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Dossier Femmes

5 ans de pression

publié en ligne : 6 décembre 2007 dans Action 110

Le 5 novembre 2007 a marqué le 5ème anniversaire de la Loi pour la sécurité intérieure (LSI) et de la lutte contre la chasse aux prostituéEs et pour l’abrogation de l’article 225-10-1 adopté par le Sénat en 2002.

Les associations Cabiria (Lyon) et Grisélidis (Toulouse) viennent de publier un manifeste [1] qui explicitent le rôle qu’elles entendent jouer dans la prévention des IST et du VIH, et les moyens qu’elles se donnent pour y parvenir. Avec ce manifeste [2], l’article 225-10-1 [3] qui prétend protéger les prostituéEs est une nouvelle fois renvoyé à son hypocrisie : aucune augmentation du nombre de condamnation pour traite n’a été constatée et il ne sert en fait qu’à emprisonner les travailleurSEs du sexe, les livrer aux violences policières et les reconduire à la frontière. Cet article de loi rend impossible toutes les stratégies collectives des travailleurSEs du sexe puisqu’il les pousse à la clandestinité et leur oppose la répression. Alors que la LSI prétendait protéger les travailleurSEs du sexe, en réalité elle ne fait que renforcer la précarité des prostituéEs et la stigmatisation liée à leur travail : c’est la loi qui les vulnérabilise ! C’est la loi qui crée le danger, la précarité, et fait ainsi le jeu de l’épidémie.

La situation sanitaire et sociale des prostituéEs est catastrophique. Alors que les préservatifs sont les outils indispensables au travail et pour la prévention du VIH des travaileurSEs du sexe, ils sont confisqués lors des contrôles de police et considérés comme preuve de « racolage passif ». Les gardes à vue sont autant de temps de travail et de pouvoir économique confisqués par les autorités, on y refuse aussi aux prostituées qui le demandent de l’eau, la possibilité d’aller aux toilettes ou leur traitement médical. Revendiquer ses droits, voir unE médecin ou unE avocatE sont des exigences régulièrement rendu impossible par une garde à vue prolongée, ce qui ne manque pas d’en décourager la demande. Dans ce climat de peur, le temps consacré à négocier la nature du service, les pratiques acceptées ou refusées s’est écourté : il faut faire vite, décider à la sauvette et la négociation du préservatif devient du même coup difficile. Depuis que la police a recours systématiquement au témoignage du client à la sortie des camionnettes pour réprimer a posteriori l’acte de prostitution, il est en position de force pour imposer un chantage, des rapports sexuels non protégés, des tarifs de plus en plus bas. QuelLE travailleurSE du sexe irait porter plainte lorsqu’elle risque la prison et quand on sait que de plus en plus, les policierEs refusent d’enregistrer les plaintes pour viols ou agressions des prostituéEs ? Un chantage impossible s’exerce sur les prostituéEs étrangerEs : la possible obtention d’un titre de séjour contre la dénonciation d’unE proxénète se fait sans aucune garantie de protection en contrepartie, et n’est accordée qu’à la condamnation effective dudit proxénète.

Act Up-Paris exige :
- que leurs droits de citoyennes soient appliqués ;
- que cessent les harcèlements financiers, moraux et physiques ;
- que les conditions de sécurité et de dignité d’exercice de leur activité soient rétablies ;
- que les prostituées étrangères ne soient plus la cible d’une politique d’immigration discriminatoire ;
- que la Loi pour la sécurité intérieure doit être abrogée immédiatement.

Notes

[1] « Travail du sexe de rue, chers clients » aux éditions Le Dragon lune

[2] Brochure qui s’inspire de la brochure « travail du sexe, cher client » créé par l’association Stella à Montréal-Québec

[3] Article par lequel le « racolage passif » est réprimé par deux mois de prison et 3 750 € d’amende, et du retrait de la carte ou titre de séjour pour les travailleuSEs étrangères.

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