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La ministre de la Santé et la HAS dans le coma

publié en ligne : février 2009 dans Action 116

La situation des personnes trans en France en 2009 est toujours très floue. Dans l’attente de la publications du rapport de la Haute Autorité de Santé, les activistes continuent de demander la liberté de choix. Le chemin est encore long.

Aujourd’hui, quelques psychiatres, spécialistes auto-proclamés du « transsexualisme », veulent garder le pouvoir de décider qui pourra faire sa transition en obtenant un remboursement de la Sécurité sociale et un changement d’état civil, et qui ne pourra pas et devra se débrouiller autrement ; qui en achetant des hormones sur internet, qui en devenant clandestin au regard de l’état civil, qui en se prostituant pour se payer une opération à l’étranger… La situation reste donc tendue entre ces psychiatres et les activistes trans : les trans y retrouvent un mélange de paternalisme, de manque de respect, de questions idiotes et d’une morale d’arrière garde de la part des psychiatres et des institutions.

La France a pris un retard considérable par rapport à d’autres pays d’Europe et d’ailleurs, du point de vue de la médecine (chirurgie-psychiatrie) et du point de vue légal. Devant les critiques des activistes, craignant peut-être d’être condamné à ce sujet par la Cour européenne des Droits humains comme il le fut en 1992, l’Etat, par la voix du ministère de la Santé, a commandé un rapport sur la prise en charge du « transsexualisme » à la Haute Autorité de Santé (quand elle s’appelait encore ANAES) … il y a plus de quatre ans. On attend toujours sa publication ! Mais les contacts avec la HAS sont déjà réfrigérants. Les conclusions provisoires du rapport, devraient préconiser de ne rien changer en dehors du nombre d’équipes habilitées à prendre en charge le dit « transsexualisme ». C’est donc peut-être la fin des parcours médicaux libéraux, hors des équipes dites « officielles » ; ce qui conduira encore plus de personnes à prendre des hormones sans suivi médical, à s’endetter… à tapiner... plutôt que d’aller se soumettre à des psychiatres réactionnaires.

Le grand point de friction, c’est la question de la liberté individuelle et du respect de l’autonomie. Pour les médecins en charge du dossier, l’idée que ce soit l’usagerE qui décide de son parcours, tant pour l’hormonothérapie que pour les modifications chirurgicales, est insupportable. C’est évidemment pour le bien du/de la patientE qu’on veut protéger ! UnE schizophrène pourrait se glisser parmi les trans, se faire opérer, et le regretter ! Quand on les reprend en disant qu’ils/elles s’accrochent juste à ce pouvoir écrasant qu’ils/elles ont sur la vie d’une autre personne, qu’ils/elles sont malades de leur omnipotence, et que l’aide à l’auto-diagnostic et le consentement éclairé serait une solution non seulement plus simple – y compris pour elles et eux- mais aussi plus respectueuse, ils/elles vous regardent avec des yeux ronds, prêt à vous jurer que même une hormonothérapie est irréversible, une ânerie totale pour quiconque a vécu dans le milieu trans… Le pire c’est que des représentantEs d’associations acquiescent devant cette chasse au schizo qui se croit trans, chasse au nom de laquelle on donne tant de pouvoir aux psychiatres ; Camille Cabral (PASTT) ou Armand Hotimsky (CARITIG) pour ne pas les nommer.

Deux poids, deux mesures

Ce qui est curieux c’est que cette sollicitude ne s’étend pas aux autres aspects de la vie trans. Si aux Etats-Unis, dès la première moitié des années 1990, on trouve des articles scientifiques sur le taux inquiétant de séroprévalence au VIH chez les femmes trans, en France rien. Les équipes « officielles » ont longtemps refuser d’opérer les personnes trans séropositives alors que des communications en prouvaient la possibilité. Quant à la vie sociale des trans, c’est également le silence. Nous observons le phénomène des jeunes trans expulséEs de leur famille qui viennent se réfugier dans les grandes villes et vivent leur transition dans la précarité la plus extrême, et tous les dangers qu’on imagine… Ont-ils écrit ou prononcé un mot là-dessus ? Le ministère de la Santé c’est aussi celui des Sports. Pourquoi cette sollicitude pour les trans « qui pourraient se tromper », alors que les dangers de la pratique de tel ou tel sport sont accueillis avec plus ou moins de fatalisme. Quand Eric Tabarly donne des interviews où il déclare ne pas mettre de harnais en mer on le laisse partir… et mourir ! Mais le choix d’unE individu trans doit être soumis à l’approbation d’un psychiatre.

On prend les même et on recommence

Le rapport de la HAS a toutes les chances d’exonérer les équipes officielles de leurs maltraitances. Des grandEs « spécialistes » comme Bernard Cordier ont toujours refoulé de leurs services les transgenres qui ne voulaient pas se faire opérer. Est-ce à elles et eux désormais que les transgenres devront obligatoirement demander le droit à une hormonothérapie ? En attendant, il ne faut pas s’étonner si des trans font tout pour ne pas subir les vexations de ces butors, avec les prises de risque que cela implique. La ministre de la Santé devra choisir entre ménager un quarteron de psychiatres aux théories dépassées ou prendre en compte la situation telle qu’elle est, avec les discriminations dont les trans sont victimes, avec la précarité que celles-ci entraînent souvent, avec la prévalence du VIH, qui pour l’heure n’est toujours pas renseignée pour la population trans en France ; preuve que le ministère de la Santé se fiche des trans.

Act Up-Paris exige :

- une étude socio-démographique et épidémiologique de la population trans en France ;
- la formation d’une cohorte pour étudier les spécificités du sida et des autres IST des trans ;
- la dépsychiatrisation des identités trans avec le maintien d’un système solidaire de financement des transitions s’appuyant sur la définition de la santé donnée par l’OMS ;
- le démantèlement des équipes « officielles » et des protocoles et leur remplacement par un système qui respecte la liberté de choisir ses médecins et les choix de la personne quant à sa transition ;
- l’aménagement de l’état civil des personnes trans à la demande, et ce même sans opération de réassignation sexuelle ;
- la publication sans délai du rapport de la HAS.

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