Toronto

L’internationale HSH

publié en ligne : novembre 2006 dans Action 104

Confrontés à une épidémie galopante chez les gays dans l’ensemble du monde, une pré conférence sur les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et le VIH débouche sur la création d’un forum global pour les droits des gays.

Les persécutions, torture et meurtres, et les politiques criminelles qui discriminent les homosexuelLEs dans de nombreux pays du monde sont directement responsables de la propagation de l’épidémie de sida dans cette population. Face à cette situation, un symposium portant sur le VIH et les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) a été organisé dans le cadre de la conférence de Toronto sous le titre : Advancing a Global Agenda for Gay Men and Other Men who have Sex with Men. Financé par l’Onusida, Alliance et les pouvoirs publics canadiens et organisé par de nombreuses associations comme Action Sero-Zero, ACT, l’ICASO et GNP+, l’événement a réuni près de 300 personnes du monde entier avec la volonté de mettre sur pied un agenda global pour lutter contre cet état de fait.

La première journée de cette rencontre était consacrée à des présentations générales sur la situation des gays face au sida. Rien qu’on ne savait déjà : triste constat d’une épidémie galopante chez les gays à travers le monde et multiples discriminations dont ils sont victimes dans de nombreux pays. Le nombre de pédés séropositifs augmente dans la plupart des pays occidentaux et le sida continue d’interroger notre rapport les uns aux autres et notre capacité à nous organiser pour faire face. Encore aujourd’hui, dans plusieurs régions du monde et notamment dans la plupart des pays en développement, le contexte politique qui criminalise et stigmatise les relations homosexuelles constitue le principal frein pour le financement de programmes de prévention et de soins spécialement adressés aux HSH et ne permet souvent pas d’obtenir des données fiables sur la réalité de l’épidémie dans la population gay ou bisexuelle et trans.

Un rapport présenté à la conférence de Toronto par TREAT Asia indique par exemple que dans certains pays la prévalence (le nombre de personnes contaminées dans une population) excède 25 % dans cette population. D’autres études menées en Amérique Latine ou dans les Caraïbes suggèrent quant à elle des taux de prévalence situés entre 10 % et 20 %. Les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes et les trans’ restent dans le monde entier les populations où la séroprévalence est la plus élevée.

Certaines villes se battent pour les Jeux olympiques, d’autres accueillent les Conférences mondiales de lutte contre le sida. Au cours de cette rencontre, le Mexique a particulièrement été mis à l’honneur car Mexico doit accueillir la prochaine Conférence mondiale de lutte contre le sida. La situation de ce pays est particulièrement intéressante car c’est l’un des rares pays d’Amérique latine pour lequel on dispose d’indications relativement fiables sur des contaminations par voie homosexuelle. Comme dans de nombreux pays, on ne dispose pas de ces données car la question n’est même pas adressée lors du recueil épidémiologique ou plus simplement parce que les rapports homosexuels y sont stigmatisés ou interdits. Le directeur de la lutte contre le sida mexicain est gay, il plaide pour qu’une session plénière soit consacrée à la question des MSM lors de la prochaine conférence mondiale de lutte contre le sida.

Vingt-cinq ans après le début de l’épidémie, la lutte contre le sida reste aussi instamment liée aux droits des minorités, les femmes, les usagèrEs de drogues, les gays, les trans’, etc. et cette question doit toujours figurer en haut de l’agenda de la lutte contre le sida. Il est intolérable que l’accès à la prévention dans le monde soit aussi insuffisante. Le silence et l’invisibilité sont un cocktail fatal qui conduit toutes les minorités à être disproportionnellement touchées par l’épidémie à travers le monde. Comme avec la répression de la toxicomanie et le refus de mettre en place des programmes d’échange de seringues et de substitution, on ne peut accepter que l’on continue de reproduire partout les mêmes erreurs criminelles depuis le début de l’épidémie et plus particulièrement envers les gays.

Cette situation internationale ne dédouane pas les gays occidentaux de leur incapacité actuelle à faire face une épidémie devenue endémique. C’est presque un paradoxe : comment prétendre vouloir aider les pays en développement sur le terrain des droits et de la lutte contre le sida quand nous ne sommes même plus capables de nous respecter entre nous, d’affronter la question du stigma ou du rapport entre les séropos et les séronegs.

Lors de la session de clôture, le directeur exécutif de l’Onusida, Peter Piot a assuré le soutien de son organisation dans la mise en place d’un agenda global pour lutter contre le sida chez les gays qui comprend la lutte pour l’égalité des droits. Il faut espérer que l’Onusida sera plus efficace qu’elle ne l’a été jusqu’à présent sur la promesse d’un accès universel aux traitements. La déclaration finale présentée à l’issue de la rencontre propose la création d’un forum global qui devrait permettre de rassembler les gays et les autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes du Nord et du Sud pour coordonner une réponse globale face à l’épidémie de sida chez les gays, les bi et les trans’. Ce forum global devrait soutenir les efforts individuels et des organisations de toutes les régions du monde par la mise sur pied d’une solidarité internationale pour mobiliser les ressources existantes et faire pression sur les gouvernements et les personnalités publiques internationales afin d’augmenter les financements pour la lutte contre le sida en direction des homos et pour défendre leurs droits.

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