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Conférence internationale de Mexico

Chroniques de Mexico (4) : scientifique, dit-elle.

publié en ligne : 4 août 2008

Cette journée est un démenti flagrant à celles et ceux qui prétendent qu’Act Up n’est qu’un groupuscule violent qui ne sait faire que des actions et n’a aucune expertise.

Deux sessions le prouvent, toutes deux à 11 heures le matin. Dans la première, consacrée à la participation communautaire dans la recherche clinique sur le VIH , un coordinateur du TRT-5, par ailleurs membre d’Act Up-Paris, présente le travail du groupe interassociatif français sur les essais et le thérapeutique. L’enjeu de cette intervention est important, au vu des attaques de certains activistes sur notre discours et notre expertise scientifiques, ainsi que sur nos positions concernant l’éthique dans les essais cliniques.

On trouvera deux compte-rendus de cettte sessions ici et . Act Up-Paris et le TRT-5 sont des entités bien distinctes. Mais nous en sommes co-fondateurRICEs, et nous ne concevons pas notre travail sur l’activisme thérapeutique sans ce travail inter-associatif. 15 ans de TRT-5 témoignent de la richesse de la collaboration entre les séropos et les chercheurSEs, en France - collaboration qui n’est pas toujours sans conflit.

Au même moment, une session intitulée « Ecoutez nous ! » ouvrait le débat sur « Les stratégies efficaces de plaidoyer ». Travail en réseau des associations sud-africaines, tactique de lobby d’un réseau de sexworkers pour modifier les principes abolitionnistes des recommandations de l’ONUSIDA, combat, à la fois dans la rue et dans les services concernés, des communautés d’usagErEs de drogue ukrainienNEs pour imposer les principes de réduction des risques : des présentations à l’intérêt indéniable se succèdent. Vincent Pelletier, directeur de Aides, développe une argumentation commune à son association et à Act Up-Paris, sur la base du soutien sans faille qu’il nous a accordé l’année dernière alors qu’Abbott portait plainte contre nous. Lors de l’ouverture de la conférence Aids Impact à Marseille, il avait modifié le discours pour évoquer le procès intenté contre nous, la pression scandaleuse que le laboratoire exerçait sur les malades de Thaïlande. Il annonçait qu’il allait demander à son médecin de changer sa thérapie, composée en partie de molécules brevetées par Abbott et proposait à chaque personne sous traitements, sous réserve que son état de santé permettait ce changement, de procéder à la même démarche tant qu’Abbott n’aurait pas retiré sa plainte et levé son blocus contre la Thaïlande.

C’est cette démarche qu’il présentait : puisque l’industrie pharmaceutique ne voit dans les médicaments que des produits de consommation comme les autres, et dans les séropos que de simples consommateurRICEs, alors nous devons agir de même, et utiliser les méthodes de consommateurRICEs pour faire pression sur eux. Le boycott fait partie de ces armes, et nous sommes dans un pays où nous pouvons maintenant l’utiliser dans le cadre du sida - pour peu, évidemment, que l’évolution de l’infection nous laisse le choix des traitements à prendre.

Le format de ces grandes sessions ne laisse malheureusement que peu de place pour les débats avec la salle. Cela est bien dommage, tant pour cette proposition de stratégie que pour le travail des autres présentateurRICEs. Il nous faudra reprendre ces discussions entre activistes rapidement pour voir comment de tels appels à boycott pourraient être utilisés efficacement.

Science et accès aux traitements sont aussi au coeur de deux conférences de presse auxquelles nous assistons. La première est organisée par PSI, Population Services International, une ONG basée à Washington qui finance des programmes de santé dans les PVD : planning familial, prévention du VIH, etc. Elle milite actuellement pour l’extension de programmes de circoncision. Tout le problème est qu’on ne sait jamais s’il s’agit de programmes de recherche, ou de programmes « effectifs » de circoncision. Les intervenantEs sont tellement déterminéEs à bousculer les obstacles à ce qu’ils/elles présentent comme une méthode révolutionnaire qu’ils/elles semblent en oublier toute prudence quand aux connaissances scientifiques actuelles.

Ainsi, le docteur Robert C. Bailey, professeur d’épidémiologie à l’Université d’Illinois, cite les résultats d’une étude qu’il a menée au Kenya et qui prouve qu’il n’y a pas de « risk compensation » [1]. Mais son étude n’a étudié le phénomène que chez les hommes qui ont participé à des essais sur la circoncision, donc dans un contexte où on leur assurait du councelling en matière de prévention. Ce qu’indique cette étude, c’est que les essais au Kenya ont permis aux participants d’accéder à l’information indispensable sur la prévention. Pour promouvoir des programmes de circoncision à grande échelle, il faut bien poser la question du « risk compensation » dans la population générale, et non simplement sur les personnes qui ont été dans un essai. Le docteur Bailey confirme que nous ne disposons d’aucune donnée de ce genre.

De même, personne ne s’interroge sur l’impact sur les femmes. Pourtant, parmi les intervenantEs figure le directeur exécutif de AVAC, Aids Vaccine Advocacy Coalition. Il a participé à une réunion organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé où des militantes afrcaines exprimaient leur inquiétude face à la circoncision, un outil qui, profitant directement aux hommes, risque d’aggraver un peu plus les inégalités de genre face à la prévention. Au lieu d’en faire un compte-rendu, il nous explique que « ce n’est pas parce qu’il y a des questions sans réponse qu’il ne faut pas passer à des programmes de grande échelle. Les réponses arriveront alors. ».

Ce même après-midi, se tient aussi une conférence de presse de l’ANRS avec son directeur, Jean-François Delfraissy et le professeur Benjamin Coriat, professeur en économie de la santé à Paris XIII et présdident de l’AC 27 de l’ANRS. Le titre de l’intervention est : « L’accès universel et gratuit aux traitements contre le VIH : sida en 2010 est-il possible ? » Benjamin Coriat insiste sur une contradiction : d’un côté, l’effort financier qu’accorde la communauté internationale ne cesse de grandir (nous lui faisons remarquer que ce n’est pas vrai pour la France...) ; de l’autre, les pays du sud sont confrontés à une restriction croissante des possibilités de produire ou importer des génériques, notamment des médicaments de seconde ligne.

Nous profitons de l’occasion et de la présence de journaliste françaisEs pour demander confirmation à Jean-François Delfraissy de la baisse des financements de l’ANRS par les pouvoirs publics - notamment la diminution de 1 million à 600 000 euros de la part du Ministère des Affaires Etrangères. Le directeur de l’agence confirme, indique qu’il va se battre pour récupérer cette somme et qu’il a entrepris une politique de diversification des financements en sollicitant des fondations privées. Il en profite pour rappeler l’effort financier que la France accorde à la lutte contre le sida. Le seul problème est qu’il reprend la communication officielle des pouvoirs publics, qui inclut dans cette somme les 150 millions fournis à UNITAID par la taxe sur les billets d’avion. Or, cet argent n’est pas celui de l’aide au développement français. Nous le corrigeons donc, et tous les journalistes sollicitent des explications sur nos calculs qui montrent que la France ne donne que 205 millions d’euros à la lutte contre le sida. Le terrain est prêt pour le début de la campagne « Où est la France ? ».

Notes

[1] C’est à dire de « compensation par le risque » : le bénéfice de la circonsion en matière de réduction des risques pourrait être compensé par un changement de comportement - parce qu’on se croit protégé, on renonce à la capote.



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