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Un intérêt mutuel

publié en ligne : avril 2008 dans Action 112

Le 21 février 2008, Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, écrivait au Premier ministre de Thaïlande pour le menacer, si le pays continuait à émettre des licences obligatoires, comme le lui permet pourtant le droit international, faire sauter des brevets sur des médicaments vitaux, produire ou importer des génériques, moins chers, et soigner plus de malades.

Il nous a été difficile de nous procurer ce courrier, le cabinet du commissaire nous expliquant que sa diffusion était soumise à des « règles de transparence » qui ne nous ont jamais été expliquées. Nous l’avons finalement obtenu. Multi-récidiviste en la matière, Peter Mandelson manie les menaces économiques et les mensonges avec brio. Mais sous le vernis diplomatique, la froide menace et la pure logique de profits sont évidentes pour qui sait lire entre les lignes. Nous traduisons ici des extraits de ce courrier, rajoutant entre crochets ce que Mandelson n’a pas pu écrire pour des raisons de convenance, mais ce qu’il pensait très fort.

« L’Union Européenne et la Thaïlande ont établi depuis longtemps une relation constructive et fructueuse sur les questions commerciales, et je suis sûr que cette relation sera à l’avenir poursuivie dans le même esprit. [Dans le cas contraire, et si vous continuez à porter atteinte aux profits de notre industrie pharmaceutique, nous saurons prendre les mesures de rétorsion qui conviennent.] L’année 2008 sera une année importante pour nos relations commerciales bi-latérales, avec notamment les négociations pour la conclusion de l’accord de libre-échange entre l’Europe et l’ASEAN [négociations qui risquent de TRES mal se passer pour vous, si vous ne nous obéissez pas.]

Je suis ravi de voir que le nouveau gouvernement, dont vous faites partie, entend aborder les problèmes économiques et redorer le blason de la Thaïlande auprès des investisseurs étrangers. C’est en effet un enjeu essentiel pour l’UE, qui est une des plus importantes sources d’investissements directs en Thaïlande. [Si vous n’avez pas compris qu’il s’agit là de menaces et de pressions, je vous le confirme explicitement.] Les investisseurs [dont je défends les intérêts exclusifs, aux dépens des malades de votre pays] ont besoin d’agir dans un contexte sans risque, et défini par la loi [que je ne cesse de contourner pour assurer le profit de mes employeurs réels, les compagnies pharmaceutiques.]

A cet égard, je souhaiterais attirer votre attention sur un sujet qui a éveillé certaines inquiétudes chez les investisseurs européens, notamment dans l’industrie pharmaceutique, qui a beaucoup investi dans la Recherche et le Développement. Cela concerne l’utilisation par la Thaïlande des licences obligatoires.

Je tiens à vous rappeler que l’UE soutient la déclaration de Doha (...), et reconnaît les droits des Etats membres de l’OMC à recourir aux licences obligatoires [du moins tant que ces droits restent sur le papier et ne sont jamais utilisés en pratique. Il faut bien céder aux pressions des associations de malades qui s’imaginent que la vie de millions de gueux nous importe.] Cependant, nous pensons qu’avant de recourir à une mesure aussi exceptionnelle, il faut explorer d’autres moyens pour améliorer l’accès aux médicaments essentiels aux Thaïlandais [puisqu’il faut quand même un peu parler de santé pour rester crédible].

L’UE a déjà encouragé [menacé] le gouvernement d’intérim de Thaïlande pour qu’il engage des discussions avec les détenteurs des brevets car nous croyons qu’un dialogue constructif [où les pays pauvres font tout ce qu’on leur demande] dans le but d’établir un partenariat pour le bénéfice des populations qui en ont besoin [ah ! ah ! ah !] est le moyen le plus prometteur pour assurer l’intérêt mutuel [ah ! ah ! ah ! Bis] des deux parties.

(...) J’ai donc été plutôt surpris d’apprendre que le ministre de la santé sortant aurait annoncé une nouvelle série de licences obligatoires sur de nouveaux médicaments juste avant son départ.

J’apprécierais vraiment que vous révisiez la politique du gouvernement royal de Thaïlande en la matière (...)

[Je sais que la Thaïlande est dans son droit, qu’elle a négocié avec l’industrie pharmaceutique avant de prendre cette décision - ce qu’elle n’est pas tenue de faire selon les accords TRIPS. Je sais que le Parlement européen m’a mandaté, le 12 juillet 2007, pour soutenir les licences obligatoires de façon inconditionnelle. Je sais que mes pressions font crever des malades, et je dors très bien avec. Je n’ai plus qu’un an, avant mon départ, pour ménager les profits de mes réels employeurs. Ne blaguez pas avec moi, vous le regretteriez.]

Je me réjouis d’avance de travailler de façon rapprochée avec vous, sur ces sujets, et sur tout ce qui concerne notre intérêt mutuel. »

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