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La sécurité des malades n’est pas à vendre

publié en ligne : 1er décembre 2004 dans Action 96

Depuis l’apparition des premiers antirétroviraux, Act Up-Paris favorise la mise à disposition des nouveaux traitements, répondant aux besoins des malades dont le virus devient résistant, ou présentant moins d’effets indésirables et plus de simplicité dans leur gestion quotidienne. Notre exigence n’a pas varié au cours du temps : nous nous battons pour obtenir la meilleure prise en charge des personnes atteintes, celle qui leur garantit la meilleure qualité de vie.

C’est au nom de cette exigence que nous avons harcelé les laboratoires et les autorités sanitaires, à l’époque où nous avions un besoin urgent de solutions pour empêcher les séropositifVEs de mourir, afin d’accélérer l’arrivée des médicaments antirétroviraux, fut-ce au prix de concessions sur la sécurité des essais. Le rapport bénéfice-risque de ces essais était à ce moment clairement en faveur d’une prise de risque pour des personnes en grand danger.

Aujourd’hui, pour les personnes les plus en danger, celles dont l’immunité a atteint un seuil de dégradation inquiétant (moins de 200 cellules CD4 par mm3) on dispose de solutions de prise en charge éprouvées qui permettent de les ramener à un état clinique raisonnablement optimiste. Pour autant, les traitements actuels ne sont pas parfaits et nous avons toujours besoin d’expérimenter de nouvelles solutions thérapeutiques. Mais le rapport bénéfice-risque de la recherche clinique penche aujourd’hui en faveur de la prudence et de la sécurité, tant la réponse médicale permet, avec les moyens dont elle dispose, de mettre à l’abri du danger de mort imminent la plupart des malades.

Evidemment, les problèmes existent toujours, principalement chez celles et ceux qui, séropositifVEs depuis longtemps, ont tout essayé, tout usé et n’ont plus beaucoup de solutions thérapeutiques devant eux. Pour elles et eux, l’urgence n’a pas beaucoup varié et l’expérimentation de nouveaux produits constitue une solution pour survivre. Mais quel intérêt y a-t-il à tester des nouvelles molécules chez des personnes fortement immunodéprimées n’ayant jusque là jamais pris de traitement, et qui ont donc tout l’arsenal thérapeutique actuel à leur disposition ?

Parmi ces nouveaux antirétroviraux à l’étude figure une nouvelle classe appelée « anti-CCR5 ». Trois des plus gros laboratoires pharmaceutiques, Pfizer, Schering-Plough et GlaxoSmithKline se livrent actuellement une concurrence effrénée pour la maîtrise commerciale de cette nouvelle classe de médicaments, au détriment de la sécurité des personnes atteintes. Et cela, nous ne pouvons l’accepter.

En effet, sans respecter les règles de prudence et les consignes de sécurité recommandées par les expertEs nationaux, ces laboratoires proposent des essais cliniques pour expérimenter les nouvelles molécules à un stade où on n’a pas encore de preuves suffisantes de leur efficacité - des essais de phase II - sur des personnes n’ayant jamais pris de traitement antirétroviral et qui se trouvent dans un état d’immunité requérant une plus grande vigilance.

Il est aujourd’hui reconnu par tous les spécialistes que la surveillance d’un premier traitement est essentielle pour la suite de l’histoire des malades. Savoir réagir rapidement à la moindre faiblesse de l’activité du traitement initial met les personnes soignées à l’abri de difficultés et d’inquiétudes quant au contrôle de leur virus. C’est pourquoi, de l’avis partagé par touTEs les expertEs internationaLESux, les recommandations de surveillance après la mise en route d’un traitement sont strictes et impliquent une réaction immédiate au moindre risque de défaillance. Peut-on imaginer qu’un essai clinique propose une vigilance moindre alors que les règles internationales prévoient que les personnes qui se prêtent à la recherche doivent disposer du meilleur standard de soins ?

