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Gouvernement

5 ans de droite et pourtant, il faut vivre, et lutter

publié en ligne : juillet 2007 dans Action 108

Pendant la campagne présidentielle, nous l’avons martelé : « Sarkozy président : nous n’y survivrons pas ». Élu pour 5 ans, et même si les législatives ont évité qu’un blanc-seing absolu ne lui soit accordé, le nouveau président dispose d’une majorité suffisamment confortable pour mettre en place le pire, à commencer par la nouvelle taxe sur les soins. Il nous faut maintenant survivre, et, au-delà de l’indispensable dénonciation, trouver le moyen de protéger et d’imposer de nouveaux droits des malades. Etat des lieux et de la marge de manoeuvre, étroite, dont nous disposons.

Pour Nicolas Sarkozy, ni le sida, ni la santé ne sont des priorités.

Durant sa campagne, le nouveau Président de la République n’a pas parlé du sida. Maintenant qu’il est président, il annonce comme priorité « la lutte contre le cancer et la maladie d’Alzheimer », soi-disant financée par les ressources des nouvelles franchises sur les soins (entretien sur TF1, jeudi 20 juin 2007). Mais les personnes atteintes de cancer ou d’Alzheimer, comme les séropos, seront les plus pénalisées par la mise en place des franchises sur les soins. On les imagine donc heureuses de savoir qu’elles vont avoir à payer plus que les personnes en bonne santé pour financer la lutte contre les maladies dont elles sont atteintes ! C’est la solidarité sanitaire sarkozyste. Mais on se demande toujours pourquoi faire de ces deux maladies des priorités, pourquoi pas les ACV, la mucovicidose, les affections orphelines ou... le sida ? L’affichage de « priorités de santé » est surtout là pour faire passer la pilule de la nouvelle taxe et masquer l’absence d’une politique de santé globale.

A l’international : le G8 trahit, Nicolas Sarkozy impuissant.

Malgré les promesses faites aux associations, le nouveau président n’a pas su empêcher ses homologues du G8 de revenir sur les promesses faites en 2005 d’un accès effectivement universel aux traitements. Avant la réunion des dirigeantEs du G8, Nicolas Sarkozy s’engageait solennellement devant les ONG réunies à l’Elysée, à proposer durant le sommet d’Heiligendamm de résoudre une fois pour toutes le problème du sous-financement de la lutte contre le sida par les pays riches. Il acceptait d’obtenir de ses homologues qu’ils et elles se répartissent enfin clairement la quote-part financière de chacunE pour assurer un accès réellement universel aux traitements. Nous avons pris cette promesse au sérieux. Après tout, l’international est le domaine où Nicolas Sarkozy a le plus à prouver, puisqu’il s’agit d’un tout nouveau terrain pour lui. Se positionner comme un nouveau leader de l’accès aux traitements aurait été pour lui l’occasion de modifier positivement son image. Au cours du sommet du G8, il n’y a eu aucune avancée sur la répartition. Pire, l’accès universel a été remis en cause. Nicolas Sarkozy s’est avéré impuissant. Le sida tue 10 000 personnes par jour. Nicolas Sarkozy doit maintenant mieux faire qu’au G8, et passer des paroles aux actes. Faute de quoi, son engagement sur la question ne vaudront pas mieux que ceux de Jacques Chirac.

Un gouvernement « d’ouverture » : quel pouvoir réel ?

A quoi sert de mimer l’ouverture et inviter des gens supposément de gauche dans un gouvernement de droite si le Président a déjà décidé que toutes ses réformes passeraient en l’état et s’il fait le choix de suivre les dossiers à la place de ses ministres ? Entre concentration des pouvoirs et ouverture, Nicolas Sarkozy a visiblement choisi. Et que peut bien vouloir dire une « ouverture » à des personnes de gauche quand la dénomination même des ministères et les mandats accordés à celles et ceux qui les occupent affiche au contraire l’idéologie de la droite la plus libérale et la plus extrême, extrêmement dangereuse pour les malades du sida ? Ainsi le ministère des Affaires Etrangères (MAE) est-il occupé aujourd’hui par Bernard Kouchner, homme de gauche. Mais on lui a retiré le droit d’asile attribué au nouveau ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, à l’intitulé ouvertement xénophobe, qui hérite aussi du service du MAE en charge du codéveloppement. Qu’en déduire, si ce n’est que l’aide aux pays en aura dorénavant pour prisme principal la lutte contre l’immigration ? « La France donne x euros pour l’accès aux traitements au Cameroun, donc les camerounaisES malades résidantEs en France n’ont plus besoin d’un titre de séjour pour soins et doivent partir. » Vu les priorités affichées par Brice Hortefeux - faire du chiffre en matière d’expulsions, désigner les étrangerEs sans papiers comme responsables des menaces pesant sur l’identité française - une telle hypothèse est plus que probable. Si la logique qui préside à la nouvelle structure gouvernementale n’est pas celle-là, Brice Hortefeux doit rapidement nous rassurer et prendre des engagements à ce sujet. De même, Bernard Kouchner doit nous prouver que son pouvoir budgétaire est réel, en particulier dans le cadre de la lutte contre le sida dans les pays du Sud.

