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sida : la taxe ne répond pas à l’urgence

publié en ligne : 24 novembre 2005

Jacques Chirac a annoncé le 29 août dernier son intention de taxer les billets d’avion en France afin de financer l’accès aux traitements du sida, de la tuberculose et du paludisme dans les pays en développement. Pour justifiée et intéressante que soit cette mesure, elle ne reste qu’un moyen au service de fins : celles du plein financement du plan mondial de contrôle de la pandémie établi en 2001. Du point de vue des malades, qu’importe que l’on taxe les billets d’avion si cela ne doit rien changer au fait que les pays riches ne tiennent pas leurs promesses financières.

En 2001 les gouvernements du monde entier s’étaient engagés sur un plan mondial de contrôle de la pandémie (Déclaration d’Engagement des Nations Unies contre le VIH/sida, 27 juin 2001). Ce plan mondial contenait entre autres un engagement à payer le coût des actions prévues : 10 milliards de dollars par an avant 2005. On en est bien loin (entre 6 et 8 milliards, selon l’ONU). Pis, comme ces sommes ne furent pas versées en 2002, 2003 et 2004, l’épidémie a continué de s’accélérer, si bien qu’aujourd’hui ce sont au au final non plus 10 mais 12 milliards qui sont nécessaires pour 2005, 15 milliards pour 2006, 18 milliards pour 2007, et 22 milliards pour 2008 (ONU).

La mise en place d’une taxe de solidarité sur les billets d’avions, même si elle est probablement essentielle à moyen et à long terme, ne constitue malheureusement pas une réponse à la crise actuelle du financement de la lutte contre le sida. En effet, rien qu’ en 2005 il manque plus d’1/3 des financements promis, et il en manquera la moitié en 2006 si rien ne change, d’après l’ONU.

Pour se justifier, Jacques Chirac affirme que la France ne peut pas payer sa part du coût mondial avant d’avoir mis en place de nouvelles taxes (déclaration du 29 novembre 2004). C’est faux. Ainsi, la Grande-Bretagne — pays comparable à la France — y arrive très bien, et depuis 2 ans déjà : 700 millions d’euros par an, contre 160 pour la France (chiffres DFID et MAE). Au final, les sommes nécessaires pour financer la lutte contre le sida ne représentent que 0,07% du PNB des 7 pays les plus riches du monde, ce qui ne saurait les ruiner. D’ailleurs, les pays riches se sont engagés à de nombreuses reprises à atteindre un chiffre 10 fois supérieur (0,7%) pour l’aide aux pays pauvres en général (ie sida + le reste).

La réalité, c’est que les dirigeants des pays riches ont pris l’habitude de violer leurs promesses d’aide internationale en toute impunité. Jacques Chirac, en agitant son idée de taxe internationale, espère faire oublier qu’il viole en ce moment même ses propres engagements en matière de financement de la lutte contre le sida.

Au G8 de Gleneagles, les dirigeants des pays les plus riches se sont engagés à permettre l’accès universel au traitement d’ici 2010. Pourtant, d’après les budgets 2006 en cours d’adoption, aucun de ces dirigeants ne va boucher le manque-à-verser dont il est responsable au niveau du sous-financement du plan de contrôle de la pandémie.

C’est pourquoi Act Up n’a maintenant plus qu’une chose à dire concernant l’action de Jacques Chirac en matière de financement de la lutte contre le sida : il faut 15 milliards de dollars en 2006 : combien paye la France, combien payent les autres, et quand ?

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