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Féminismes, sexe, grabuge & VIH

«  les médecins, trop souvent, ne partent pas de la vie sexuelles des personnes »

Rencontre avec Carine Favier, présidente du Planning Familial

publié en ligne : 1er avril 2011 dans Action 127

Quels rapports les femmes entretiennent-elles avec la sexualité, le sida, la prévention  ? Quels rapports entre mouvements féministes et lutte contre le sida  ?

Le Planning est un espace d’expression autour de la sexualité qui reçoit de nombreuses femmes. Selon les retours que vous avez, quelle perception les femmes ont-elles du sida  ?

Cela dépend vraiment de l’âge. Les jeunes filles ont en tête cette question des Infections Sexuellement Transmissibles (IST), mais surtout du sida. Elles sont assez nombreuses à demander « pouvez-vous me faire un bilan complet sur toutes les IST » et elles sollicitent assez facilement un dépistage en cas de relations non protégées. La situation est très différente pour les femmes plus âgées, que nous rencontrons dans le cadre de groupes de parole. Elles ne connaissent pas grand chose du sida, hormis son existence et elles n’ont pas le sentiment d’être concernées. D’ailleurs, les femmes récemment contaminées qui ont la cinquantaine sont complètement désemparées, car elles ne connaissent rien sur le sida.

Parmi les femmes qui consultent le Planning, l’usage du préservatif (masculin ou féminin) vous semble-t-il aujourd’hui banal ? problématique ? pratique ? conflictuel ?

L’usage est problématique, du fait du coût et du manque d’information. Par contre, les femmes qui ont adopté le préservatif féminin en sont “fans”. Elles y trouvent beaucoup d’avantages, en termes de confort dans la relation (pas besoin de se presser, etc.) et de maîtrise de la protection  : elles trouvent des petites astuces pour le rendre plus sexy mais demandent aussi que des recherches se développent pour le faire évoluer. Conflictuel, non  ; le reproche selon lequel il ferait trop de bruit est le fait de personnes qui n’ont pas envie de l’adopter.

On a parfois l’impression (dans un contexte hétéro) que la capote a tendance à passer au second plan par rapport aux autres moyens de contraception. Comment articulez-vous contraception et prévention des infections sexuellement transmissibles  ?

La capote est toujours le premier moyen de protection chez les jeunes, mais passé les premières relations, effectivement, le relai est souvent pris par les moyens hormonaux (pilule, patch, anneaux et implant). Pour les plus âgéEs, la proposition de la capote, de la part d’un gynécologue ou d’un médecin est rare. Tout simplement, les médecins, trop souvent, ne partent pas de la vie sexuelle des personnes, de leur besoin de protection, mais de leurs représentations. A chaque période de la vie, son moyen de contraception (préservatifs, puis pilule, puis stérilet). Or, les femmes, comme le montre la dernière enquête sur la sexualité, sont plus souvent multipartenaires, ont des ruptures dans leur vie et ces modifications du parcours de vie ne sont pas prises en compte. Il est essentiel d’aborder les prises de risque et les moyens de s’en protéger, au-delà du risque de grossesse, dans un contexte d’augmentation importante des IST chez les femmes.

Le Planning Familial fait partie du mouvement féministe. Quelle est (ou devrait être) selon vous la place du féminisme dans la lutte contre le sida  ? Inversement, quelle place occupe (ou devrait occuper) cette lutte dans le mouvement féministe  ?

Dans un contexte de féminisation de l’épidémie, le sida révèle et renforce les inégalités entre femmes et hommes dans la société. Physiquement plus exposées à la contamination que les hommes, les femmes le sont aussi et surtout socialement : violences physiques ou sexuelles au sein de la famille, difficulté à négocier l’utilisation du préservatif masculin par le partenaire, défaut de moyens de protection qu’elles maîtrisent. Les femmes contaminées sont aussi plus souvent l’objet de discriminations et sont insuffisamment prises en compte, prises en charge, écoutées, accompagnées dans le vécu de leur séroposivité. Les mouvements qui agissent pour faire avancer les droits des femmes, pour changer les rapports hommes/femmes, devraient s’impliquer dans la lutte contre le sida pour que la dimension genre soit mieux prise en compte dans la lutte contre l’épidémie et pour que la prévention, le traitement et la recherche prennent en compte les spécificités des femmes et leur place dans la société.
La mobilisation des mouvements féministes en France est largement insuffisante dans la lutte contre le sida. Le Planning Familial, depuis le début de la constitution de l’interassociatif «  Femmes & VIH  » s’est mobilisé mais est la seule association féministe vraiment impliquée. Au niveau international, la situation est différente et dans de nombreux pays du Sud, le lien entre les militantes et militants de la lutte contre le sida et les mouvements féministes est plus développé.

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