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Par le sang. Par le sperme. Par la loi.

Santé répression

publié en ligne : juin 2009 dans Action 118

Le slogan choisi par Act Up-Paris pour la manifestation du 1er décembre 1997 (voir ci-dessus), est explicite. En effet, des textes légaux ou réglementaires condamnent certaines personnes à la clandestinité, et les exposent ainsi à plus de risques sanitaires, dont ceux liés au VIH ou aux hépatites virales.

Les usagerEs de drogues ne seraient pas aussi durement confrontéEs au sida et aux hépatites virales si l’interdiction de l’usage et de la vente n’avaient ralenti la mise en place d’échange de matériel de consommation tel que les seringues, d’une expertise par les usagerEs, de produits de substitution, d’une recherche sur les interactions entre les drogues et les antirétroviraux.

Les étrangerEs ne seraient pas aujourd’hui parmi les premierEs concernéEs par le VIH, et notamment par son diagnostic tardif, si la loi ne les désignait pas comme des fraudeurSEs en puissance, et s’ils/elles pouvaient penser à leur santé et à leur vie quotidienne sereinement.

Les travailleurSEs du sexe seraient moins soumiEs aux exigences de leurs clients, à des négociations serrées pour le préservatif, ainsi qu’aux violences policières, si ils/elles avaient un statut légal et des droits liés.

Les prisons ne seraient pas une « humiliation pour la république » (pour reprendre le titre d’un rapport parlementaire sur les prisons en 2000, auquel nous avons contribué), si elles étaient vides, et si on en retirait notamment les malades, on légalisait les drogues, régularisait les sans-papierEs, reconnaissait le travail du sexe ou encore donnait un revenu aux détenuEs.

En 20 ans, Act Up-Paris a contribué à

- Faire émerger une parole collective, politique et revendicative, à la première personne, de ces minorités, par le biais d’assemblées générales et de manifestations : « Putes, pédés, droguéEs, immigréEs / solidarité des minorités ».

- Inscrire la problématique des droits des minorités comme une question indispensable pour les partis de gauche, par la création du mouvement Nous sommes la gauche, lors des élections qui ont suivi la dissolution du Parlement en 1997.

- Accélérer la mise en place de dispositifs de réduction des risques auprès des usagerEs de drogues par des actions d’ampleur (distribution de seringues devant le ministère de l’Intérieur en janvier 1993) ou par un travail interassociatif (collectif Limitons la casse).

- Poser la revendication d’une légalisation contrôlée de toutes les drogues : diffusion du tract J’aime l’ecstasy, procès du président d’Act Up-Paris au nom de la loi de 1970, pétition des 111, Ce risque, je le prends, par laquelle une centaine de personnalités publiques affirment consommer des drogues, manifestation Légalisons le débat.

- Poser l’usagerE comme un acteur/trice incontournable du discours sur les drogues, contre la prohibition, mais aussi contre sa seule médicalisation.

- Une prise en compte des étrangerEs et à obtenir une régularisation pour soins en 1998, « Permanence étrangers malades » pour donner aux personnes concernées les moyens d’accomplir leurs démarches.

- Organiser la première manifestation sur les prisons depuis les années 70 : Nous manifestons pour les prisonniers, en novembre 2000.

- Obtenir la suspension de peines pour raisons médicales en mars 2002 après des actions systématiques auprès des ministres de la Justice et de la Santé, et à veiller à son application par le pôle interassociatif sur la suspension de peine dont nous sommes à l’initiative.

- Revendiquer un statut légal pour les travailleurSEs du sexe, par des manifestations communes.

- Dénoncer les conséquences de la répression du travail du sexe, notamment les arrêtés municipaux, de la loi sur la sécurité intérieure de 2003.

Aujourd’hui encore, ces combats demeurent d’actualité. Malgré les progrès évidents en termes de réduction des risques pour les usagerEs de drogues, malgré les impasses patentes du tout répressif et ses conséquences dramatiques sur les personnes et sur leur santé, la répression des usagerEs de drogues, des travailleurSEs du sexe, des étrangerEs sans papiers reste le seul horizon, tout comme les prisons.

L’acquiescement des socialistes aux discours répressifs, notamment lors des campagnes présidentielle et législatives de 2002 donne l’impression qu’aucune alternative n’est possible. C’est la raison pour laquelle nous témoignerons, une fois de plus, de notre expertise du terrain, à la première personne : à ceux et celles qui mettent nos vies en danger par leur politique et leur discours de démontrer le contraire.

C’est pourquoi Act Up-Paris continuera ses combats, notamment :

- En mettant en place, avec des associations travaillant à la réduction des risques, une salle de consommation parisienne pour usagerEs de drogues.

- En veillant à l’application de la loi de 1998 sur la régularisation pour soins, en continuant à empêcher l’expulsion de sans-papierEs atteintEs de pathologies graves et en réclamant la régularisation pour tous et toutes.

- En réclamant la légalisation du travail du sexe.

- En veillant à l’application de la loi pour la suspension de peines, et en demandant la fin des prisons.



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