Santé, jeunesse et sport : tout est bon dans le cochon.

C’est bien connu : le sport, c’est la santé, et la jeunesse, c’est la vigueur. La sagesse populaire vaut affichage politique. Et puisqu’il faut une équipe serrée, nous aurons donc un ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Vous en reprendrez bien une louche. Une telle démagogie ferait rire si elle ne témoignait pas d’une conception des plus inquiétantes de la santé publique, dont on peut ainsi brader la spécificité à peu de frais. On serait par ailleurs un peu plus rassuréE si nous avions aux commandes une personne connue pour sa rigueur, sa fermeté et sa capacité à faire de la santé une priorité. En la matière, Roselyne Bachelot a tout à prouver. Elle n’en prend pas le chemin. Ainsi, un mois après sa nomination, elle n’avait toujours pas reçu les associations de malades, mais trouvait le temps d’accompagner le premier Ministre dans une petite virée à 240 km/h sur la piste des 24 heures du Mans.

Contrôle et économies : mourir plutôt que coûter.

Soyons honnêtes : il arrive à Roselyne Bachelot de parler santé... pour dire que les malades coûtent trop cher et pour soutenir les « franchises » ou la réduction du périmètre de remboursement à 100 %. Ce fut le cas le 27 mai, sur Europe 1. Elle défend la « responsabilisation » des malades. Pour la ministre de la Santé, les malades sont donc des dépensierEs irresponsables. Leur faire payer les premiers euros des examens, des hospitalisations, des consultations et des médicaments devrait les amener à être plus « responsables ». Cela va surtout amener les plus précaires à moins bien se soigner, mais la ministre des Sports n’est pas capable d’en parler. Elle évoque la possibilité d’exonérations de ces nouvelles taxes « au cas par cas », indiquant donc que son rôle dans cette affaire se cantonnera, non pas à défendre les malades, mais à les pousser à la concurrence et à créer de l’arbitraire. Comme si cela ne suffisait pas, elle annonce « un renforcement des outils de maîtrise médicalisée », notamment dans le cadre des affections longue durée. Bref, sa seule préoccupation, c’est le contrôle des dépenses. Elle est en ce sens cohérente avec la restructuration de son portefeuille : la question des comptes de la Sécurité sociale a en effet été retirée de ses attributions pour être intégrée au ministère du Budget. La santé est avant tout une affaire d’écononomies, où la ministre de la Jeunesse devra se contenter de hocher la tête. Si tel n’est pas le cas, Roselyne Bachelot doit nous recevoir au plus vite pour indiquer comment elle entend défendre les intérêts des malades face au démantèlement de la Sécurité sociale. Sans parler de tous les aspects de la lutte contre le sida dont elle n’a toujours pas parlé, comme la prévention ou les soins en prison.

La prime à l’homophobie et la transphobie

Détester les LGBT est un bon moyen pour réussir à l’UMP. Christine Boutin, conseillère de campagne de Nicolas Sarkozy, est maintenant Ministre. Christian Vanneste est réélu avec le soutien de l’UMP, notamment celui du premier Ministre François Fillon. Celui-ci devra s’en expliquer et réfléchir à ses responsabilités en matière de banalisation de la haine, notamment à chaque fois qu’un pédé, une gouine ou unE trans se fera agresser par des gens qui, comme Christian Vanneste, les jugeront inférieurEs. 132 députéEs membres de l’Entente parlementaire contre les droits des homosexuelLEs et pour le droit d’être homophobe ont été rééluEs. Bienvenue dans le pays de Sarkozy.



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