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Deux heures de sida en plus

publié en ligne : juin 1996 dans Action 40

Depuis 3 ans, Act Up-Paris exigeait que soit réactualisée la circulaire 73.299 (datant de 1973) sur l’éducation à la sexualité, pour inclure la prévention du sida.

Depuis 3 ans, M. Bayrou refusait de signer une circulaire instituant 2 heures de prévention du sida en milieu scolaire.

Depuis le 25 avril 1996 la refonte de la circulaire 73.299 incluant 2 heures de prévention du sida en milieu scolaire est parue au Bulletin Officiel de l’Education nationale, n° 96.100, sous le titre « Prévention du sida en milieu scolaire : éducation à la sexualité ».

Ces nouvelles dispositions ne nous satisfont pas pour autant. Alors qu’il aura fallut 15 ans aux différents ministres de l’Education nationale pour daigner prendre en compte les problèmes liés au sida en milieu scolaire, cette circulaire ne permet pas de combler le retard accumulé. En réalité elle l’accentue. Si cette circulaire attribue enfin des heures spécifiques à l’éducation à la sexualité, elle reste dans ses horaires, ses contenus et sa structure au mieux inefficace, au pire dangereuse.

En effet, cette circulaire institue 2 heures d’éducation à la sexualité par an en 4ème et 3ème de collèges et 4ème et 3ème technologiques des lycées professionnels. Rien de prévu en primaire, ni en lycée. Soit au total 4 heures pour toute une scolarité. C’est ce que le ministère appelle « un projet éducatif à long terme ». Le ministère reprend des termes tout droit sortis du discours d’Act Up tel que « urgence », « problème majeur de santé publique », mais il est incapable de prendre en compte les mesures qui s’imposent.

Le ministère continue de parler à plusieurs reprises de « comportements à risques ». Cela permet donc au ministère de faire la distinction entre différents « comportements sexuels variés » (en clair hétéro et homo), dont l’un ne peut être que « toléré » et en aucun cas « encouragé »...

Cette rhétorique témoigne encore du préjugé selon lequel faire de la prévention sida et de l’éducation aux sexualités pousseraient les adolescents au dévergondage sexuel, abaisserait l’âge des premiers rapports sexuels et parler d’homosexualité rendrait les élèves homosexuels. Or, tous ces préjugés ont été dénoncés par un rapport de l’OMS en 1993 sur l’éducation sexuelle et la prévention sida en milieu scolaire.

De plus, cette circulaire sur l’éducation sexuelle se vante d’être « la contribution propre de l’Education nationale à la prévention du sida » excluant de fait toute prise en compte des risques liés à la toxicomanie par voie intraveineuse. L’Education nationale est incapable de lier avec cohérence les différents axes de la prévention du sida.

La structure censée mettre en place la prévention est répartie en 3 pôles : bio/géologie, biotechnologie et sciences économiques et sociales. Les professeurs des autres disciplines étant libres de parler ou non du sida.

Les fameuses 2 heures annuelles sont censées compléter et relier les 2 premiers pôles.

Un des seuls points intéressant se situe dans la création d’équipes pédagogiques pluridisciplinaires devant prendre en charge les interventions pendant ces 2 heures. Ces différentes personnes devront suivre des stages de formations continue sur le sujet. Mais d’une part, les rectorats voient fondre l’enveloppe budgétaire destinée à la mise en place de ces stages et d’autre part ces stages durent la plupart du temps moins d’une semaine, parfois répartie sur plusieurs mois.

Il apparaît donc que ces nouvelles dispositions témoignent du retard pris dans ce domaine par M. Bayrou. Les différentes mesures annoncées sont ridiculement insuffisantes au regard de la gravité et de l’importance de l’épidémie. Le ministère se donne bonne conscience en n’instituant que 2 heures symboliques par an de prévention du sida et d’éducation à la sexualité. Cette circulaire est d’autant plus éloignée des réalités qu’elle occulte totalement l’homosexualité et la toxicomanie. Sous couvert d’affirmer le droit à la sexualité, elle encourage de manière sournoise toutes les discriminations fondées sur les pratiques sexuelles.

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