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sida : envie d’en être ?

Rencontre avec un de nos militantEs, Jean-Philippe.

publié en ligne : 1er septembre 2010 dans Action 124

 

sida, envie d’en être ? À cette question nous répondons : non. Et puis d’autres questions se posent, simples et plus complexes. De ces interrogations est née cette rubrique, un espace pour parler de soi. Nous sommes des séropositifVEs, des malades, des activistes de la lutte contre le sida.

Un bref aperçu de ta vie en quelques dates :
Plutôt des chiffres : 38 ans. 40 boulots en 20 ans Autodidacte, je m’en sors avec les moyens que je me donne : J’ai été danseur, transformiste, manutentionnaire, journaliste, serveur, vendeur, banquier, assistant commercial…

Tu as eu une jeunesse alternative ?
Oui mais je n’ai pas envie de rentrer dans les détails.

As-tu déjà souffert de discriminations ?
Etant plus jeune, oui. Difficile de grandir dans une ville de province. Jusqu’à 17 ans, j’ai fait partie des gosses timorés qu’on tape à la récré, sur lesquels les profs s’acharnent. Et j’ai fini par rentrer dans le tas.

Le sida ne faisait pas partie de ta vie ?
Le sida a toujours fait partie de ma vie, avant même d’avoir une sexualité. Les premières couvertures à sensation où l’on parlait de « peste gay », m’ont marqué dans les années 80. Me sachant gay, j’ai tout de suite eu une phobie, je me disais que forcément j’allais l’avoir.

Peux-tu nous parler de l’annonce de ta séropositivité ?
J’ai eu deux annonces. Une première au début des années 90 qui s’est révélée fausse ; et une vraie en 2006.

À l’époque que savais-tu du sida, de ses modes de transmission ?
J’étais très au courant. Je fais partie de la génération qui a vu dépérir, disparaître ou mourir pas mal de monde dans les années 90. Je suis rôdé, mais pas aguerri.

Au jour le jour, c’est quoi être séropositif ? C’est essayer d’oublier une fatigue chronique, ne pas trop s’écouter quand on est fatigué et se forcer à se relever.

Comment as-tu choisi ton médecin actuel ?
Suite au diagnostic, rue du figuier, on m’a conseillé d’aller à St Antoine. Je suis tombé sur une équipe très compétente et très humaine, même si débordée. J’ai de la chance car j’ai un excellent suivi.

Quel traitement prends-tu ?
Reyataz®, Kivexa® et Norvir®, je viens de passer au Norvir sec. Malgré quelques effets secondaires, ça se passe bien et ma charge virale est indétectable.

Comment vois-tu l’avenir moléculaire ?
Je suis pessimiste. A quoi bon innover dans les traitements si la population n‘y a pas accès ? quand je vois que cet été j’ai dû faire 3 ou 4 pharmacies dans la même journée au centre de Paris pour en obtenir du Kivexa® …

Tu annonces tout de suite la couleur/ta séropositivité lors de tes émois sexuels ?
J’ai essayé toutes les méthodes : le dire avant ? Après ? Ne pas le dire ? Tout dépend des circonstances. Pour moi, l’utilisation du préservatif n’est pas négociable. A partir du moment où l’on est clair avec ça, qu’on impose la capote, je ne vois pas l’obligation d’aborder le sujet. Mais si on me pose la question, je réponds. J’ai rencontré quelques cas : « T’es séropo ? On baise pas ! ». C’est ridicule. Non seulement, ce type de ségrégation ne se base sur rien de fondé, mais surtout, adapter sa politique de protection selon les déclarations d’un partenaire est le meilleur moyen de tomber dans le panneau. La vigilance doit demeurer la même, quel que soit le statut sérologique de la personne qu’on a dans son lit.

Dans dix ans, tu te vois comment ?
Je ne me vois pas ! Je vis vraiment au jour le jour que ce soit professionnellement ou au niveau de ma santé. Je suis incapable de me projeter. Je m’adapte aux circonstances.

Le militantisme, qu’est-ce que cela t’apporte ?
La possibilité de me battre contre ce que je considère être des injustices. Le gouvernement Sarkoziste nous rappelle sans cesse l’inégalité des droits LGBT, ne respectant ni nos couples, ni nos malades. Mais l’arrogance de l’UMP n’a rien à envier au mépris de la Mairie de Paris concernant les droits sociaux. Le coming out de Delanoé n‘a profité qu’à la carrière de l’intéressé, qui se moque totalement des problèmes de précarité liés au VIH. Si la Mairie de Paris verse des subventions à certaines associations gay complaisantes, c’est pour mieux s’offrir leur silence concernant le VIH et la prévention. On voit le résultat aujourd’hui, notamment avec la remontée du VIH chez les jeunes gays.

Si tu devais changer quelque chose dans ta vie, ce serait quoi ?
Etre blindé de tunes (rires) ! Sérieusement, être un peu plus souple avec les gens et peut être un peu plus complaisant avec moi-même.

Qu’est ce que tu dirais à unE séroneg sur le fait d’être séropo ?
Je lui donnerais surtout quelques conseils : ne jamais se croire à l’abri, ne jamais se croire plus fort que les autres, et ne jamais penser qu’il n’est pas concerné.

 



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