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Contraception hormonale et VIH

publié en ligne : 1er mars 2010 dans Protocoles 60

Le nombre de femmes utilisant une contraception hormonale pour éviter la grossesse augmente au niveau mondial et notamment dans les régions où la prévalence du VIH est élevée. L’information sur les interactions entre contraception hormonale et VIH demeure insuffisante. Que savons-nous ?

L’Organisation mondiale de la Santé a identifié que l’emploi de la contraception hormonale pour les femmes vivant avec le VIH est un moyen efficace pour la prévention de la transmission materno-fœtale. Il est nécessaire d’en déterminer les effets sur le VIH. De nombreuses études épidémiologiques et des études sur le macaque suggèrent que les contraceptifs à base de progestérone augmentent le risque de contamination par le VIH-1 chez les femmes et le SIV (Le virus de l’immunodéficience chez les singes) chez les macaques, d’accélèrent la progression de la maladie, et augmentent l’excrétion virale dans le tractus génital. Toutefois, plusieurs autres études n’ont pas observé ces mêmes effets, la question continue d’être un sujet d’intenses recherches et de discussions. Contrairement à la progestérone, la prise d’oestrogène protège efficacement les macaques contre la transmission du SIV, probablement en améliorant les propriétés naturelles de protection de la muqueuse génitale. La progestérone et les œstrogènes sont connus pour réguler un certain nombre de mécanismes immunitaires qui peuvent avoir un effet sur l’infection rétrovirale.

Progestérone et VIH

Plus de dix études ont montré une corrélation entre l’emploi de la contraception hormonale et un risque augmenté d’être contaminée par le VIH. Des études sur le DMPA (Pour Dépot MedroxyProgesterone Acetate, une contraception à base de progestérone qui s’injecte et agit pendant trois mois.), et notamment une étude avec des prostituées à Mombasa au Kenya, suggèrent une augmentation d’infection au VIH chez les femmes qui l’utilisent. Cette étude a montré que les femmes qui utilisaient le DMPA avaient un risque doublé d’acquérir le VIH comparé aux femmes qui n’utilisaient pas de contraception. Cependant, d’autres études ne montrent pas d’effet similaire, ni pour le DMPA ou d’autres contraceptions.

L’utilisation de la progestérone avec l’infection chronique du VIH pourrait augmenter la réplication du VIH. Une étude de l’Université d’Alabama suggère que l’emploi de cette contraception est associé avec une progression plus rapide de la maladie, caractérisé par une perte accélérée des lymphocytes T CD4+ et un taux de mortalité augmenté pour les femmes séropositives.

Même si ces études suggèrent un effet significatif de la contraception hormonale à base de progestérone sur le risque d’infection par le VIH-1, l’augmentation de la charge virale, la fréquence des infections opportunistes, ou le taux de progression vers le sida, les données épidémiologiques obtenues jusqu’à présent ne sont pas concluantes. Des études plus approfondies sont nécessaires, en veillant à ce que ces données de recherche qui encouragent l’arrêt de la prise de progestérone, ne créent pas dans les zones à haute prévalence VIH une baisse de l’utilisation des méthodes de contraception.

Enfin, la contraception à base de progestérone provoque une diminution de l’épaisseur de l’épithélium chez les singes mais cet effet n’est pas si prononcé chez les humains. Le DMPA diminue également la colonisation vaginale par les bactéries Lactobacillus productrices d’eau oxygénée, capable de détruire le virus libre.

Oestrogènes et VIH

Cette hormone a un effet protecteur au niveau des muqueuses. Les mécanismes de défense sont modulés par les hormones stéroïdiennes (Hormones sécrétées par les glandes endocrines (corticosurrénales, testicules, ovaires, placenta).). L’épithélium vaginal et la muqueuse du col de l’utérus sont une barrière contre le VIH. L’œstrogène déclenche un épaississement de l’épithélium vaginal qui empêche le VIH d’atteindre les cellules de Langerhans qui s’y trouvent (là encore, ce phénomène est plus fort chez les singes que chez les femmes). Les cellules de Langerhans jouent un rôle important dans la dissémination du virus car ce sont elles qui transportent le VIH pour le présenter aux lymphocytes T CD4+ et aux macrophages. Ces cellules de Langerhans sont naturellement présentes à un niveau constant durant le cycle menstruel. L’apport d’œstrogènes supplémentaires diminue leur niveau dans l’épithélium du vagin, alors que de la progestérone en plus les augmente.

De plus, les contraceptions à base d’œstrogènes diminuent le pH du vagin et du col de l’utérus ce qui crée un environnement plus acide et donc hostile au VIH.

Un traitement à base d’œstrogène appliqué dans le vagin pourrait être une méthode efficace de prévention contre le VIH, augmentant l’efficacité de la protection naturelle des tissus de la voie génitale.

Système immunitaire et cycle menstruel

La production des anticorps change durant le cycle menstruel. Les concentrations des IgA et IgG sont parallèles aux changements de la concentration de progestérone. L’effet cyclique des hormones sur la production des anticorps se voit aussi dans les tissus de l’immunité en dehors de la voie reproductive, comme les ganglions lymphatiques et la rate. Il existe également une relation entre les défenses naturelles contre le VIH et la quantité d’œstrogène produite par le corps durant le cycle menstruel.
- Pendant la phase folliculaire, les oestrogènes augmentent, la progestérone reste basse, les IgG et IgA augmentent, l’activité des lymphocytes T CD8+ augmente, la fréquence des cellules de Langerhans diminue et l’épaisseur de l’épithélium du vagin augmente. L’ovulation a lieu.
- Pendant la phase luthéale, les oestrogènes diminuent puis augmentent un peu, la progestérone augmente puis diminue, les IgG et IgA diminuent, les lymphocytes T CD8+ diminuent, la fréquence des cellules de Langerhans augmente, l’épaisseur de l’épithélium du vagin diminue.

Hormones et système immunitaire

Le Medroxyprogesterone, qui est la composante active de plusieurs contraceptions hormonales, peut réprimer le système immunitaire plus fortement que la progestérone. Cette hormone inhibe naturellement la production des IgA et d’IgG. Or, on sait que l’infection par le VIH provoque également une perte des anticorps IgA, qui jouent un rôle important dans la défense contre les pathogènes qui infectent les muqueuses.

Les effets des œstrogènes dépendent de leur quantité. A faible niveau, les œstrogènes provoquent une réponse inflammatoire. Mais, à niveau élevé, ils exercent alors une réponse anti-inflammatoire en inhibant la production de TNF-a, IFN-g, IL-1b et IL-6 par les lymphocytes T, les macrophages et les cellules dendritiques, ainsi que la production des cytokines IL-4, IL-10 et TGF-b.

A retenir

Les quelques études qui se sont penchées sur les liens entre contraception et VIH suggèrent que la contraception hormonale peut affecter la vulnérabilité d’une femme face au VIH et la progression du virus. Les résultats, parfois contradictoires, nécessitent que de nouvelles études plus détaillées soient menées rapidement au vu de l’augmentation du nombre de femmes qui prennent une contraception hormonale.

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