Sida is Disco

Stéphane Longue est mort du sida

publié en ligne : 1er juin 2010

Chaque mercredi une poignée de militantEs d’Act Up tient une pemanence des droits sociaux (PDS) et accueille les personnes embourbées dans des situations aberrantes. Cette rubrique a pour but de présenter un florilège de ces cas et des actions menées.

Une vie de séropo

Adieu à Stéphane, que nous suivions à la permanence des droits sociaux depuis 2002. Stéphane Longue ne sera pas cette année à la Marche des Fiertés. Il ne viendra plus à notre permanence des droits sociaux. Il est décédé d’une crise cardiaque massive. Il a été découvert plusieurs jours après sa mort par la gardienne de son immeuble, un HLM du 13e arrondissement de Paris.

Séropo, malade du sida, il a passé beaucoup de temps à vivre avec sa maladie : elle lui a rarement laissé beaucoup de répit. Il a connu les difficultés de soins des séropos. En 2005, il se retrouve à l’hôpital Beaujon, à Clichy, dans la petite couronne parisienne. Les conditions d’hospitalisation conduisent Act Up-Paris à dénoncer les manquements graves du service d’hépatologie. Souffrant d’un cancer du foie, très faible, ces derniers mois, Stéphane avait progressivement perdu son autonomie. Nous avions passé beaucoup de temps avec lui pour l’aider à obtenir la mise en place de prestations pour alléger ses tâches de la vie quotidienne et améliorer sa qualité de vie.

La bagatelle de 696,63 euros mensuels

Si la maladie ne lui donna pas beaucoup de répit, la vie pas davantage.

Comme beaucoup de séropos, Stéphane a vécu dans la précarité. Il a patienté longtemps d’être relogé et de pouvoir quitter son logement insalubre du 18e. Et encore ! Il dut s’inscrire sur les listes d’attente de la PILS, la plate forme interassociative pour le logement social, un dispositif pour les malades qui fonctionne avec la mairie de Paris.

Stéphane subsistait tant mal que bien grâce à l’Allocation adulte handicapé (AAH, soit la bagatelle de 696,63 € mensuels. 696,63 € réduits à 208,99 € en cas de séjour de plus de 60 jours en établissement hospitalier ; 696,63 € ramenés à quelques euros si son allocataire perçoit par ailleurs une pension d’invalidité, une rente pour accident du travail, ou est sous contrat d’insertion, afin de ne pas dépasser le minimum social, car il ne faudrait tout de même pas abuser avec la solidarité nationale. 696,63 €, que le 1er avril dernier, le gouvernement a sans rire et généreusement revalorisé de 2,2 %, soit 14 €.

Au lendemain d’une tentative de suicide, Stéphane nous confiera combien sa situation et l’impossibilité d’y remédier lui était insupportable, le plongeait dans l’angoisse et un stress terrible (particulièrement lié à deux opérations de prothèse de la hanche qu’il avait subi, plus encore que d’être diminué par la maladie...

Beaucoup pour un seul homme

A la maladie et à la précarité, il dut (oui, ça peut te paraître beaucoup pour un seul homme ; mais ne vas pas croire que c’est la fatalité, les hommes y sont pour beaucoup) faire face à l’homophobie. En 2008, agressé par des casseurs de pédés, il est hospitalisé pour un traumatisme crânien.

Stéphane forçait l’admiration.

Respectueux et attentif aux autres, jamais il ne s’est départi de sa générosité et de sa gentillesse. Stéphane était un garçon attachant, profondément gentil, dévorant (quand elle le lui permettait) la vie par les deux bouts.

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