150 000 séropositifs au VHC

silence = mort

publié en ligne : octobre 1999 dans Action 63

L’échappement thérapeutique qui touche environ 8 000 séropositifs au VIH en France, ou les 6 000 nouvelles contaminations en 1998, ne semblent pas suffisants pour persuader les pouvoirs publics à renoncer au scénario de fin d’épidémie et de baisse des crédits.

Aucun moyen ne sont prévu pour prendre en charge les 150 000 séropositifs au VHC qui connaîtront des complications de leur état sous peu.

La nouvelle épidémie d’hépatite C, annoncée depuis 1997, semble plus importante que prévu ; ce alors que l’épidémie de sida est toujours lourdement d’actualité. En 1997, une étude de prévision épidémiologique prévoyait un pic de contamination pour 2005 avec 500 000 personnes infectées, dont 30% environ subiraient des complications aggravantes. C’est sur cette base que nous avions rencontré Bertrand Sachs, chef de projet VHC à la DGS, en mars dernier.

Le 6 mai 1999, le CRIPS organisait une rencontre sur la prévention des hépatites, à laquelle étaient invités différents spécialistes ; les résumés sont publiés dans sa Lettre d’Information n° 51 de septembre 1999.

Les chiffres sont consternants. Le taux de 500 000 contaminations prévu pour 2005 semblait d’ores et déjà atteint au printemps 1999 ; les toutes dernières données annoncent 700 000 séropositifs à l’hépatite C.

Le tableau ci-dessous, publié dans la Lettre du CRIPS, fait un pré-bilan non exhaustif concernant la population co-infectée VIH et VHC par mode de contamination. Il a été établi à partir de données récentes de la Direction des Hôpitaux, du DMI 2 (base de données épidémiologiques de tous les séropositifs VIH sous traitement antiviral, suivis en hôpitaux ou par des réseaux de médecins). Ces différentes informations nous permettent aujourd’hui de faire le point :

- 1/ En 1998, le mode de contamination principal du VHC a changé. Ce sont maintenant les usagers de drogues par injection et par snif, qui sont surtout touchés, et non plus les hémophiles. Or, aujourd’hui, nous nous retrouvons face à des spécialistes, les hépatologues, dont certains ont jugé prudent, dans les conclusions de la Conférence de Consensus sur l’hépatite C, de ne pas recommander de traitements aux toxicomanes, alcooliques et autres coinfectés. Il serait temps que les spécialistes du sida expliquent aux spécialistes des hépatites les enjeux en matière d’épidémie.

Conclusion : si vous êtes coinfectés, refusez le scénario “ on s’occupe du sida d’abord ” et ne vous résignez pas face au “ dialogue difficile ” entre spécialistes. Seule une biopsie du foie permet un diagnostic réel pour les hépatites, exigez-la - RÉAGISSEZ [1] !

- 2/ Depuis l’année dernière, les CDAG ont proposé en même temps que le dépistage du VIH de faire celui du VHC et des autres hépatites.

Dans ce tableau, nous constatons que même chez les séropositifs sous traitement, suivis médicalement, seulement 50% ont fait un dépistage de l’hépatite C. On peut comprendre qu’à une époque, il était préférable de s’occuper d’abord du sida, attendant pour le reste les progrès de la recherche. Aujourd’hui, nous savons qu’il est indispensable de savoir si l’on est porteur d’une ou plusieurs hépatites, notamment afin de prescrire un traitement antiviral le moins hépatotoxique possible. Le médecin a la possibilité d’adapter tous les traitements, antiviraux et autres.

Conclusion : les CDAG peuvent vous dépister gratuitement pour les hépatites A, B et C. Faites vous dépister pour toutes les hépatites, surtout si vous êtes déjà séropositif au VIH - DÈS AUJOURD’HUI [2].

- 3/ Tous modes de contamination confondus, le taux de coinfectés est aujourd’hui de 15,8 % et non plus de 9 % comme la DGS nous l’avait annoncé. Parmi les personnes dépistées pour les deux virus, le taux de coinfectés représente en fait 31%. La seule possibilité d’évaluer le nombre de coinfectés VIH-VHC serait donc de rapporter le taux de prévalence de 31% à l’ensemble de la population infectée par le VIH, ce qui nous conduirait à un chiffre de 30 000 coinfectés.

Conclusion : ne faites plus l’impasse des tests pour éviter une autre mauvaise nouvelle. Les effets secondaires dus à l’hépatotoxicité de certains traitements sont lourds. Il existe des hépatites médicamenteuses - FAITES ATTENTION.

- 4/ Le plus grave reste encore le point de vue en matière de prévention des hépatites de Bertrand Sachs - chef de projet VHC à la Direction Générale de la Santé - que l’on peut lire à la dernière page de la Lettre du CRIPS : “ L’information ne doit pas être étendue au grand public, le risque d’effets pervers étant supérieur au bénéfice, du fait du risque de mauvaise compréhension ”.

Bertrand Sachs est-il prêt à endosser la responsabilité des centaines de milliers de contaminations et de morts ?

En matière de communication le silence et l’oubli ne sont plus de rigueur à l’aube d’une deuxième épidémie dont nous serons une fois de plus les premières victimes.

Rappel au hépatologues :
La prise en charge des personnes coinfectées VIH et VHC impose un véritable travail en équipe des différents médecins qui les suivent, étant donné la complexité de chacune des deux pathologies, les nombreux niveaux d’interactions possibles et la rapidité de réponse nécessaire face à des symptômes de plus en plus délicats à déceler. Chaque spécialiste doit s’investir pour faire l’interface avec le patient, sans pour autant privilégier sa spécialité. Seul un dialogue peut permettre une meilleure compliance. Tous les médecins se doivent de :
- partager le pouvoir de décision avec le patient, s’y adapter et s’y tenir,
- défendre les choix du patient lors des réunions interdisciplinaires,
- être vigilant sur la bonne circulation de toutes les informations,
- suivre une formation permanente en liaison avec les recherches en cours.

Notes

[1] En tant qu’homosexuel(le)s - usager(e)s de drogue - étranger(e)s sans papiers et séropositifs coinfecté(e)s, nous préférons largement ne pas avoir à négocier avec un médecin traitant qui en 1999 n’a toujours pas compris ce que 10 ans de lutte contre le sida ont démontré. Nous n’avons ni à subir les conséquences de cette surdité, ni à attendre qu’ils apprennent. Si vous rencontrez des “ problèmes d’exclusion ” ou de refus de dialogue avec un médecin, sachez qu’il y en a d’autres, plus compétents, pour qui le serment d’Hypocrate ne dépend pas du Ministère de l’Intérieur.

[2] A la suite de la publication de cet article, nous avons appris que cette information était erronée

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