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Communiqué de presse de TAC (Treatment Action Campaign)

Pourquoi nous avons besoin de plus de ressources pour la santé

Marche du 19 juillet 2009 — Le Cap, Afrique du Sud

publié en ligne : 20 juillet 2009

5 millions de personnes vivent avec le VIH en Afrique du Sud. Environ 500 000 personnes sont infectées chaque année, dont 60 000 enfants. L’espérance de vie a chuté à 50 ans. A cause de la pandémie de sida, la tuberculose (TB) est devenue la cause première des décès enregistrés et les morts de la tuberculose ont triplé en une décennie. La pandémie de VIH/sida est d’une large ampleur et relativement nouvelle. C’est, par conséquent, le plus important défi à notre système de santé. Par ailleurs, des réponses efficaces à l’infection à VIH renforceront l’accès à la santé dans le cadre d’autres maladies infectieuses, ainsi que pour le cancer, les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Développer les programmes sur le VIH bénéficiera également aux personnes non-infectées. Le plan de stratégie nationale de lutte contre le VIH/sida (NSP) s’est fixé pour objectifs de traiter 80% des gens en besoin d’ARV d’ici 2011, de donner à 95% des femmes l’accès aux services de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) d’ici 2011, et de réduire les nouvelles infections à VIH de 50% d’ici 2011. Il est essentiel que nous atteignons ces objectifs pour inverser le déclin de l’espérance de vie causé par le sida et d’alléger de leurs poids sur notre système de santé des infections opportunistes. La Constitution affirme que tout le monde doit avoir accès aux services de soins et de santé, dont la santé reproductive et aux soins. Elle affirme également que l’Etat doit prendre les mesures nécessaires, à hauteur de ses ressources économiques, pour permettre la réalisation progressive de ce droit. Par ailleurs, l’ANC a promis de faire de l’accès aux soins une de ses priotités. Nous manifestons pour mettre en lumière les enjeux que constituent le respect des objectifs du NSP, pour développer les programmes de mise à disposition des traitements antirétroviraux et de la PTME, enjeux qui ne pourront être atteints qu’en augmentant et en dépensant mieux les ressources allouées à la santé. Nous sommes prêts à travailler avec les autorités régionales et nationales de santé, ainsi qu’avec les autres institutions gouvernementales concernées de façon à atteindre ces objectifs.

Notre but : réaliser les objectifs du NSP sur les traitements et la prévention. Comment atteindre ces objectifs ?

1.Augmenter les mises sous traitements.

Nous devons nous assurer que l’augmentation du nombre de personnes mises sous ARV est suffisamment financée et bien gérée pour permettre de tenir les objectifs du NSP.

Mi-2008, près de 600 000 personnes vivant avec le VIH avaient accès aux traitements antirétroviraux (ARV). C’est une vraie avancée. L’Afrique du Sud dispose du plus grand programme publique au monde d’accès aux ARV. Mais c’est moins de la moitié des de personnes qui remplissent les critères du ministère de la santé pour commencer un traitement.

L’augmentation du nombre de personnes sous ARV soulève de nombreux défis. Fin 2008, l’Etat a mis en place un moratoire pour empêcher que de nouveaux malades aient accès aux ARV. Ce moratoire a pris fin depuis, mais chaque jour, 30 personnes supplémentaires mourait lorsqu’il était en place. Les informations que TAC a reçues de l’Etat, indiquent qu’aujourd’hui encore, les effets du moratoire continuent de se faire sentir. A travers le pays, il y a toujours de longues listes de personnes en attente de traitements. Les ruptures de médicaments se produisent encore régulièrement. Les recherches menées par l’Etat montrent que la grande majorité des décès de personnes inscrites dans un programme d’ARV concernent des malades qui étaient dans l’attente que leur programme ne commence.

Une étude importante menée par l’Etat montre que 87% des décès de personnes incluses dans le programme publique d’accès aux ARV dans la province concernent des personnes qui n’avaient pas accès aux traitements. De plus, le ministère de la santé manque aujourd’hui d’1 milliard de Rands (environ 100 millions d’€) pour atteindre les objectifs fixés par le NSP concernant le nombre de personnes sous ARV en 2009.

2. PTME

Le mécanisme d’évaluation du programme de la PTME doit être amélioré. La mise en place de programmes de PTME sur des sites pilotes a commencé en 2002. Ces sites, comme celui de Khayelitsha ont démontré qu’ils prévenaient de nombreuses infections d’enfants et sauvaient ainsi de nombreuses vies. Beaucoup de femmes ont également pu commencer un traitement grâce au programme de PTME.

