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Femmes du Sud

publié en ligne : 3 mars 2003 dans Action 86

En Afrique, épidémie du sida et sexisme font bon ménage, causant de nombreuses contaminations et rendant difficile l’accès aux soins des femmes.

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Nécronomicron/Succubus
de Jess Franco, 1967

D’après l’ONUSIDA, 58% des 30 millions de séropositifVEs d’Afrique sont des femmes. En France, en 2001, 36% des cas de déclaration de sida correspondaient à des femmes d’origine subsaharienne et 16% à des hommes de même origine. Quels que soient les chiffres avancés, la situation des femmes africaines face à une très forte contamination par le VIH est représentative pour toutes les femmes. C’est un symptôme biologique des violences exercées contre elles dans le cadre des rapports sociaux de sexe, rapports qui s’expriment dans une constante primauté hiérarchique du masculin.

En Afrique, contrairement à ce qui s’est passé en Europe et en Amérique du Nord où les femmes étaient occultées - la maladie étant pensée comme essentiellement masculine - les femmes ont été d’emblée au sein des constructions sociales de l’épidémie à travers la transmission hétérosexuelle. Dans ce type de transmission - un sexe représentant le danger pour l’autre - et les discours d’autorité étant par nature masculins, un sens social de la contamination a été pensé, un sexe à risque désigné et les femmes présentées comme origine et vecteur de la contamination. Mais en tant que personnes pouvant être touchées par la maladie, elles n’apparaissaient pratiquement pas. Contaminées, elles sont assimilées à des "prostituées" ou à des "victimes légitimes" (les épouses) pour lesquelles une prévention n’est pas pensable ("une femme ne peut se refuser à son mari").

Les politiques sexistes de prévention

Ce que le sida a révélé des rapports de domination qui s’exercent entre les sexes a été ignoré par les autorités compétentes. Et celles-ci n’ont, pour la plupart, rien trouvé de mieux que de produire des injonctions moralisatrices. Un des résultats catastrophiques de ces politiques est que les jeunes femmes, ne pouvant négocier des rapports protégés, ou victimes d’abus sexuels, sont contaminées entre 5 à 10 ans plus tôt que les hommes. Une étude menée au Kenya indique que 22% des filles contre 4% des garçons étaient séropositives dans le groupe d’âge 15-19 ans. Une autre, en Ethiopie montre que parmi un groupe de jeunes de 20-24 ans, 35,4% des jeunes femmes étaient séropositives contre 10,7% des garçons.

Plus contaminées, les femmes ont aussi un accès plus difficile aux soins, étant en règle générale dépendantes économiquement de leur famille ou de leur belle famille. Bien souvent une ordonnance pour le traitement d’une maladie opportuniste dilapide leurs maigres revenus et leur petit capital. On estime que sur les 30 millions de séropositifVEs en Afrique, seulEs 30 000 reçoivent des traitements antirétroviraux. Même pour les quelques "initiatives" devant permettre un accès aux bi ou trithérapies, ce sont les capacités financières assimilées aux capacités d’observance qui dans les faits sont déterminantes comme critères d’entrée. Et quand bien même les ressources seraient là, les femmes sont totalement privées d’autonomie (on leur demande toujours de venir avec leur mari, l’inverse n’étant pas vrai). En Côte d’Ivoire, alors que des mesures avaient été prises pour que les participantes à l’essai évaluant un régime court d’AZT contre placebo pour la prévention de la transmission mère-enfant du VIH1 puissent accéder à l’initiative Ministère de la Santé ivoirien/ONUSIDA d’accès aux médicaments, en 2000, seules cinq de ces femmes étaient traitées.

Mais les femmes africaines savent se battre. Preuve en est le milieu associatif des différents pays. Qu’elles soient présidente, trésorière, salariée, militante, c’est leur volonté et leur énergie qui bien souvent créent la dynamique au sein des associations. Il suffit de travailler avec elles pour le comprendre ; la femme est l’avenir de la femme.

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