Accueil du site > Prévention > L’inertie de Bayrou : un cas d’école

zapping > act up dans la rue

L’inertie de Bayrou : un cas d’école

publié en ligne : juin 1997 — publié la première fois : décembre 1995 dans Action 36

François Bayrou ne fait plus de déplacement extérieur sans demander auparavant si Act Up est là. Cette peur légitime de se retrouver devant un militant lui faut déployer des trésors d’ingéniosité pour nous éviter. Act Up-Paris n’avait donc pas d’autre choix que d’aller chez lui. Avec discrétion, mercredi 25 novembre, une bonne vingtaine de militants a réussi à entrer dans la cour de son hôtel particulier, juste à côté du ministère de l’Education nationale, un quartier pourtant très fliqué, surtout en ces temps de Vigipirate. C’est donc à 5 heures du matin qu’un concert de cornes de brume et de sifflets a réveillé le ministre et sa famille.

Objectif : dénoncer le retard énorme pris par la France en matière de prévention du sida dans les établissements scolaires. Et faire réagir Bayrou. Pour l’instant seules Colette Codaccioni et Elisabeth Hubert ont réagi : en se moquant de Bayrou lors de son arrivé au Conseil des ministres. Ah, la solidarité gouvernementale ! La courte nuit du ministre de l’Education nationale lui a valu d’être la risée de ses ex-collègues. Mais sur le front du sida, il ne fait rien. Un cas d’école

Pourtant, selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, depuis le début du sida en France, 24,7% des sidéens ont entre 15 et 29 ans. En tenant compte du temps de séropositivité, on peut établir que près d’un quart des personnes atteintes de sida en France ont contracté le VIH alors qu’elles étaient en âge d’être au lycée ou dans un cycle d’enseignement supérieur.

Sida Info Service, dans son bilan des appels de décembre 1994, nous apprend que les jeunes de moins de 20 ans représentent 27% des appels. Une enquête de J.P. Moatti, CNRS, nous apprend que 84 % des jeunes scolarisés veulent recevoir une information sur le sida et 68 % sur le corps et les relations sexuelles. Enfin, 70 % des adultes ayant des enfants en âge scolaire se déclarent favorables à une prévention du sida avant et pendant le second cycle.

Même l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans une circulaire du 30-11-93, indique que la prévention dans les établissements scolaires doit être une priorité pour tous les pays. L’OMS ajoute que faire de la prévention sida et parler de la sexualité n’abaisse pas l’âge des premiers rapports sexuels, au contraire. À ce titre, une enquête anglaise (School sex education : an experimental programme with educational & medical benefit) sur les comportements sexuels montre que l’éducation sexuelle reçue à l’école n’a pas influencé l’âge des premières relations sexuelles. Une seconde étude, toujours anglaise (Provision of sex education and early sexual experience), établit de surcroît qu’un programme intensif d’éducation sexuelle a transformé les attitudes des adolescents à l’égard de la sexualité et diminué l’activité sexuelle avant 16 ans. Très franchement, on est loin de l’incitation à la débauche tant redoutée par les associations catholiques ou familialistes, proches du Vatican ou de la secte Moon.

Face à ces arguments, François Bayrou bafouille. Il n’existe toujours pas de plan national de lutte contre le sida à l’Education Nationale. A ce jour, le ministère n’a procédé qu’à un saupoudrage : plan indigent de formation des personnels, film vidéo catastrophique (seules 4 secondes sur 27 minutes sont consacrées à la toxicomanie et aux risques de transmission qui y sont liés ; aucune allusion à l’homosexualité ; des propos consternants sur la sexualité féminine ; etc.), toujours pas de décret instituant la pose systématique de distributeur de kit de prévention (préservatif et lubrifiant) dans les lycées et collèges, etc.

Le ministre de l’Education nationale est une citadelle de l’administration : il faut une véritable mobilisation pour venir à bout des archaïsmes qui règnent là. C’est pour cela qu’Act Up, à travers la commission Prévention et le dossier Education nationale, a tenu à réunir l’ensemble des syndicats d’enseignement mais aussi d’infirmières et d’assistantes sociales de l’Education Nationale. De cette réunion est ressorti un accord sans compromis sur les exigences à défendre face au ministère. Il ne nous reste plus qu’à mettre au point les dernières revendications concernant les malades et les séropositifs de l’Education nationale (qu’ils soient membres du personnel, étudiants, ou élèves) et le ministre devra bien se tenir. Ou plutôt, il devra agir.

[ réalisé avec SPIP | À propos de ce site | fil RSS ]