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Des mesures d’urgence s’imposent

publié en ligne : avril 2008 dans Action 112

D’un côté, le sida précarise ; de l’autre, la précarité expose un peu plus au risque d’une contamination ou d’une aggravation de son état de santé lorsque l’on est porteur du VIH. Dans le cas du sida, la maladie et la précarité se renforcent mutuellement. Cette réalité est aujourd’hui bien documentée et seule une intervention politique d’envergure pourrait briser ce cercle vicieux. Il y a urgence.

VIH et précarité

Aucune autre pathologie grave n’est à ce point associée à une forte dégradation des conditions de vie affectives et sociales. La découverte de la séropositivité s’accompagne souvent d’une perte d’emploi et la maladie contraint dans bien des cas à l’arrêt de l’activité professionnelle (cf. l’article VIH et emploi de ce numéro). Seulement 17 % des personnes séropositives en invalidité sont en mesure de maintenir une activité professionnelle. La plupart des séropositifVEs ne disposent donc que du montant des prestations sociales pour vivre.

Or, dans le meilleur des cas, une pension d’invalidité s’élève à 50 % du salaire moyen des dix meilleures années de cotisation, ce qui représente une très nette diminution des ressources des personnes frappées par la maladie. Le plus souvent, cependant ces personnes ont pour seul revenu l’AAH. Même revalorisé de 5 % par an pendant 5 ans, ce n’est pas assez pour se loger, se soigner et se nourrir.

Compte tenu de leurs faibles revenus, de très nombreuses personnes vivant avec le VIH se retrouvent à la rue ou dans une situation d’hébergement intenable (hôtels sociaux, logements intermédiaires, hébergement chez des personnes à qui il faut cacher sa séropositivité, etc.). La moitié des séropositifVEs vit en Ile-de-France. La situation particulièrement tendue de l’accès au logement en région parisienne a des effets catastrophiques sur la vie des plus démuniEs d’entre nous. Les séropositifVEs sont fréquemment dans l’incapacité de trouver un logement de droit privé dont le loyer soit abordable parce qu’ils et elles vivent de minima sociaux ; mais aussi parce que le parc de logements très sociaux (type Prêts locatifs aidés d’insertion ou PLAI) est très insuffisant. Cette situation les contraint à s’endetter ou conduit à leur expulsion sans autre alternative que la rue. Aujourd’hui 22 % des séropositifVEs sont ainsi dépourvuEs de logement. L’enquête Vespa nous apprend aussi que pour des raisons financières unE séropositifVEs sur cinq ne peut manger de viande ou de poisson qu’une fois tous les deux jours.

L’enquête « Femmes et observance dans le VIH » fournit d’autres informations alarmantes. Agées en moyenne de 39 ans, 58 % des femmes séropositives interrogées vivent seules, 52 % sont sans travail, 42 % sont d’origine étrangère et 36 % d’entre-elles sont en situation de précarité économique. Un tiers de ces femmes sont dépressives et 11 % d’entre-elles ont déjà été hospitalisées dans une unité psychiatrique (contre 2 % pour la population générale) ; enfin 5 % n’ont pas de logement stable.

La précarité anéantit le bénéfice des avancées thérapeutiques. Comment se soigner correctement quand les priorités sont de trouver un endroit pour dormir et de quoi se nourrir ?

Les conséquences d’une mauvaise observance du traitement peuvent être graves pour l’individu et pour la santé publique : aggravation de l’état de santé, prolongation du traitement, majoration du risque de décès, augmentation des risques de transmission et développement de souches multirésistantes. En supposant qu’un traitement approprié a été prescrit, l’observance est l’élément essentiel de sa réussite. Le principal facteur de risque d’une mauvaise observance est l’absence de domicile fixe.

Il est urgent : qu’intervienne une reconnaissance pleine et entière du handicap dans les plus brefs délais ; que les séropositifVEs se voient reconnaître une priorité dans l’attribution des logements sociaux ; que cessent les discriminations qui frappent les séropositifVEs dans leur vie quotidienne, professionnelle et affective.

Une reconnaissance pleine et entière du handicap

Cela implique au premier chef de réformer la loi sur le handicap de 2005 en prenant en compte la situation vécue par les malades atteintEs de pathologies lourdes. Alors que leur état de santé le justifie amplement, de plus en plus de malades se voient arbitrairement refuser l’AAH (628,10 euros) et sont contraintEs de vivre avec le RMI (447,91 euros). Il faut aussi garantir la reconnaissance du handicap pour les malades qui s’engagent dans un projet d’insertion professionnelle et lutter contre la discrimination à l’embauche des personnes vivant avec le VIH. Enfin, il est nécessaire de revaloriser l’AAH au niveau du SMIC. Le niveau actuel de l’AAH - même réévalué de 5 % - se situe en dessous du seuil de pauvreté (817 euros pour la France).

Un droit prioritaire au logement

Il faut garantir la reconnaissance du caractère d’urgence et de priorité pour les personnes séropositives dans l’attribution des logements sociaux, au même titre que l’ensemble des personnes atteintes de pathologies graves, ou en situation de handicap. La grande précarité de nombreuSESx malades et le montant trop faible des prestations du handicap exigent que cette accession au logement soit facilitée. Cette évolution n’est possible qu’en augmentant le nombre de logements sociaux accessibles aux revenus les plus modestes. De plus, l’inexpulsabilité des séropositifVEs devrait être appliquée aussi longtemps qu’aucune proposition de relogement décent adapté à leurs ressources ne leur ait été faite. Enfin il est indispensable d’augmenter considérablement le nombre d’appartements de coordination thérapeutique (ACT).

Nos revendications

- Garantir l’accès à l’assurance pour les personnes présentant un risque aggravé de santé en l’inscrivant dans une loi qui s’impose aux assurances, banques et autres organismes de crédit.
- Inverser la charge de la preuve pour la reconnaissance des discriminations dans le domaine de l’emploi : les personnes victimes de semblables discriminations rencontrent pour l’instant les pires difficultés à les faire reconnaître.
- Mettre en place des contrats de travail autres que précaires pour les handicapéEs, des contrats qui offrent de véritables perspectives.

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