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Discrimination sanguine

publié en ligne : février 2009 dans Action 116

Roselyne Bachelot réaffirme l’exclusion des homosexuels du don du sang. La ministre a beau s’en dédire, l’exclusion du don du sang est bien violente, discriminatoire et sanitairement injustifiée : si la prévalence est en effet plus forte chez les gays, les nouvelles contaminations concernent désormais davantage les hétérosexuelLEs. Et la question n’est pas celle de la prévalence mais celle de l’incidence et du taux d’infections non diagnostiquées.

Dans un entretien accordé à Libération le 14 janvier 2009, la ministre de la Santé se targue d’avoir signé un nouvel arrêté encadrant les dons du sang. Dans ce décret, Roselyne Bachelot entérine l’exclusion des homosexuels du don du sang, malgré les engagements pris (et non tenus) par Xavier Bertrand lorsqu’il était ministre de la Santé.

Depuis la parution d’une circulaire en 1983, les hommes homosexuels sont exclus du don du sang parce que considérés comme appartenant à un « groupe à risque ». Une réponse positive à la question « Avez-vous eu des rapports sexuels entre hommes ? » lors de l’entretien préalable suffit pour se voir définitivement exclu du don du sang. Par cet interdit, Roselyne Bachelot entretient la fiction discriminatoire, et dans ce cas d’espèce homophobe, selon laquelle il y aurait des groupes à risques ; or il n’y a que des pratiques à risques.

La ministre justifie cette discrimination par la forte prévalence du VIH parmi les hommes homosexuels. Elle va même plus loin, lors des questions à l’Assemblée nationale, elle répondait : « Dès que la prévalence se rapprochera pour la population homosexuelle masculine de celle de la population hétérosexuelle, nous lèverons cette interdiction ». Sans être cynique, nous sommes tout de même en droit de nous poser la question du chiffre à atteindre. Faut-il comprendre que Roselyne Bachelot pourrait lever l’interdiction du don de sang pour les homosexuels lorsque la prévalence chez les hétérosexuelLEs sera de 10 à 20 % ? Pour obtenir une prévalence de 0,2 %, il existe bien quelques moyens mais songe-t-elle à les mettre en place : attendons que les gays séropos meurent du sida : les difficultés d’accès aux soins déjà réelles, et bientôt instituées par le projet de loi HSPT, aideront à atteindre l’objectif fixé.

Le 27 novembre 2007, Roselyne Bachelot avait annoncé qu’elle allait lever l’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang. Pour autant, la circulaire publiée par le ministère de la Santé le 10 avril 2008 n’avait rien changé à l’état de fait précédent. Seule la rédaction du questionnaire avait été révisée pour en réduire l’aspect discriminatoire. Au final, ce questionnaire est non seulement discriminatoire, mais aussi dangereux car il introduit une confusion sur la nature des risques de transmission du VIH.

Les critères de sélection des donneurSEs ne permettent pas d’évaluer le fait d’avoir eu ou non des rapports systématiquement protégés ou le fait d’avoir effectué un test de dépistage. Données qui pourtant constituent les seules bases fiables à une évaluation efficace du risque transfusionnel, objective et non discriminante, du niveau de risque d’infection.

Aujourd’hui, près des 2/3 des contaminations en France ont lieu chez les hétérosexuelLEs : loin d’être élaboré sur la base d’une évaluation réelle du risque, les nouvelles règles sur le don du sang restent basées sur une perception périmée de l’épidémie.

Act Up-Paris dénonce la décision prise par Roselyne Bachelot et exige l’ouverture du don du sang aux homosexuels ; Act Up-Paris, exige du ministère de la Santé et de l’Etablissement Français du Sang l’élaboration d’un questionnaire préalable au don du sang basé sur des données fiables et non discriminatoires de santé publique.

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