C’est pourquoi, avec le groupe interassociatif TRT-5, nous dénonçons les conditions de mise en oeuvre de l’essai du SCH890, l’anti-CCR5 de la firme Schering-Plough. Nous avons demandé que cette recherche soit conduite en conformité avec les recommandations françaises du rapport présidé par le Pr Delfraissy. Nous avons publié un article dans le n° 34 de notre revue Protocoles, relatant l’affaire en cours avec pour but de décourager les industries qui seraient tentées d’agir de la même façon. Mais l’opinion des malades du sida a déplu à la firme Schering-Plough, qui menace d’exercer des mesures de rétorsions financières sur Act Up-Paris.

Comme d’autres laboratoires pharmaceutiques, Schering-Plough compte parmi les financeurs de notre association. Aujourd’hui, Schering-Plough entend remettre en cause ce soutien en représailles à notre volonté de porter publiquement les débats qui regardent tous les malades du sida. Le laboratoire voudrait nous contraindre au silence, estimant que ses intérêts financiers priment sur la sécurité des malades.

Cette manière d’agir est outrageante. Lorsqu’il existe un respect mutuel, la collaboration entre associations de malades et firmes pharmaceutiques peut s’organiser pour le plus grand bénéfice de touTEs. Mais nous n’acceptons pas qu’une firme arrange les conditions des essais cliniques dans un but de stratégie commerciale, et nous continuerons à le dénoncer.

Nous nous indignons des tentatives de chantage et d’instrumentalisation exercées par ce laboratoire, visant à nous manipuler et à nous détourner de notre mission : permettre la meilleure prise en charge possible des personnes atteintes par le VIH. Il est urgent que les clinicienNEs et les associations de malades se saisissent de cette question et s’accordent sur les conditions dans lesquelles l’expérimentation de nouvelles molécules est possible et souhaitable dans le respect de la santé des malades amenéEs à participer à la recherche. Et cela doit se faire sur le plan national mais aussi international. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour provoquer ce débat et y contribuer.

ClinicienNEs et malades sont d’accord : nous avons besoin de nouveaux produits plus performants et moins délétères. Mais en laissant la cupidité de l’industrie pharmaceutique guider les méthodes d’expérimentation, on n’aboutira qu’à un immense gâchis de pistes pourtant prometteuses. Il n’est plus acceptable aujourd’hui que le marketing des laboratoires se conduisent comme des vendeurSEs de voitures ou des gérantEs de fast food. Notre santé n’est pas une marchandise.

Pfizer, dérapages dans la course à la concurrence.

Lancé dans la compétition avec Schering-Plough ou GlaxoSmithKline, le laboratoire Pfizer emprunte lui aussi des chemins inéthiques. La stratégie choisie par Pfizer pour le développement de son nouveau produit, le UK 427 met en jeu la santé de centaines de personnes naïves de traitement, ayant un faible taux de CD4 et une charge virale élevée. En agissant sur une nouvelle cible thérapeutique (les co-récepteurs CCR5 présents à la surface des cellules CD4), le UK 427 pourrait compléter la gamme des antirétroviraux disponibles. A ce niveau de développement, la dose optimale de traitement n’est pas encore connue ; on ignore également les conséquences, en termes d’efficacité et de tolérance, de son association avec d’autres antirétroviraux. Des études de phase II et III sont donc nécessaires, mais pas à n’importe quel prix. Comme dans l’essai de Schering-Plough, les critères d’inclusion de l’essai de phase IIb du UK 427 ne sont pas satisfaisants. Cet essai prévoit d’inclure des personnes naïves de traitement ayant moins de 200 CD4 et une charge virale supérieure à 100 000 copies, sans assurance que le traitement proposé ait une efficacité prouvée. Les recommandations de mise sous traitement vont à l’encontre de ces critères. Outre la responsabilité du laboratoire, il appartient aussi aux autorités compétentes de sanctionner toute violation des réglementations en matière d’éthique et de protection des personnes participant à la recherche.

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