le plus contraignant au niveau des effets indésirables immédiats.

Es-tu passé au norvir® en formule sèche [1] pendant l’essai ?

Non, jusqu’à la fin du protocole, il ne m’a pas été proposé en formule sèche. On me l’a délivré en formule sèche, à la sortie du protocole, lorsque je suis passé en pharmacie de ville.

Le passage au norvir® formule sèche a t-il amélioré ta qualité de vie ?

Oui, bien sûr, parce que je n’ai plus le souci de devoir le conserver au réfrigérateur.

Et concernant les effets physiques ?

Je n’ai constaté aucune différence en passant à la formule sèche. De plus, je peux me le procurer sans problème en pharmacie, contrairement au prezista® pour lequel je rencontre régulièrement des problèmes d’approvisionnement en pharmacie.

Quelles contraintes as-tu ressenties dans la participation à cet essai ?

Je n’ai pas trouvé de contraintes. Premièrement, parce que j’ai très bien réagi au traitement proposé par l’essai. Il y a juste un moment pendant ces 4 ans où ma charge virale a été détectable. Ca a inquiété ma médecin parce qu’avec ces résultats on ne pouvait plus me garder dans le protocole. Elle m’a tout de suite envoyé faire un test comparatif dans un laboratoire privé, puis un autre test à l’hôpital : ma charge virale était à nouveau indétectable, je suis donc resté dans le protocole. Deuxièmement, parce que pour moi le fait d’être très suivi n’est pas une contrainte, c’est au contraire très rassurant.

Combien de visites à l’hôpital dans le cadre de ta participation à l’essai ?

Une fois par mois, puis, la dernière année, une fois tous les deux mois. En quoi consistait la visite une fois par mois ? Les examens, les prélèvements et un entretien avec mon médecin au cours duquel on échange sur mon ressenti et les examens qui ont été faits le mois d’avant. Durant les 4 ans, il y également trois fois un test d’ostéodensitométrie. J’ai bénéficié aussi d’un suivi cardiaque, de mon foie, de mon cholestérol, de ma prostate.

Tu as été très bien suivi pendant toute la durée de l’essai. Le fait d’en être sorti te donne t-il l’impression d’être moins bien suivi ?

Maintenant que l’essai est terminé, je vois la médecin investigatrice tous les 6 mois, c’est elle qui continue à me faire mes ordonnances pour mon traitement. 15 jours avant de rencontrer la médecin, je fais exactement les mêmes examens à l’hôpital (mêmes prélèvements, même méthode de calcul) que ceux que je faisais lorsque j’étais dans le protocole. Pour l’hôpital, cela constitue un post-suivi de l’essai, puisque je continue le même traitement que pendant l’essai.

Ma médecin de ville a pris le relais pour mon suivi. Je la vois tous les 3 mois, parfois plus. Elle avait connaissance des résultats des examens que je faisais à l’hôpital pendant l’essai. Elle avait également pris part aux discussions lors de mon entrée dans l’essai. Avec cet essai, j’ai eu l’habitude d’un vrai suivi, le suivi qu’un séropo devrait avoir dans la vraie vie. Je tiens à ce suivi, tout comme ma médecin de ville. Je prolonge avec ma médecin de ville la qualité de suivi que j’avais lorsque j’étais dans l’essai.

La monothérapie et le passage à une prise par jour t’ont-ils facilité l’observance ?

Je n’ai jamais eu de problème d’observance, déjà avec mon ancien traitement en deux prises par jour, le trizivir®. En revanche, ce qui me plaisait dans la monothérapie, c’est que ça voulait dire moins de molécules à prendre. Elles sont peut-être plus nocives, je ne sais pas, mais du coup, j’ai l’impression de moins me bourrer de médicaments : une molécule et un booster. Le traitement que je prenais précédemment, trizivir®, c’était la combinaison de plusieurs molécules (retrovir, epivir, ziagen). La contrainte de la monothérapie est de la prendre en mangeant, je la prends le matin, ça me permet de me faire des tartines et que ce soit à heure fixe. Au début du protocole, c’était deux prises par jour, à heure fixe. Pour le soir, c’était contraignant, ça veut dire organiser sa soirée et le moment où il faut manger en fonction de son traitement. Et puis ça veut dire ne pas boire d’alcool le soir pendant le repas, c’est psychologiquement difficile de prendre un traitement en buvant.

As-tu été mis au courant des résultats de l’essai ?

Non, mais je dois dire que je ne les ai pas demandés. Pendant l’essai, je ne m’y suis pas intéressé, mais je vais prochainement appeler l’ANRS... Je vais me renseigner sur les résultats préliminaires qui ont pu être présentés.

Notes

[1] Norvir formule sèche : l’ancienne formule du norvir® devait être conservée au réfrigérateur.

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