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Féminismes, sexe, grabuge & VIH

Pénaliser les clients de travailleurSEs du sexe est contre-productif

publié en ligne : 1er avril 2011 dans Action 127

Depuis la création en France du délit de racolage passif en 2003, les conditions d’exercice des prostituéEs n’ont cessé de se dégrader  : hausse des violences, stigmatisations, arrêtés municipaux écartant les sexworkers des centres-villes et lieux de passage… Aujourd’hui, des politiques de tous bords souhaitent renforcer encore un peu plus cet arsenal répressif en pénalisant le client.

Depuis l’été 2010 se déroule une «  mission d’information parlementaire sur la prostitution en France  » dont les conclusions vont être rendues publiques le 13 avril 2011. Cette mission est présidée par Danielle Bousquet, députée PS et membre du groupe d’études sida de l’Assemblée Nationale  ; son rapporteur est Guy Geoffroy, député UMP.

Une mission d’information parlementaire a pour fonction de proposer une analyse objective. En l’espèce, les dés sont pipés dès le départ  : Danielle Bousquet a déjà fait de nombreuses déclarations pour affirmer sa conviction que la pénalisation du client était LA solution à «  l’indignité  » dans laquelle se retrouvent, selon elle, les prostituéEs. Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Cohésion Sociale, également auditionnée, s’est montrée très favorable à cette mesure.

D. Bousquet et G. Geoffroy ont salué l’intervention "extrêmement engagée" de la ministre, qui "anticipe les conclusions" de la mission parlementaire. Cela en dit long sur le sérieux de cette mission d’information parlementaire qui auditionne alors que les conclusions sont déjà rédigées !

Au-delà de cette mascarade de démocratie, la pénalisation du client, en soi, est dangereuse pour les prostituéEs, et anéantit des années de lutte contre le sida.

Cette mesure répressive supplémentaire va en effet rendre le travail sexuel encore plus clandestin, appauvrir celles et ceux qui l’exercent, dégrader leurs conditions de travail et les éloigner davantage des programmes et structures de soins, de prévention et de dépistage.

Les premierEs concernéEs rejettent depuis longtemps cette mesure et l’ont réaffirmé lors des cinquièmes Assises de la prostitution, qui se sont tenues à Lyon le 18 mars dernier. Mais leurs voix ne sont pas prises en compte dans l’élaboration des lois qui les concernent.

Roselyne Bachelot-Narquin appuie sa position sur l’exemple de la Suède, qui pénalise le client depuis 1999 : «  L’exemple suédois est parlant : il y a une diminution de la prostitution et des réseaux de traite  ». C’est faux  ! SeulEs y sont comptabiliséEs les sexworkers exerçant dans la rue. Et le bilan suédois est très controversé  : ce système favoriserait la prostitution clandestine bien plus qu’il ne l’encadrerait. En Suède, les associations n’ont ainsi pas le droit de distribuer des préservatifs aux sexworkers : cela constitue une "incitation à la prostitution".

Philippe Goujon (UMP) partage la position de Roselyne Bachelot, et plaide pour le maintien du délit de racolage passif, qui aurait "une extrême efficacité à Paris", notamment pour "assurer la quiétude des riverains"  : les préoccupations de l’UMP ne concernent visiblement pas les droits des femmes...

Sur la question de la prostitution, le PS s’est donc allié à l’UMP la plus réactionnaire. Dans sa charte pour l’égalité, le PS affiche son intention d’écouter les associations représentant les «  personnes les plus marginalisées  ». En pratique, il n’en fait rien.

De plus, la pénalisation du client renforce une justice à deux vitesses qui stigmatise et discrimine les plus socialement fragiles  : on imagine déjà quelLEs clientEs vont être poursuiviEs et lesquelLEs seront à l’abri.

Pour lutter contre la prostitution forcée, la répression a partout démontré son inefficacité. Et un amalgame malhonnête est constamment fait entre travail du sexe et traite des êtres humains.

Selon la sociologue Françoise Gil, spécialiste de la prostitution et membre d’un collectif de prostituéEs : «  il faut reconnaître des droits et faire accéder aux droits sociaux les personnes dont c’est le métier et qui veulent continuer  ». Le Conseil National du Sida déplore également un «  cadre législatif défavorable, peu conforme aux droits des personnes  ».

Malheureusement, cette "nouveauté répressive" a son petit succès au-delà de la France  : une nouvelle législation sur la traite des êtres humains (adoptée par le Parlement européen le 14 décembre 2010) entrera en vigueur en 2012, qui recommande aux États membres d’«  envisager d’adopter les mesures nécessaires pour conférer le caractère d’infraction pénale au fait d’utiliser » les services d’une prostituéE.

Tous ces discours sur la prostitution dévoilent surtout une morale puritaniste, masquée par des artifices de défense des droits des femmes… mais sans les femmes  !

Pute Pride

Ces manœuvres électoralistes contribuent à la stigmatisation et aux discriminations à l’égard des prostituéEs, et font le jeu du sida. Comme l’ont rappelé les sexworkers à la Pute Pride (photo) qui a suivi les assises  : «  vous couchez avec nous, vous votez contre nous !  » .

Documents disponibles en téléchargement


Rapport de la mission d’information parlementaire sur la prostitution en France-avril-2011 (2.9 Mo)

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