Quoi qu’il en soit, le suivi et l’évaluation du programme doivent être renforcés. (…) Le programme de PTME est une opportunité pour que plus de femmes soient mises sous traitements ; cela permet ainsi de progresser dans la réalisation des objectifs du NSP. Mais le démarrage lent du programme signifie que cette opportunité est souvent gâchée. De plus, les bureaux régionaux de TAC constatent régulièrement l’insuffisance d’approvisionnement en lait maternisé pour les femmes qui choisissent cette méthode d’allaitement. Pour atteindre les objectifs de prévention du NSP, le programme de PTME doit être mis en place de manière exemplaire. Il ne nous sera possible d’identifier de façon pertinente les domaines dans lesquels des progrès sont nécessaires que si le suivi et l’évaluation de ces programmes sont améliorés, et si des rapports de suivi précis du PTME sont régulièrement produits.

3. Autres améliorations pour les programmes de lutte contre le sida et la tuberculose

Il y a de nombreuses manières d’améliorer les programmes d’accès aux HAART, à la PTME et aux soins contre la tuberculose. Nous pouvons utiliser les bénéfices des nouvelles avancées scientifiques pour améliorer la santé des PVVIH, et rendre le NSP plus efficace. Ces interventions demandent des ressources, mais elles épargnent aussi à l’état des dépenses en réduisant les infections opportunistes, en diminuant les nouvelles contaminations, et en améliorant la santé de la population. Voici trois exemples importants (parmi de nombreux autres) :

A. Mise sous traitements précoce pour les enfants infectés par le VIH

L’étude CHER a été menée en Afrique du Sud. C’est une des plus importantes études sur le VIH ces dernières années. Elle a prouvé l’excellente qualité des scientifiques qui dans notre pays travaillent sur le VIH.

L’étude a montré qu’en traitant dès le diagnostic les enfants de moins de un an atteints par le VIH, on peut réduire leur mortalité de 26% à 4%, soit une amélioration de 75%. L’OMS et les directives américaines recommandent un traitement très tôt pour les enfants, sur la base de cette étude. Cette pratique sauvera de nombreuses vies et nous aidera à nous rapprocher des objectifs du NSP concernant les traitements. Cela a été déjà mis en pratique à certains endroits, mais de nombreux médecins et infirmiers sont réticents à l’idée de mettre en oeuvre ces recommandations sans une mise à jour du protocole officiel.

Si cette mise sous traitement précoce des nouveaux-nés n’a pas encore commencé dans ce pays c’est notamment parce que les directives du ministère de la santé sur les traitements ARV n’ont pas été mises à jour depuis 2004. Ainsi, ces nouvelles avancées scientifiques qui sauveraient des vies ne peuvent être mises en place dans les programmes d’HAART et de PTME. Ce sont les patients qui ne ne profitent pas de leurs éventuels bénéfices.

B. Changer les critères de mise sous traitement

Plusieurs études ont montré que la mortalité chez les personnes vivant avec le VIH peut être réduite si la mise sous traitement se fait avant que leur nombre de CD4 ne tombe en dessous de 350. Actuellement, à cause des longues listes d’attente existantes et des dépistages tardifs, la plupart des malades commencent leur traitement autour de 100 CD4. Cette recommandation ne bénéficiera qu’aux personnes qui découvrent leur séropositivité précocement. Mais si on la combine à des campagnes publiques d’information sur les bénéfices du dépistage, et qui incluent la possibilité d’être mis sous traitement au moment opportun, de nombreuses personnes pourraient tirer bénéfice d’un changement des critères d’inclusion.

Certes, cela augmentera le coût des nouvelles mises sous traitement, mais cela réduira aussi les infections opportunistes et les nouvelles contaminations. La raison en est que les personnes sous traitements sont moins contaminantes, et que celles qui connaissent leur statut sont moins susceptibles d’avoir des rapports non protégés, surtout lorsqu’elles bénéficient d’un encadrement psychosocial approprié à travers les campagnes de dépistages volontaires.

