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fonds mondial contre le sida, la tubercolose et la malaria

les bureaucrates trahissent les séropositifs des pays en développement

publié en ligne : 30 novembre 2001 dans Action 77

Les ONG médicales et les activistes des associations de lutte contre le sida exigent de l’argent pour les médicaments anti-sida.

Bruxelles — A l’occasion de la journée d’ouverture du groupe de travail du Fonds mondial pour le sida, la tuberculose et la malaria à Bruxelles, les activistes se sont mobilisés pour exiger des financements pour les traitements contre le sida. Les associations de lutte contre le sida et les groupes de malades sont en effet préoccupés par le manque de financements destinés aux médicaments indispensables pour permettre la survie des personnes malades dans les pays pauvres. Alors qu’il doit être lancé le 15 décembre 2001, le Fonds mondial ne prévoit pour le moment que de financer les maladies qu’il est le moins coûteux et le plus « cost effective » de traiter.

Des activistes de 10 pays se sont rassemblés à Bruxelles pour rencontrer les membres du groupe de travail du Fonds mondial afin d’exiger des financements pour les médicaments anti-sida, y compris antirétroviraux.

Pour Zackie Achmat de l’association sud-africaine Treatment Action Campaign, « le Fonds mondial se transforme en une lourde bureaucratie sous-financée qui ne sera pas en mesure d’obtenir des résultats. 27 000 personnes dans le monde mourront aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas accès à des traitements contre le sida, la tuberculose et la malaria ».

« Nous assistons à une trahison de ce pour quoi le Fonds a été créé en premier lieu. Les pays riches ne peuvent être autorisés à prononcer la sentence de mort de 30 millions de séropositifs parce qu’ils préfèrent se limiter à des maladies qu’il est moins coûteux de traiter », a ajouté Evan Ruderman, de Health Gap Coalition. « Il n’y a aucune raison pour que le Fonds perde plus de temps avant de donner accès à des médicaments vitaux, d’autant qu’il existe actuellement des recommandations pour la prise en charge médicale des malades dans les pays en développement. »

La réponse à la crise internationale de santé publique que représente le sida a été estimé à 9,3 milliards de dollars. Le fonds mondial est actuellement sous pression politique pour produire rapidement des résultats. Malgré cela, les membres du groupe de travail du Fonds mondial n’ont toujours formulé aucune proposition de programme de traitement, ou d’accès et de distribution de médicaments. Les associations exigent aujourd’hui que soient prises des mesures concrètes qui permettent de sauver des vies sans plus attendre, en mettant les médicaments anti-sida vitaux entre les mains d’organisations qualifiées dans ce domaine, par le biais des systèmes d’accès et de distribution déjà mis en place par les agences des Nations Unies.

« Les hôpitaux, cliniques et instances de travail dans ce domaine peuvent dores et déjà augmenter en proportion les traitements et les soins efficaces, si on leur donne les médicaments anti-VIH/sida qu’ils ne peuvent payer » a déclaré Joseph Essombo, un médecin prenant en charge les séropositifs avec le réseau de santé Ivoirien de Bouaké. Selon Pearl Nweshili de l’association nigérienne Stop AIDS « le Fonds doit donner la priorité aux programmes qui mettent rapidement les médicaments cruciaux entre les mains de ceux qui souffrent. 10000 malades du sida meurent chaque jour. »

La déclaration de Doha sur la santé publique affirme le droit pour les pays pauvres de passer outre les brevets et de se fournir en médicaments anti-VIH génériques. « Même l’Organisation Mondiale du Commerce reconnaît que l’économie ne peut primer sur la santé mondiale » a souligné Gaëlle Krikorian, d’Act Up-Paris. « L’expérience des médecins dans ce domaine montre que le traitement des séropositifs est tout à fait faisable dans les pays pauvres, et, depuis qu’il existe une concurrence entre laboratoire de marques et producteurs de génériques, il est prouvé que l’on peut accéder à des médicaments abordables. »

Les exigences du groupe international d’ONG sont les suivantes :
- le Fonds mondial doit s’engager à sauver la vie des gens infectés par le VIH, la tuberculose et la malaria en fournissant des traitements. Les traitements contre le sida ne doivent pas être une moins grande priorité que la prévention ou le traitement de la tuberculose ou de la malaria.
- le Fonds mondial doit donner la priorité, encourager et accélérer l’attribution de financements pour l’achat de médicaments aux prix les plus bas, garantis par la concurrence internationale et les achats groupés.
- le Fonds mondial doit donner son accord pour rendre rapidement opératoires des financements pour les médicaments à toutes les instances de santé qui peuvent rapidement délivrer des traitements aux personnes infectées par le sida, la tuberculose ou la malaria.
- le Fonds mondial doit soutenir le recours aux prix les plus bas, et ne pas contrevenir à l’usage de médicaments génériques abordables pour combattre le sida, la tuberculose et la malaria.
- le Fonds mondial ne peut prendre argument de l’insuffisance des ressources pour justifier la mise en place de mesures clairement inefficaces, comme la prévention VIH sans traitement. Les pays donateurs doivent investir des budgets suffisants dans le Fonds mondial, et tenir la promesse faite en juin dernier, à l’assemblée générale spéciale des Nations Unies sur le sida, de consacrer un minimum de 10 milliards de dollars par an à la lutte contre le sida.

Ce texte a fait l’objet d’un communiqué de presse cosigné par Treatment Action Campaign (Afrique du Sud), ANSS (Burundi), People’s Health Coalition (Corée du Sud), Stop AIDS (Nigeria), Rennaissance Santé Bouaké (Côte d’Ivoire), ALCS (Maroc), Oxfam International, Student Global AIDS campaign (Etats-Unis), Health Gap Coalition, ACT UP New York, ACT UP Philadelphia, Act Up-Paris.

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