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Le sida c’est maintenant, prévention c’est urgent

publié en ligne : juin 2009 dans Action 118

Dès sa création en 1989, Act Up-Paris a dénoncé, par la contestation et l’action, le sempiternel retard pris par la France en matière de prévention. Originellement issuEs de la communauté gay, et premierEs à avoir été touchéEs par l’épidémie, nous ne pouvons tolérer le peu de mobilisation des pouvoirs publics face au nombre de nouvelles contaminations qui ont lieu chaque année.

De l’inaction de l’État à une incompétence criminelle

Parce que la prévention est la première mesure à adopter pour contrôler et lutter contre l’épidémie, il est de la responsabilité de l’État de mener des campagnes efficaces à l’égard de la population. Nous nous battons ainsi depuis des années pour que les pouvoirs publics diffusent davantage de campagnes de prévention ciblées, répétées, et explicites, afin que chaque personne se sente concernée par le VIH, quel que soit son âge, son sexe, son orientation sexuelle ou ses comportements. Nous en avons assez de voir depuis plus de 20 ans des campagnes de prévention rétrogrades et pudibondes, qui, sous prétexte de devoir satisfaire des lobbies « bien-pensants » et de passer le contrôle et la censure d’organes incompétents en la matière comme l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, anciennement Bureau de Vérification de la Publicité), deviennent tout simplement inefficaces et inopérantes auprès du public.

Aujourd’hui, nous continuons à lutter contre les propos criminels qui creusent le lit de l’épidémie et annulent tout effort de prévention, notamment ceux imprégnés de relents homophobes, ceux qui diffusent une image de santé répressive et sécuritaire en direction des usagerEs de drogues ou des travailleurSEs du sexe ou encore ceux émanant des autorités religieuses, qui en viennent à minimiser l’efficacité du préservatif, voire interdire ce dernier.

Aujourd’hui, nous continuons à nous battre contre tous les discours qui pourraient faire croire que l’épidémie est terminée, contre la démobilisation des pouvoirs publics et la quasi-absence de campagnes de prévention. Il nous faut aussi analyser les données scientifiques et les recherches sur les nouveaux moyens de prévention ou de réduction des risques (circoncision, charge virale indétectable, etc.) pour diffuser un discours construit sur les réalités de l’épidémie face à l’enthousiasme trompeur que peuvent susciter l’annonce de nouvelles découvertes.

De la réalité à l’action, pour une prévention efficace

Parce que la prévention passe par la vigilance, nous avons été les premiers à donner l’alerte sur le risque de contamination par fellation qu’il était dangereux de minimiser. Nous avons communiqué massivement sur la reprise des contaminations chez les gays et sur le phénomène de relapse, sur les surinfections, sur la transmission sexuelle de l’hépatite C. Nous avons aussi largement insisté auprès de l’administration publique pour la mise en place de l’alerte syphilis au sein de la communauté.

Parce que les politiques ignorent les minorités et refusent de prendre en compte leurs réalités, dès le début des années 1990, nous avons lancé des campagnes de prévention en direction des gays, qui furent les premières victimes du sida en France. Aujourd’hui, nous continuons à être présents et à diffuser des messages de prévention, au travers de stands sur les lieux festifs, en direction des homos, des bis, des trans’ ou des usagerEs de drogues.

En 1995, nous avons œuvré pour la création de la charte de responsabilité des établissements gay, par un travail interassociatif, afin de permettre une mise à disposition gratuite de préservatifs et de gel sur les lieux de rencontres. Ce n’est qu’après notre campagne de 1999-2000 qu’une nouvelle version de cette charte a pu aboutir à un outil efficace et responsabilisant vis-à-vis des exploitants de backrooms.

En 1996, nous avons obtenu les premières campagnes grand public pour les migrantEs et les homos.

Aujourd’hui, parce que les gays restent parmi les plus concernés par le VIH/sida, et parce qu’aucun site de prévention dédié n’existe en France, nous mettons en place un site participatif d’information et d’empowerment sur les questions de prévention liées au VIH/sida : comportements, recherche, outils de prévention, réalités épidémiologiques… Véritable site d’analyse de l’actualité scientifique sur ces questions, nous voulons qu’il devienne le nouveau média de la prévention à destination des gays, afin que la communauté se remobilise sur ces questions, et que la prévention ne se fasse pas sans elle, mais avec elle.

Parce que l’on peut être contaminé par le VIH dès son premier rapport sexuel, Act Up-Paris mène aussi un combat de longue date pour la prévention à l’école, l’information sur la sexualité et l’identité de genre.

En 1996, nous avons obtenu qu’une information sur le sida et des cours dédiés à la lutte contre les discriminations soient inscrits au programme de la première circulaire sur la prévention à l’école, après une plate-forme rassemblant syndicats d’enseignantEs et fédérations de parents d’élèves.

En 2007, nous avons enfin obtenu l’installation de distributeurs de préservatifs dans les établissements scolaires.

Act Up-Paris exige :
- Des campagnes fortes de remobilisation sur le VIH/sida, visibles dans les médias grand public, ciblées et qui mettent en scène les pratiques sans fausse pudeur.

- Que l’ARPP, par son incompétence criminelle quant à la surveillance des messages de santé publique, soit déboutée de cette fonction et ne soit plus un obstacle à la mise en place de campagnes de prévention de l’État.

- Une communication publique renforcée et mieux articulée sur le dépistage, le Traitement Post-Exposition, la primo-infection.

- Des interventions régulières et systématiques sur les questions de prévention, d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires.

- Que d’avantage de recherches soient menées sur les nouvelles méthodes de prévention, et, lorsqu’elles engagent des populations, qu’elles le soient dans des dimensions éthiques mesurées.

- L’abandon en santé publique de la notion de « groupe à risque », à sens discriminant, et la remplacer par celle de « pratiques à risque ».

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