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Aciclovir, Actions, Interactions

publié en ligne : janvier 2009 dans Protocoles 54

Deux articles scientifiques récents montrent que l’aciclovir, utilisé pour traiter l’herpès, aurait aussi un effet sur le VIH. On connaît déjà des liens entre les deux épidémies, l’une nourrissant l’autre en quelque sorte. Cette fois, le lien est au niveau de l’antiviral dirigé contre l’herpès : l’aciclovir agit aussi sur une des enzymes du VIH, la transcriptase inverse.

L’aciclovir, principe actif contenu dans le médicament antiviral Zovirax® utilisé pour traiter l’herpès, n’est pas actif tel quel. Il doit subir des transformations à l’intérieur de la cellule pour être actif contre sa cible qui est nécessaire pour la multiplication du virus – il s’agit d’une ADN polymérase. Cette transformation se fait en deux temps et la première étape s’accomplit sous l’action d’une enzyme spécifique du virus de l’herpès appelée thymidine kinase. Cela permet au passage d’avoir une activité sélective sur les cellules infectées par le virus de l’herpès. Par ailleurs, les propriétés de distribution de l’aciclovir dans l’organisme après avoir avalé le comprimé ne sont pas optimales et une forme légèrement modifiée – une prodrogue – permet d’améliorer cela : il s’agit du valaciclovir ou Zelitrex.

Concernant les virus de l’herpès, c’est un groupe de virus comprenant les Virus Herpès Simplex 1 (HSV-1), Herpès Simplex 2 (HSV-2), le cytomégalovirus (CMV), le virus d’Epstein-Barr (EBV), le Virus du zona et de la Varicelle (VZV), le virus responsable de l’herpès labial (des lèvres) (HHV-1 pour Herpes Human virus génotype 1), de l’herpès sexuel (HHV-2), de la maladie de Kaposi et de Castleman (HHV-8).

Ce que dit la presse

Un premier article paru le 11 septembre dernier dans la revue Cell Host Microbe montre que l’aciclovir ajouté à un tissu d’origine humaine maintenu en culture artificiellement au laboratoire peut empêcher la réplication du VIH. Ceci ne se produit que si le tissu est coinfecté par un virus de l’herpès, et pas en l’absence de ce dernier. Les chercheurs ont alors émis l’hypothèse que la même transformation évoquée ci-dessus, celle qui rend l’aciclovir actif contre l’herpès dans une cellule infectée, pourrait rendre l’aciclovir actif contre le VIH. Leurs travaux montrent que c’est effectivement le cas. Ceci pourrait expliquer en partie le bénéfice observé par un traitement de l’herpès sur l’évolution de l’infection par le VIH et la charge virale correspondante en cas de coinfection. Des études de mécanisme moléculaire plus poussées suggèrent fortement que la cible est la transcriptase inverse du VIH.

Le second article paru le 14 novembre dans une autre revue spécialisée, le Journal of Biological Chemistry, présente aussi des travaux réalisées en dehors de l’organisme, plus précisément sur des cellules humaines en culture, des lymphocytes CD4. Les chercheurs ont traité ces lymphocytes avec de l’aciclovir et ont analysé son influence sur l’infection de celles-ci par le VIH, ajouté lui aussi dans la culture. Comme précédemment, les chercheurs montrent que l’aciclovir agit comme inhibiteur de la transcriptase inverse du VIH. Par contre, cette fois, les lymphocytes CD4 proviennent de donneurs dont on ne sait pas le statut herpétique – coinfectés ou pas ? Les auteurs précisent que l’action de l’aciclovir dans une cellule infectée par le VIH en absence des enzymes des virus de l’herpès est amoindrie, mais pas nulle, car l’aciclovir peut aussi être converti, mais plus lentement.

L’autre information révélée par la seconde étude est que l’aciclovir est aussi capable de produire des mutations de résistance de la transcriptase inverse dans ces cultures cellulaires. Si l’aciclovir n’est pas un inhibiteur puissant de la transcriptase inverse, l’effet observé l’est à des concentrations susceptibles d’être atteintes lors de traitement de l’herpès, du moins temporairement. Cependant, comme le notent les auteurs de l’article, le restant du temps, l’inhibition de la transcriptase inverse serait partielle, une condition favorable à l’émergence de mutations qui pourrait être encore facilitée par le caractère épisodique des traitements de l’herpès. La principale mutation observée – dite V75I – confère une résistance à de nombreux inhibiteurs de la transcriptase inverse.

En tirer quelles conséquences ?

Ces travaux suggèrent donc fortement que l’aciclovir pourrait agir aussi sur la transcriptase inverse du VIH dans l’organisme. Ces informations obtenues sur des cellules en dehors de l’organisme sont certes à mettre au conditionnel pour une extrapolation au corps humain. Néanmoins, cela suggère fortement que des mutations du VIH puissent être sélectionnées au niveau de la transcriptase inverse en cas de traitement de l’herpès par l’aciclovir – ou par sa prodrogue, le valaciclovir – et d’infection par le VIH sans le savoir, ou depuis peu, ou bien en absence de traitement. Faut-il s’alarmer pour autant ? Comme toujours, il s’agit de peser les bénéfices et les risques des traitements. Juguler les crises d’herpès en cas de coinfection est crucial. Il ne s’agit donc pas d’abandonner le traitement. Par contre, il est tout aussi crucial que des études soient engagées pour statuer sur la réalité clinique de l’hypothèse avancée. C’est certainement déjà en cours, mais nous serons très vigilantEs pour nous assurer que cette alerte soit bien relayée par des études cliniques.

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