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Bertrand et Berra camouflent le cœur de la mafia pharmaceutique : ils doivent quitter le gouvernement

publié en ligne : 17 janvier 2011

Samedi 15 janvier 2011, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a annoncé une série de mesures visant à « rebâtir » le système français du médicament. En tant qu’association de malades et d’usagerEs du système de soins, Act Up-Paris dénonce depuis nombreuses années les effets néfastes de ce système sur notre santé. Nous dénonçons aujourd’hui l’absence, parmi les réformes ébauchées par Xavier Bertrand, de la moindre mesure permettant de mettre fin au boniment des laboratoires, alors que celui-ci constitue le cœur du réacteur à arnaque du système pharmaceutique français.

Pourquoi l’Etat autorise-t-il le boniment des industriels du médicament ? Parce que les gouvernements sont corrompus par les laboratoires. L’affaire du Médiator a révélé l’ampleur des liens entre Servier et Nicolas Sarkozy, qui travailla longtemps pour ce laboratoire en tant qu’avocat. En novembre dernier, Sarkozy a nommé, à la tête du ministère chargé de protéger les usagerEs des arnaques et des abus de l’industrie pharmaceutique, Nora Berra, elle-même issue de l’industrie pharmaceutique.

En effet, la France compte 24 000 VRP pharmaceutiques [1], soit une densité d’un visiteur derrière chaque groupe de 8 médecins [2]. La mission de ces VRP : maximiser le chiffre d’affaires généré par les médecins, en les amenant à prescrire les médicaments les plus chers et aux plus grand nombre de malades possibles (c’est-à-dire, y compris à des usagerEs du système de santé qui n’en ont pas besoin, voire pour lesquels ces médicaments sont nocifs).

Pour maximiser les prescriptions, les visiteurs médicaux passent sous silence les limites et les dangers des produits, et survendent leurs bénéfices [3]. Les laboratoires rémunèrent leurs visiteurs principalement au pourcentage du chiffre d’affaires généré par les médecins dont ils ont la charge. 70% des médecins acceptent de se faire démarcher par les commerciaux des laboratoires. De nombreux manquements à l’éthique des médecins sont rapportés concernant les avantages dont ils bénéficient de la part des industriels. En tout, les laboratoires déclarent dépenser 2,8 milliards d’euros en marketing en France - entièrement refacturés à la collectivité, sous forme de dépenses en médicaments. Résultat commercial de cette frénésie promotionnelle : on consomme, en France, plus de médicaments par habitant que dans n’importe quel autre pays [4].

Si de nombreux médecins ne bénéficient pas d’autre source d’information sur les médicaments, c’est aussi parce que ce système leur tient lieu bien souvent de seule formation professionnelle continue, ce dont l’Etat se satisfait depuis longtemps puisqu’il en fait ipso facto l’économie.

Une autre conséquence de cette arnaque au marketing, c’est la perversion de la recherche. Ce n’est plus l’utilité médicale d’un médicament qui fait son chiffre d’affaires : c’est combien on peut en vendre. Les médicaments qui se vendent le plus n’apportent pas grand chose par rapport à l’existant [5] : ils présentent simplement l’avantage de concerner des pathologies répandues et aux frontières un peu floues, et sont vendus très chers, bénéficiant de l’appui d’une armée de bonimenteurs pharmaceutiques. Dans un système de libre-marketing du médicament, c’est le marketing qui fait les profits, pas la recherche. Il est plus rapide et plus rentable pour un laboratoire de développer en vitesse un médicament concurrent d’un blockbuster existant, que de persévérer pendant des années pour produire une véritable innovation. Au final, non seulement les dépenses de recherche sont orientées vers l’imitation plutôt que l’innovation, mais en plus les dépenses globales des laboratoires sont orientées davantage vers le marketing que la recherche [6].

Les conflits d’intérêt et cette corruption généralisés perdureront tant que l’Etat ne veillera pas à ce que son agence de contrôle soit réellement indépendante, politiquement et financièrement. De même, la formation des médecins doit être pilotée par les pouvoirs publics, hors de tout conflit d’intérêt, afin de garantir des prescriptions qui respectent strictement l’intérêt et le besoin des malades. Pour cela, de nombreuses mesures s’imposent, dont le financement peut être obtenu par la taxation des profits de l’industrie pharmaceutique.

Pourquoi cette situation est-elle le problème d’Act Up-Paris ? D’abord parce que ce sont les malades qui trinquent. Le résultat sanitaire de cette arnaque à la sur-prescription, ce sont non seulement des prescriptions sans bénéfice, mais aussi un certain désintérêt pour les plaintes et les inquiétudes des malades quant aux effets indésirables ressentis des médicaments. Ce sont aussi des prescriptions nuisibles : prescriptions de médicaments contre-indiqués, et prescriptions de médicaments trop nombreux qui interagissent entre eux négativement. La Faculté de Pharmacie chiffre aujourd’hui à 128 000 hospitalisations par an le coût sanitaire annuel des mauvaises prescriptions médicamenteuses, pour un coût de 5 milliards d’euros [7]. Notre santé vaut plus que la boulimie commerciale des laboratoires !

Act Up-Paris exige :
- la démission immédiate de Nora Berra
et son remplacement par quelqu’unE n’ayant aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique ;
- un mode de nomination et d’évaluation des directeurRICEs d’agences sanitaires qui garantisse leur indépendance des laboratoires et des politiques ;
- l’interdiction du démarchage des médecins par les visiteurs médicaux ;
- la mise en place d’une taxe sur les profits de l’industrie pharmaceutique dédiée à financer une information indépendante des médecins ainsi que leur formation continue et l’agence de contrôle des produits de santé ;
- la systématisation des Délégués de l’Assurance Maladie ou des Délégués d’Agences Médicales, qui démarchent les médecins avec une information sur les médicaments visant l’intérêt des malades plutôt que celui des laboratoires.

Notes

[1] 24 000 visiteurs médicaux en France, d’après le Sénat

[2] 200 000 médecins en activité en France, d’après le Figaro

[3] Voir l’annexe 5 du rapport 2007 de l’IGAS sur le marketing du médicament en France

[4] 2,8 milliards d’euros de dépenses promotionnelles par an : paragraphe 1.2.1 du rapport 2007 de l’IGAS sur le marketing du médicament en France

[5] 128 000 hospitalisations par an pour iatrogénie médicamenteuse

[6] Part de médicaments sans valeur ajoutée parmi les nouveaux médicaments : voir La Revue Prescrire

[7] La France premier consommateur de médicaments au monde : deuxième paragraphe du rapport 2007 de l’IGAS sur le marketing du médicament en France.

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