Sida : envie d’en être ?

Sylvain

publié en ligne : 1er février 2010 dans Action 121

 

Sida, envie d’en être ? À cette question nous répondons : non. Et puis d’autres questions se posent, simples, complexes. De ces interrogations est née cette rubrique, un espace pour parler de soi. Nous sommes des malades, des activistes de la lutte contre le sida.

Rencontre avec un de nos militantEs, Sylvain.

Un bref aperçu de ta vie en quelques dates.

8 avril 1983, naissance à Clermont-Ferrand. À 18 ans, je pars étudier à Blois, première rencontre et premier rapport sexuel et homosexuel. En 2006, je viens travailler sur Paris. En mai 2007, c’est l’élection de Nicolas Sarkozy, j’arrive à Act Up-Paris. Fin 2009, je quitte Paris, je change de paysage, je me recadre et me dévoue à ma profession de paysagiste.

Comment es-tu arrivé à Act Up-Paris ?

Ce que j’ai vécu à Blois a été le déclic de mon engagement dans la lutte contre le sida. Premier rapport, c’était un type trouvé sur Internet. Le déclic c’est le passage à l’acte, Internet c’est le moyen pour moi à l’époque de voir que je n’étais pas le seul, je n’avais envie que de découvrir l’acte sexuel mais incapable d’assumer une relation. Il a voulu qu’on se revoit, j’ai refusé, alors il m’a dit que maintenant on était lié par quelque chose et il m’a envoyé par texto « S+ ». Grosse panique, je vais voir un médecin qui me demande si j’ai pris des risques, mais c’était une fellation sans préservatif : je ne sais pas. C’est le premier rapport je n’arrive pas à évaluer les risques. Il m’oriente vers le service d’urgence mais c’était plus de 3 jours après la relation. Après la prise de sang, on me donne un TPE : Viracept® et Combivir®. Une semaine plus tard on me rend un test négatif, il en restait 3 à faire, 1 mois, 3 mois et 6 mois après. Le premier mois est hyper douloureux tu te demandes si t’es pas séropo. Je prends les médocs que je vomis aussitôt. Je reste chez moi j’ai peur, et ça tombe assez mal car c’est les vacances de Noël et je dois retourner en famille avec les maxi cachetons. Le mois se passe, à la fin je n’arrive plus à prendre ma trithérapie qui me rend malade. Je revois le médecin hospitalier qui m’engueule. Après ça ne va pas beaucoup mieux,il y a toujours cette attente sur 6 mois, jusqu’en mai.

Peux-tu nous parler de l’annonce de ta séronégativité ?

7 mois après le rapport, en juin je vais faire le test à l’hôpital : le résultat est négatif. Grosse délivrance, tu te dis tu l’as échappé belle, et que la prévention c’est important. Ça m’a donné l’envie de feuilleter les pages de Tétu+, de Transversal à l’hôpital et surtout d’en apprendre plus sur ce que c’était que le sida.

À l’époque que savais-tu du sida, de ses modes de transmission ?

Pas grand chose. Rien mis à part que c’était une maladie qui se transmettait par le sperme. Ce qui me manquait c’était des infos sur les pratiques, dans quelles circonstances. Et puis je pensais que le sida se voyait sur la tête des gens. J’ai vraiment l’impression qu’on ne m’a rien appris tant à l’école qu’au lycée. J’ai jamais eu de cours, c’est toujours accès sur la maladie. On te parle pas de pratique, on parle de « rapport sexuels » mais c’est très large.

As-tu déjà souffert de discriminations ? Cette question peut concerner tant l’homophobie mais que le fait d’être à Act Up-Paris. Quand tu es militant dans la lutte contre le sida, il y a toujours la question d’être séropo, à croire que la question du militantisme dans la lutte contre le sida ne concerne que les séropositifs. J’ai l’impression que le fait d’être militant, ça t’inscrit dans une population à part, on n’est plus une personne lambda, tu n’es plus que l’association dans laquelle tu t’affiche. Ça suscite des étonnements, de l’incompréhension, du recul devant quelque chose d’un peu effrayant.

Que fais-tu à Act Up-Paris ?

J’étais venu pour des questions prévention, pensant pouvoir faire de la prévention de terrain, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas l’objectif premier de l’association. Du coup ca m’a permis de savoir ce qu’est le lobby, le travail en inter-associatif, les contacts avec les instances publiques, et là j’ai compris pourquoi on était toutes folles à Act Up-Paris, et en colère. Au début je ne me sentais pas capable, car quand on arrive on voit que tous les gens sont informés,qu’ils ont une réflexion, une argumention et des choses à défendre. J’étais dépassé, je trouvais ça inaccessible et en même temps, j’étais émerveillé car on rencontre des personnes qui vivent très bien leur orientation sexuelle alors qu’en venant de ma campagne j’étais loin d’imaginer cela possible. Et on voit qu’il n’y a pas un monde de séropositifs, mais des séropositivités différentes. Act Up est une excellente leçon de vie. L’intelligence collective ça rend intelligent, bon ca marche pas chez tous.

Est-ce qu’être différent t’a posé problème ?

Oui tant que je n’assumais pas, tant que je n’avais pas fait de coming out. Tu joues un double jeu, tu souris à des blagues homophobes en espérant ne pas être démasqué. Une fois que je l’ai annoncé, ce n’était plus un problème, j’ai été forcément soulagé.

Qu’est ce que tu dirais à unE séroneg sur le fait d’être séroneg ?

Que ça se cultive.

 



L'association

Sida, un glossaire
 

[ réalisé avec SPIP | À propos de ce site | fil RSS ]