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Sus aux spermatozoïdes

publié en ligne : janvier 2010 dans Protocoles 59

Bien que les spermatozoïdes ne soient pas véritablement infectés par le VIH, ils jouent néanmoins un rôle dans la propagation du VIH dans notre organisme. Ce sont les résultats de recherches publiées récemment.

C’est du moins ce que suggèrent les travaux réalisés hors de l’organisme par des chercheurs argentins et français [1]. Les spermatozoïdes seraient des vecteurs présentant le VIH aux cellules cibles, dont les cellules dendritiques, et des modulateurs de la fonction immunitaire de ces dernières.

Quelques rappels

Les auteurs de l’article en profitent pour rappeler un certain nombre de faits. Tout d’abord, la plupart des contaminations par le VIH ont lieu par voie sexuelle lors de rapports vaginaux ou anaux et le sperme est le vecteur principal du virus. Le virus doit ensuite franchir la barrière cellulaire qui protège notre organisme aux sites d’infection, en l’occurrence ce que l’on nomme une muqueuse au niveau vaginal et anal. Il pourra alors interagir dans notre corps avec les lymphocytes T exprimant l’antigène de surface CD4 – les cibles les plus connues du virus – mais aussi avec d’autres types cellulaires comme les macrophages [2] et les cellules dendritiques [3].

Comment le virus peut-il franchir cette barrière mucosale (la muqueuse), censée nous protéger, et contaminer les cellules cibles ? Les auteurs invoquent deux mécanismes distincts, l’un n’excluant pas l’autre. Dans le premier mécanisme possible, le virus traverse la muqueuse, soit sous forme de particule virale (un virion), soit associé à une cellule. Il existe un mécanisme spécifique appelé transcytose qui permet le passage d’éléments au travers d’une couche de cellules formant une barrière, sans altérer celle-ci, et le VIH pourrait utiliser cet effet. Une explication plus probable est un passage facilité par des microruptures de la barrière cellulaire. En effet, 60% des femmes présentent des micro-abrasions au niveau de la surface du vagin après un rapport sexuel. Ces microtraumatismes au niveau anal sont encore plus probables, du fait de la fragilité de la barrière mucosale à cet endroit. Le second mécanisme implique directement une des cellules cibles du VIH, la cellule dendritique. Celle-ci émet des prolongements qui peuvent s’insérer entre les cellules constituant la barrière mucosale. Ainsi un contact direct entre une cellule susceptible d’être infectée et le sperme est possible pat l’intermédiaire de ces prolongements, sans atteinte de la barrière mucosale.

Les auteurs rappellent aussi que le sperme contient trois sources majeures de virus : des cellules leucocytaires infectées, des virions libres et des virions associés aux spermatozoïdes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la contribution de chacune de ces sources à la contamination est imparfaitement connue, faute d’études spécifiques. En particulier, les auteurs soulignent que l’implication des spermatozoïdes fait l’objet de débat, d’où leur étude spécifique du rôle joué par ceux-ci dans la transmission du VIH.

Quoi de neuf

Dans leur article, les auteurs rapportent que les spermatozoïdes sont capables de capturer le VIH à leur surface – et ils détaillent la nature du mécanisme moléculaire mis en jeu, à savoir l’interaction avec ce que l’on appelle du sulfate d’héparane, un enchaînement particulier de sucres que l’on retrouve présent à la surface de la cellule et déjà connu pour interagir avec la glycoprotéine gp120 du VIH. Après capture du VIH à leur surface, les spermatozoïdes peuvent alors transmettre celui-ci aux cellules cibles (cellules dendritiques, mais aussi macrophages et lymphocytes T). Lors d’expériences de confrontations de cellules dendritiques avec le VIH en présence ou non de spermatozoïdes, les chercheurs ont pu montrer que la présence des spermatozoïdes augmente de façon conséquente l’infection des cellules dendritiques par le VIH et que le contact effectif entre les deux types cellulaires est nécessaire.

Ce contact entraîne aussi la maturation de la cellule dendritique – qu’il y ait ou non du VIH présent d’ailleurs. Cela suggère aux auteurs que cette interaction pourrait aussi contribuer à rendre les cellules dendritiques plus tolérantes dans leur fonction de surveillance immunitaire. Ainsi, les spermatozoïdes pourraient non seulement jouer le rôle de vecteur du VIH vers la cellule dendritique, mais aussi influencer la réponse immunitaire contre le VIH en modulant directement la fonction des cellules dendritiques.

Pour finir, les chercheurs montrent qu’un environnement légèrement acide – comme celui résultant de la confrontation du sperme (plutôt neutre) avec les sécrétions vaginales (très acides) – renforce ce mécanisme de transmission (attachement aux spermatozoïdes et infection de la cellule dendritique).

En conclusion

Ces travaux indiquent que les spermatozoïdes peuvent jouer le rôle de transporteurs du virus pour le présenter à d’autres cellules susceptibles d’être infectées. Dans la mesure où ces travaux ont été menés hors de l’organisme, on peut s’interroger sur la réalité ou la part relative de ce processus dans notre corps lors d’une contamination. Tout n’est pas encore connu. Ce que l’on peut dire, c’est que ce mécanisme pourrait contribuer à faciliter la contamination, mais les autres voies indiquées en début d’article sont certainement impliquées. En effet, des hommes ayant subi une vasectomie [4] et infectés par le VIH sont toujours capables de transmettre le VIH par le sperme.

Notes

[1] Article publié le 23 novembre 2009 dans le Journal of Experimental Medicine par Ana Ceballos, Jorge Geffner et collègues.

[2] Marcophages : cellules dérivant des monocytes sanguins ayant la capacité d’absorber et de digérer des corps étrangers à l’organisme

[3] Cellules dendritiques : cellules ramifiées, dérivant aussi des monocytes, rencontrées surtout au niveau des muqueuses et impliquées dans la présentation des antigènes aux lymphocytes.

[4] Opération de stérilisation masculine consistant à couper les canaux – dits déférents – qui permettent aux spermatozoïdes produits dans les testicules d’accéder à l’urètre pour sortir de l’organisme.

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