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Mon spot est plus joli que le tien.

publié en ligne : juillet 1997 — publié la première fois : janvier 1995 dans Action 29

Le 28.11.94 : cocktail-conférence de presse sida. Simone Veil est là, avec, dans l’ordre, son incompétence, son tailleur Chanel, sa mauvaise foi, son ministre délégué - Douste-Blazy - et ses conseillers cire-pompes. 20 mois de silence gouvernemental sur la prévention prennent fin. L’Incompétente et le Beau Parleur s’expriment : « J’ai souhaité réaffirmer le rôle de l’Etat dans la lutte contre le sida, en rappelant qu’elle constitue une priorité de santé publique ». Ca commence très mal : un spot où rien n’est ni visible ni dit et une page dans la presse quotidienne nationale où le scandaleux voisine l’invraisemblable. Le tout pour 3,5 MF en quelques jours de pré-campagne (première salve pour le 1er décembre, le solde se chiffrant à 40 MF), jetés par les fenêtres au vu de la pertinence de leur non-stratégie.

L’Etat s’engage et s’explique : « Parce qu’il (le sida) concerne tout le monde. Et c’est parce qu’il concerne tout le monde qu’il concerne l’Etat ». C’est bien vrai. Lorsque le sida ne concernait que les pédés, les toxicomanes, les prisonniers... il n’y avait aucune raison pour que l’Etat s’engage. Entre-temps, avant que l’Etat ne se sente concerné : 40 000 cas de sida au bas mot, plus de 25 000 morts, 330 000 séropositifs ! Mais quels morts ? Quels malades ? Quels séropositifs ? Miss Veil nous balance à la figure un discours d’autosatisfaction et, au détour d’une phrase, mépris et ignorance surgissent du bois : « (...) en n’hésitant pas à rappeler que la fidélité est le premier moyen de prévention ». Mais pour qui ? L’adolescent qui vit des fidélités successives ? Le séropo qui ne veut pas contaminer son partenaire ? Quelle ignorance de la sexualité, quel mépris pour les personnes malades ou séropositives !

Passons sur les démêlés de Catherine Boiteux-Pelletier (chargée de la communication du ministère) avec les agences de la communication dont se gausse tout le milieu de la pub. Passons sur le cocktail très parisien qui suivait. Passons sur la récupération par le gouvernement du dynamisme des associations de lutte contre le sida. Mais nous ne pouvons passer sur l’absence de volonté et de courage politique de Mme Veil. Elle se pose encore des problèmes de morale, brandit encore la peur de stigmatiser alors que c’est l’ignorance et l’exclusion qui stigmatisent. La scandaleuse absence de réels moyens empêche la prévention ciblée d’utiliser la télévision pour ses messages. Le sida en termes de budget est loin d’être une priorité ! Les promesses en l’air en matière de santé coûteront encore cher et seront lourdes de conséquences. Manquent toujours les campagnes de prévention en milieu scolaire : faute d’une réelle volonté politique, aucun contact concret n’est possible entre la Santé et l’Education Nationale (Bayrou a trop peur des ligues de vertus !), les ministères préférant se tirer dans les pattes, plutôt que de prendre la lutte contre la maladie à bras le corps. Prévention zéro, pas de coopération inter-ministérielle, l’incurie au service de l’explosion de la maladie ! Bref une campagne affligeante de nullité : rien pour les écoles, les femmes, les étrangers vivants en France, les prisonniers, les sourds, les aveugles, les handicapés mentaux, etc...

À force de s’entendre dire que les campagnes de prévention ou de sensibilisation englobaient les seules voies explorables (« on ne peut pas montrer grand chose en 40 secondes, il ne faut pas choquer... etc... »). Act Up a tenu à démontrer le contraire. Une réponse adéquate aux propos consternants et aux esprits chagrins. Résultat : deux spots explicites, beaux (l’un NB, l’autre en couleur, une vraie réalisation, un rythme échevelé, des sous-titres), tout-à-fait dans l’esprit Act Up-Paris, diffusés début décembre sur Canal + (Nulle Part Ailleurs) et sur M6 (Culture Pub). Ils seront visibles au cinéma tout au long de l’année. Le premier met en scène une table autour de laquelle sont réunis des amis en tous genres (pédés, goudous, hétéros, sourds...), au fil des années, macabre décompte, la table se dépeuple, les mines se figent, jusqu’à se trouver face à une table vide... Tout sauf une allégorie, un spot qu’on reçoit violemment, en pleine gueule, où tombe finalement, comme un couperet, le logo d’Act Up et un « et vous que faites-vous ? ». Le second, endiablé, montre des « scènes de la vie quotidienne » (« cet homme fait une fellation à un homme - cet homme et cette femme pratiquent un coït vaginal - ces deux femmes pratiquent un cunnilingus - ces toxicomanes se font une injection », etc), avec capote, digue dentaire (carré de latex) et seringue propre, concluant que toutes ces pratiques peuvent être effectuées sans risque de transmission du VIH (mais « la loi nous interdit d’en montrer plus » : Act Up n’oublie pas la politique). Ca a l’air tout simple... mais aucun gouvernement n’a jamais rien fait de tel ! Mieux encore : notre contre-campagne semble répondre point par point à celle de l’état.

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