C. Prendre en compte le traitement du VIH et de la TB

Une étude conduite par l’institut sud-africaine de recherche a montré que chez les personnes séropositives au VIH et vivant avec la tuberculose, la mortalité peut être réduite de façon significative en initiant un traitement ARV avec un traitement de la tuberculose. Les directives concernant les ARV et le traitement de la tuberculose doivent être changées pour prendre en compte cette découverte. Il est plus simple de mettre en place ce type d’intervention dans les établissements qui prennent en charge la tuberculose et le VIH de conserve. Cela signifie en effet que les malades n’auront pas à passer d’un service à l’autre ni à consulter deux équipes distinctes de personnel soignant en même temps pour être soignés de manière appropriée. Inciter les départements de santé à intégrer le VIH et la tuberculose est donc une priorité.

Un autre avantage d’intégrer la prise en charge commune de la TB et du VIH dans les cliniques est que de nombreux patients infectés par le TB sont aussi séropositifs mais ne connaissent pas leur statut. Si le traitement du VIH est assuré dans les unités de TB, cela encouragera le personnel soignant à proposer systématiquement un dépistage du VIH aux patients.

4. Délégation de tâches

Nous aurons d’avantage de chances d’atteindre les objectifs du NSP en décentralisant l’accès aux soins. Cela signifie rendre les ARV plus accessible dans les établissements assurant un niveau de soins primaire et étendre le rôle du personnel soignant. Les modèles utilisés à Khayelitsha et Lusikisiki ont montré que cela fonctionne.

Il s’agit d’un enjeu conséquent, et la délégation de tâche n’est pas une pratique en vigueur en Afrique du Sud. Le ministère de la santé devrait formaliser le rôle et le travail des professionnels de santé pour les encourager à la délégation de tâches, et faire le nécessaire pour modifier les directives de façon à permettre aux infirmières d’initier les mises sous traitements et suivi des personnes sous ARV. Cela élargira le rôle des infirmières et de la communauté de professionnels de soins dans la réalisation des objectifs du NSP, notamment dans les zones rurales où le manque en personnel de santé est le plus important.

La récente grève des médecins a attiré l’attention sur la crise en personnel soignant et sur les difficiles conditions de travail dans le secteur publique. Le délégation de tâches permettra également d’optimiser l’utilisation des ressources humaines en santé existantes ainsi que celles du secteur communautaire. Cela améliorera l’accès et l’observance aux traitements, et permettra également des économies.

5. Financer et gérer le système de santé et le NSP

Atteindre les objectifs du NSP en matière de prévention et de traitements est un défi difficile. Le secteur de la santé est sous-financé et les fonds disponibles actuellement sont dépensés de manière sous-optimale. Les budgets en santé dans les Provinces ne sont pas définis à partir des besoins. Identifier la nature exacte du budget et les besoins en vue de son expansion est un défi en tant que tel.

TAC a conscience du fait que résoudre ces problèmes n’est pas simple. Pour aider le ministère de la santé à relever ces défis, nous travaillerons dans les mois à venir avec d’autres associations partenaires pour permettre une meilleure compréhension des budgets en santé. C’est dans ce but qu’un groupe de travail constitué de spécialistes des finances et des systèmes de santé, mené par Deloitte et Touche, a produit 10 rapports ; un dans chaque province, et un national au niveau du ministère de la santé. Ces rapports peuvent nous aider à comprendre et à modifier la modifier la situation financière et la prise en charge dans le système de santé. Ces rapports doivent être rendus publiques.

TAC et ses partenaires soutiennent également le concept d’assurance maladie nationale (NHI). Les détails concernant la NHI doivent être discutés et négociés. Nous tous (société civile et gouvernement) devons développer notre compréhension des différentes manières de mise en oeuvre d’une NHI. L’assurance maladie, mise en oeuvre de façon cohérente, contribuera à aider à faire face aux problèmes de financements de la santé. Mais l’assurance maladie ne pourra être correctement mise en place que si nous prenons en compte la gravité des problèmes du système publique de santé, notamment la façon dont celui-ci est géré.

Nous sommes en récession et il y a de nombreux problèmes dans le système de santé. TAC prend cela en considération et comprend la difficulté des choix que l’Etat doit faire. Mais la santé des gens en Afrique du Sud est une priorité affirmée par la Constitution, ainsi que par le parti au pouvoir qui a reçu un mandat clair pour faire de l’éducation et de la santé des priorités. L’Etat, le secteur privé, la société civile doivent travailler ensemble pour garantir que les défis actuels de la santé seront pris en compte et surmontés, de façon à atteindre les objectifs du plan stratégique national de lutte contre le sida en Afrique du Sud.

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